jrnl du retour|un bureau éphémère

Je poursuis cette promenade hebdomadaire à l’aveugle, sans trop savoir où elle me conduit, entravée entre deux espaces, celui des routes interminables tournées vers l’Ouest et celui du présent tel qu’il s’enchaîne devant moi. Je picore ces moments livrés par la vie, les fige comme ils se présentent, comme ils s’offrent à moi dans une authenticité désarmante et je les transcris dans le vif de la matière, sans retouche parce qu’il y a des instants croisés aussi intimes soient-ils qui méritent le regard que l’on pose sur eux.

Il y a aussi cet espace et ce temps inscrits dans le tumulte des jours. Ce parcours de 15 minutes dans le tram D emprunté trois fois par semaine, un sas où tout se joue. Ecrire, lire, observer? Faire un choix. Le siège sur lequel je suis assise devient mon bureau éphémère, mon téléphone un outil d’écriture.

Là -bas – Comment rappeler à soi les sensations que procurent la route, les images accrochées à la mémoire devenue friable, les existences croisées et les mots saisis sur le vif? Se replonger dans les notes, les photos, refaire le chemin encore et encore. Celui qui mène à sa propre vérité, son propre regard sur le monde.

Ici – Ce matin, dans le jour naissant, j’ai croisé le petit homme à la casquette blanche, tout de clair vêtu. Il portait un bermuda. Nous nous sommes dit bonjour lorsque notre trajectoire s’est rejointe. Je marchais d’un pas soutenu, pas envie de manquer le tram. Le ciel se teinte de jaune, le nuage de sable est toujours présent et crée une ambiance surréaliste dans la ville. Il fait déjà plus de 20 degrés et je redoute une nouvelle journée prévue à 36-38 degrés. Place de la Bourse, la femme brune toute menue descend devant moi pour se rendre d’un pas énergique au CCI. Elle rentre par la grande porte blanche après avoir tapé un code sur un clavier. La traversée du fleuve, paisible, et de l’autre côté, une fois sur le quai Yves Parlier, s’arrêter et observer le soleil qui fusionne avec les vitres des hôtels particuliers.

Et cette maison familiale depuis des années vendue qui revient régulièrement me hanter en boucle. Celle qui m’a recueillie pour ma première venue en France quelques semaines après ma naissance et les années qui ont suivi. Mes souvenirs y sont toujours inscrits dans les murs, je le sens. Quelque chose vibre encore derrière les volets clos. Je reçois les photos de M., ma fille aînée, avec tendresse. Elles ont été prises le week-end dernier. Il semblerait que le virus soit transmis ou du moins, qu’un intérêt soit éveillé.

4 commentaires sur « jrnl du retour|un bureau éphémère »

  1. Bon alors cette maison d’enfance? Que faire puisque tant de souvenirs s’entremêlent? Demander, se renseigner, acheter peut-être? Une parenthèse accessible?

Répondre à Dominique Estampes Paillard Annuler la réponse.