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Que reste-t-il d’avant ?
Que fait-on d’aujourd’hui ?
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Que reste-t-il d’avant ?
Que fait-on d’aujourd’hui ?
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu


Dernier jour de randonnée. Nous décidons de remonter au lac Blanc niché au creux des Grandes Rousses à 2 700 mètres d’altitude. Le parcours avait été éprouvant pour moi au deuxième jour de notre arrivée, mais cette fois, nous décidons de le faire dans l’autre sens. Une autre approche, une autre perspective.




Nous rechargeons notre carte de forfait et montons dans les télécabines du Rifnel 1 et 2, puis dans celles du Pic Blanc 2. C’est essentiellement un paysage accidenté et minéral qui s’offre à nous. Dans sa partie nord et est, la randonnée est plutôt technique, nombreux cailloux et passages escarpés se succèdent. Nous traversons la rivière qui alimente le lac et poursuivons la descente vers le lac. Heureusement, mes bâtons de marche m’aident à garder l’équilibre et à soulager les articulations de mes genoux. Je prends le temps de regarder les fleurs sauvages qui tapissent le relief et prends quelques photos. Le paysage est toujours aussi magique. Selon l’orientation, un léger vent vient nous rafraichir. Le soleil est haut dans le ciel. Arrivée sur la berge du lac, nous nous arrêtons le temps d’une pause. Les eaux paisibles du lac apportent de la quiétude. Je passe un peu de temps à les contempler, à me ressourcer. Puis nous contournons le lac par le sud avant de remonter côté ouest par un chemin tracé dans la roche qui tombe à pic dans le lac. Ici, ça grimpe modérément. Arrivé à hauteur de la plateforme des télécabines, se nourrir une dernière fois de ce paysage grandiose avant de redescendre vers la station. Le départ est prévu pour demain.




les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu


En fin de matinée, reprendre la navette pour rejoindre le lac Besson. Choisir un nouvel itinéraire de randonnée, multiplier les points de vue différents en repérant un sentier cheminant entre le lac Noir et le lac Besson. Et sur le chemin du retour, se confronter à une intensification de promeneurs. Alors, s’arrêter et observer. Les gens se suivent, se croisent, pas toujours bien équipés pour randonner en montagne. Certains parlent fort, d’autres ne croisent même pas votre regard et disent encore moins bonjour. Des parents parlent mal à leurs enfants, semblent ne pas être sortis du contexte familial quotidien, ne profitent pas du spectacle environnant, sont ailleurs, l’esprit resté chez eux au milieu de leurs soucis. Des propriétaires de chien passent outre l’obligation de les garder en laisse. Autour du lac, c’est presque l’autoroute, un va-et-vient d’individus ressemblant à une colonne de fourmis. En écoutant, des bribes de conversation, des sujets autour du travail, de l’école et autres tracasseries quotidiennes reviennent en boucle, il se plaignait de tout | I’m not sure about that | non, moi c’est bon | un petit exercice | il avait gonflé un gros ballon au-dessus de son sac à dos| juste avant les vacances | ils font des accélérations juste pour avoir la maîtrise du ballon | il faut les manager | c’est bien de faire des stages d’anglais| petit, il regardait des dessins animés en anglais, jamais en français | tu vas encore me faire marcher des kilomètres, ben alors c’est non | j’espère qu’il ne va pas partir sans nous le bus. Au bord de l’eau, trois jeunes filles sont assises, l’une lit sur son portable un texte à haute voix, les deux autres écoutent attentivement. Je n’arrive pas à saisir tous les mots, elles ont l’air passionnées. Un peu plus loin, les parents mordent dans un sandwich. Il est temps de reprendre la randonnée et de chercher un sentier pour rejoindre la station.



Nous repassons sur des portions de sentier déjà foulées et, faute de signalisations précises, nous nous engageons sur une trajectoire qui longe en partie la route que le bus emprunte pour acheminer les promeneurs vers les lacs. Aucun charme. Alors, tandis que nous descendons, l’esprit s’évade et les yeux repèrent les imperfections du terrain. L’attention portée sur les pieds, le rythme régulier des bâtons de marche contribuent à éviter de glisser malencontreusement sur des cailloux, des gravillons instables.




Ce soir, nous ne ressentirons que partiellement l’effet de l’éclipse du soleil par la lune. Sans lunettes de protection, nous ne pourrons pas suivre du haut des télécabines du Signal ce phénomène exceptionnel. En revanche, en sortant sur le balcon, j’observe la baisse de luminosité, les versants de la montagne s’obscurcissent, les lampadaires de la station se déclenchent et les conducteurs allument les phares de leur voiture. Atmosphère étrange durant quelques minutes. Puis très vite, le soleil couchant réapparait à l’horizon et ses rayons caressent une dernière fois la montagne avant de disparaitre pour la nuit.


les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

La météo annonce une dégradation dans l’après-midi. Couverture nuageuse plus dense et pluie faible. Le temps va se rafraîchir et ce n’est pas pour me déplaire. Mais pour le moment, il fait beau et nous allons profiter de cette situation pour terminer la randonnée de dimanche en la menant dans le sens inverse. Cette fois, nous partirons de la station pour descendre vers Le Gua et nous longerons le torrent de la Sarenne, jusqu’au village de Huez. Nous remonterons ensuite vers la station avec les télécabines.

Dans la descente à flanc de montagne, prendre son temps, le chemin est étroit, sinueux et rocailleux. Écouter les cloches des moutons et les bêlements s’accorder et résonner comme une petite comptine montagnarde, puis observer non loin le travail des chiens de berger, surveillance et rassemblement du troupeau en train de paître sur le versant herbeux. Sur la route du haut, le berger d’une nouvelle ère observe la scène, adossé à son 4X4 garé sur le bas-côté. On l’entend de loin donner des ordres à ses chiens, les encourager. Ainsi va le troupeau de moutons guidé vers la vallée par les chiens. Ici, une forte odeur de campagne règne me rappelant mon enfance dans le Charollais. Les fermes autour du village et les jeux dans les étables, les greniers à foin et à paille, les chars. Ça sentait la nature, la vie, les animaux, le purin, les pâturages et les fleurs des champs.



Arrivés au pied du massif montagneux, il est temps de longer le torrent, les nuages montent dans le ciel, s’accrochent aux sommets. Contrairement à la rive droite, proposant des passages au plus près de l’eau, la rive gauche revêt un caractère plus sauvage et surplombe le torrent. Le chemin, plus étroit, entre paroi rocheuse et eau, s’enfonce au milieu d’herbes hautes, de massifs de fleurs sauvages et d’arbres souvent immenses. Pratiquement en fin de randonnée, le chemin enjambe le cours d’eau et nous atteignons le village.




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Descendre au village d’Huez par les télécabines et arpenter les ruelles pour repérer le chemin d’accès au sentier du Gua qui longe la Sarenne sur pratiquement 3,8 km. Au bout de l’avenue de l’Église, on traverse la D211 et on trouve le début du sentier. D’abord un chemin de terre praticable par des véhicules adaptés pour le tout terrain, puis un sentier parallèle ombragé, plus proche de la rivière. La pente est ascendante, je le sens dans mes jambes, mon souffle saccadé. Autour, c’est la forêt. Fougères, arbustes, feuillus et immenses conifères peuplent ce versant encaissé relativement frais. La rivière serpente dans son lit, toute guillerette, elle chantonne et s’emballe parfois. Nous n’irons pas au bout du chemin. Nous ferons demi-tour pour rejoindre le village et remonter en station avant l’arrivée de la pluie et des orages annoncée pour l’après-midi par la météo. Mais sur le chemin du retour, s’arrêter au bord du ruisseau. Écouter son chant. Observer les chemins empruntés par l’eau pour contourner les obstacles, pierres, branches, feuilles. Tremper ses mains pour se rafraîchir. S’assoupir un moment avant de reprendre la marche.




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Le Pic Blanc, un incontournable du massif des Grandes Rousses, culmine à 3330 mètres d’altitude. Vertige, sentiment d’inaccessibilité, curiosité. Tout d’abord précautionneuse, la télécabine prend son temps pour nous laisser monter à son bord, puis suspendue à son câble, elle s’engage dans l’axe de la montée et prend de la hauteur. En dessous le vide. Et cette petite voix intérieure qui s’installe et me rappelle qu’il m’est difficile de me retrouver à la merci de cet objet flottant. L’altitude fait battre le cœur dans la tête. Au sommet, c’est une petite plateforme de quelques mètres carrés qui tient lieu d’observatoire. La vue est splendide. À perte de vue, c’est un festival de pics alpins aux noms qui me sont pour la plupart inconnus. En contrebas, les stations des 2 Alpes et de l’Alpe d’Huez. Photos, selfies sont de mise devant un tel spectacle, tous se précipitent pour obtenir la meilleure place. En écoutant une conversation, j’apprends que du sommet du Pic Blanc, les skieurs, plutôt chevronnés, peuvent emprunter une piste appelée La Sarenne, dite la plus longue piste noire d’Europe. D’ici c’est déjà très impressionnant, je n’ose imaginer avec de la neige.





En contrebas, le lac Blanc, notre randonnée du jour. En redescendant, on s’arrêter à la hauteur des télécabines du Pic Blanc 2 à 2700 mètres d’altitude. La randonnée consiste à longer le lac par l’ouest, à le remonter par l’est, puis à effectuer une large courbe au nord pour rejoindre les télécabines. La première partie s’effectue dans un environnement rocheux plutôt technique. On surplombe le lac. La roche tombe à la verticale dans les eaux profondes du lac. La pointe sud m’offre un moment de répit. Au niveau du lac, une petite prairie, la marche est plus facile. On s’accorde un moment de pause. Je contemple le lac, paisible, et observe les nombreuses variétés de fleurs qui poussent dans cet environnement. Je ne connais toujours pas leurs noms. Il ne faut pas trop s’attarder, car un long sentier en montée nous attend. Je peine et fais de nombreuses haltes qui me permettent de réguler mon souffle et d’observer le paysage. On prend très vite de la hauteur. Je m’hydrate et grignote une barre de céréale. Reprendre de l’énergie, ne pas perdre le rythme. Cette randonnée n’est pas catégorisée comme difficile et pourtant, je la trouve plus éprouvante que celle d’hier. Derrière la roche, on perd la visibilité sur le lac. On traverse un ruisseau et une petite clairière verte qui se révèle être un vrai champ de fleurs de toutes les couleurs. Encore un effort et la piste qui rejoint les télécabines, apparaît. D’ici, ce n’est que descente. Le corps meurtri se relâche.






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Ça commence par un départ tardif sous le soleil, un bus plein à craquer et 15 minutes de trajet pour rejoindre les abords du lac Besson. Une légère brise nous accueille. Très vite, on repère le chemin qui fait de tour des lacs, Besson, Faucille, Carrelet et Noir. De ce côté, nous croisons peu de monde. Le sentier est agréable, la nature généreuse, la montagne veille, imperturbable, silencieuse. Sauterelles, libellules, papillons et processions de fourmis nous accompagnent. De petits ruisseaux offrent fraîcheur et calme apaisant. Ils chantonnent un air venu de loin, de l’antre de la montagne. Sur les pierres, des lichens jaunes et bruns s’accrochent à la matière. Tout du long de la randonnée, on observe de magnifiques fleurs aussi fragiles les unes que les autres. Bien souvent, j’ignore leurs noms. Elles nous gratifient de clochettes, grappes, pétales aux contours inventifs sur lesquelles de minuscules nervures tracent leur chemin et explosent en différentes couleurs vives, mauve, rouge, jaune.



En faisant abstraction des autres randonneurs, parfois trop bavards, il semblerait qu’on soit seul au monde à contempler ce que la terre nous concède parfois de ce qu’elle a de plus précieux. Ici, la montagne règne en déesse. Les vents aujourd’hui dociles plissent la surface des lacs en un ballet imprévisible, et permettent leur scintillement dans la lumière du jour.Je prends place sur un monticule qui surplombe le lac Noir. Le vent caresse mon visage, le soleil réchauffe ma peau. J’entends les bribes de conversations venues des quatre coins du lac, elles sont poussées par la brise, allez, avance | par ici | j’ai mal au mollet | waff, waff, waff | go down there | je le sens aussi | il fait chaud là | regarde | à mince, tu es dans la vidéo | la péridurale c’est bien quand ça marche. En contre bas, un chien se baigne au bord du lac. J’entends des plouf alors qu’il disparaît de mon champ de vision.

Malgré les souffrances physiques et mentales subies depuis la première canicule de mai, je me sens bien, j’apprécie le moment et espère restaurer ce corps meurtri grâce à l’écoute de la nature. La fin d’après-midi approche, il est temps de reprendre la navette et de retrouver les rumeurs de la ville/station. Dans le bus les gens s’entassent, comme un rappel des transports urbains, des enfants pleurnichent, saoulés par le vent et l’altitude, des adultes s’impatientent, d’autres attendent que le trajet se passe, le regard dans le vide.




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Quitter Clermont Ferrant en fin de matinée, sous la chaleur, et rouler vers l’Est. Le ruban autoroutier serpente à travers un paysage accidenté recouvert d’espaces forestiers denses, mélange de feuillus et de conifères. Je ferme les yeux, me laisse bercer par les imperfections de la route et imagine derrière mes paupières le paysage environnant. Mon esprit s’échappe ailleurs. Je flotte, m’efface. Je m’absente de moi-même. À travers la vitre, le soleil réchauffe mes jambes que la ventilation adoucit. Le ciel est dégagé et il fait 33 degrés à l’extérieur. De nombreux tunnels se succèdent dès qu’on aborde l’agglomération lyonnaise. Paysage urbain parfois dégradé, graffitis sous les murs des ponts routiers, zones commerciales affichant des noms d’enseignes diffusées sur tout le territoire. L’A-43 et bientôt l’A-48 en direction de Grenoble. Au loin, les contreforts alpins, au-dessus des masses nuageuses. Puis Grenoble, ville encaissée entre divers reliefs. La traverser uniquement par la voie d’autoroute, ne rien voir de son âme et très vite longer Le Drac et ses eaux vert menthe, basses, trop basses, laissant sur les bas-côtés les galets gris cuisant au soleil. Faire face à la montagne. S’enfoncer dans la vallée.

Très vite nous sommes ralentis. Sur le bord de la route, une affichette jaune attachée à un tronc d’arbre mentionne un triathlon en montagne ce jour. Des athlètes de tous niveaux, hommes et femmes, s’arrachent dans cette mythique montée aux 21 virages de l’Alpe d’Huez, pratiquée il y a peu par les coureurs du Tour de France. Nous montons à leurs côtés, attentionnés, prudents et plein d’admiration. Les yeux rivés sur le bitume, ils affichent des visages concentrés, marqués par l’effort. Sur les bas-côtés de la route, le public les encourage, apprécie la prouesse sportive.



Arrivés à la station, la montagne s’offre à nous, mélange de roches et d’alpages cuits par le soleil, les versants nervurés par de nombreuses remontées mécaniques.

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Journée immersive à travers l’histoire des volcans. Une aventure envisagée de longue date, jamais programmée. Ce jour, il fallait faire l’impasse d’une belle journée d’août et accepter de s’enfermer dans le tréfonds des volcans d’Auvergne. C’est acté. Une expérience saupoudrée de milliers de personnes convergeant en famille vers l’entrée principale. Une foule avide de grossir les files d’attente, grouiller dans les allées, manger goulûment des snacks insipides aux tarifs indécents. La tête me tourne. Faire abstraction du bruit perpétuel dont l’écho se heurte aux murs bétonnés, des conversations coupées, hachées, on attrape quelques mots incompréhensibles et on s’en fait un film, de la chaleur ambiante prenant le dessus sur un timide souffle de climatisation.



Il y a eu le premier envol d’un aigle royal au-dessus des montagnes d’Auvergne, touchant. Il y a eu le questionnement sur un possible réveil volcanique dans la Chaîne des Puys, étonnant. Il y a eu des tempêtes, de séismes, des inondations, des ouragans, une terre manifestant sa colère, terrifiant. Il y a eu des regards, des visions apocalyptiques, de la beauté, palpitant. Il y a eu des passionnés du magma, des éruptions, des fumées toxiques, au point d’y laisser leur vie, émouvant.
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Reprendre la route là où elle s’était arrêtée, quelque part à l’Ouest. Et cette fois, rouler en direction du soleil levant. Il est 13 heures et nous traversons le pont d’Aquitaine sous un soleil radieux et une température de 30 degrés. La circulation dense se divise ensuite entre l’A10 et l’A89. À la radio commence une émission sur la vie de Marilyne Monroe. C’est aujourd’hui le jour anniversaire de sa disparition. Me revient alors à la mémoire l’été 2022. Son souvenir nous a accompagnés tout au long de la Route 66, matérialisé par de petites statuettes, des tee-shirts exposés en vitrines, ou des photographies encadrées dans des diners. A Palm Spring, la statue géante Forever Marilyne conçue par Seward Johnson a retrouvé sa place. C’est vrai qu’elle est impressionnante. En arrivant à Los Angeles, j’avais prévu d’aller voir sa dernière demeure au 12305 5th Helena Dr, ou du moins ce qu’on pouvait en voir derrière son mur de pierres. La rue est un cul-de-sac. Tout était calme ce jour alors qu’il y a quelques décennies, l’annonce de la mort de Marilyne avait bouleversé le monde et dépêché une myriade de journalistes venue couvrir l’événement. Etrange ce sentiment qu’ici, avait vécu l’une des stars les plus emblématiques du cinéma américain. Cette année, elle aurait eu 100 ans, mais elle repose au Memorial Park Cemetery à Westwood Village, un havre de paix au milieu des gratte-ciel. J’ai recherché son nom inscrit sur une plaque mortuaire recouverte de marques rouges de baisers, puis j’ai flâné à la recherche d’autres noms célèbres, Nathalie Wood, Dean Martin, Farrah Fawcett, Kirk Douglas, Peter Falk, Jack Lemmon, John Cassavetes et bien d’autres.

On traverse à présent le viaduc du Mascaret au-dessus de la Dordogne, tout près, au bout du regard, dans la courbe du méandre, Libourne. Puis la route enjambe et suit les méandres de l’Isle, cette rivière qui vient se jeter non loin d’ici dans la Dordogne. À hauteur de Brive, la couverture nuageuse se densifie et on perd 2 degrés. Le relief devient plus vallonné et la végétation s’épaissit. On traverse le viaduc du pays de Tulle, vue plongeante sur une campagne verdoyante. À droite un panneau annonçant l’entrée dans le parc naturel régional de Millevaches en Limousin. Mes oreilles se bouchent signe qu’on prend un peu d’altitude.

La chaîne des volcans du Puy-de-Dôme apparaît, toujours aussi magique, aussi lointaine, presque inaccessible. Ce soir, nous ferons une escale à Clermont-Ferrand.

Visite insolite de l’établissement Art déco, l’hôtel Radio, érigé en 1930 sur les hauteurs de Clermont-Ferrand, à Chamalières. Ambiance d’un autre temps inspirée des ondes de la TSF. Mosaïque au sol, ferronneries et objets d’époque.





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Midi, je quitte Queige et laisse derrière moi ces quelques jours suspendus au milieu de la montagne, des camarades que j’ai appris à apprécier, écouter, lire. Nous repartons tous vers notre quotidien, riches de nos échanges, nos rires et nos amitiés. Je rentre pleine de vos sourires, regards et gestes chaleureux, nourrie de vos mots/maux. Gratitude à ces moments hors du temps.


Un dernier regard jeté vers le village et déjà on traverse Albertville. On longe le fleuve, l’Isère, puis très vite, on passe le péage de l’autoroute et j’aperçois au loin la croix du Nivolet. Me revient alors le souvenir de notre période savoyarde, fin des années 60. De notre appartement, nous apercevions la montagne, la croix du Nivolet. Ce nom résonne étrangement en moi. Je prends conscience qu’il me renvoie des années en arrière dès que je le prononce à voix haute. Il représente à la fois un ressenti familier et une (re)découverte du souvenir enfoui.




Le Rhône, la traversée de Lyon, puis l’embranchement de l’A89, une ligne droite plein Ouest jusqu’à Bordeaux.


Bercée par la régularité de la route, je m’assoupis. Mon esprit flotte, je ne sais où. Certainement entre passé et présent. Je survole peut-être des souvenirs d’enfance que j’associe à mon proche vécu. Je n’arrive pas à définir si c’est la radio ou un changement d’allure du van qui me réveille, mais il est temps de faire une pause sur une aire d’autoroute. Les camions sont à l’arrêt les uns à côté des autres sur le parking. C’est dimanche, les conducteurs attendent patiemment l’heure de repartir vers leur destination finale.

Nous avions fait l’aller sans escale. Le retour est prévu en deux jours. Nous faisons une courte halte nocturne à Clermont- Ferrand.
C’est lundi, nous reprenons la route en suivant la départementale D942, le temps de contourner le célèbre Puy de Dôme par le Sud. Nous traversons une petite partie du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne. La nature est belle et nous prévoyons déjà de revenir de ce côté pour mieux explorer cette région que nous connaissons peu.

La nationale N89 nous conduit jusqu’à l’autoroute que nous suivons jusqu’à Bordeaux. Le ciel est chargé, mais le temps est plus doux, même venteux. Nous avons en partie échappé à l’épisode caniculaire en Gironde et c’est tant mieux.


À l’approche de Bordeaux, la circulation devient plus dense. Le passage du pont d’Aquitaine marque définitivement la fin de notre escapade dans les Alpes.

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Ce matin, un voile transparent tapisse le ciel. Quelque part, non loin, un bébé pleure. Les cloches du clocher de l’église sonnent, en réponse, celles des vaches résonnent dans la vallée. Une fanfare joue quelque part dans le village. Je me demande si elle s’exerce ou bien si elle joue pour une occasion particulière.

Dans le chalet, chacun de nous habite l’espace à sa manière. Se succèdent des phases où chacun d’entre nous se replie dans son intimité et d’autres moments où nous sommes dans le partage, la convivialité. C’est le troisième jour plein que nous partagerons dans cette résidence d’écriture et je n’arrive pas vraiment à écrire sur ce présent. C’est un constat étrange. Peut-être que cet espace ne se vit que dans la fragilité de l’instant. Et pourtant, il y a de la résistance et écrire au quotidien sur une expérience où, pour une fois, le mouvement en tant que déplacement dans l’espace, n’a pas lieu. C’est déroutant. L’expérience en est changée, les petits riens prolifèrent et le regard peine à tous les saisir, les écrire.


La journée s’écoule, paisible. Une légère prise de hauteur dévoile un autre regard sur la montagne. L’espace prend plus d’ampleur. Le point de vue est plus touchant. Le silence apparent de la nature se glisse dans le paysage et favorise la contemplation du lieu. Ici, ça respire autrement, ça résonne fort à l’intérieur, ça prend sa place et provoque une émotion paisible, ancrée dans l’instant vécu.

Le village, si petit, si répétitif, si réel. Accroché à sa montagne, résistant aux intempéries, protecteur des âmes, il existe à travers les traces du temps passé et les aménagements du présent. Il fait bon s’y promener, croiser les habitants à la terrasse du café, dans la petite épicerie tout juste ramenée à la vie, flâner dans la petite bibliothèque supervisée par des bénévoles passionnés.



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L’école est en contrebas du chalet. Ce matin, les rires d’enfants me réveillent et me ramènent à la vie, au quotidien. Je prends le temps de m’étirer, de contempler la vue, de m’emplir de la force de ces montagnes afin d’aborder une nouvelle journée. A l’intérieur du chalet, c’est un amoncellement de petits objets aussi kitsch les uns que les autres. Il y en a partout, jusque dans les moindres recoins.





Dans l’espace dédié à la cuisine, il y a une douce agitation autour de la fabrication de deux belles tartes salées qui régaleront sous peu toute la maisonnée. Des mains agiles s’agitent, pétrissent la pâte, la roule et l’étale dans des moules usés par le temps. Une conversation à deux voix s’installe, des bribes me parviennent. Mon esprit s’échappe ailleurs.

Après la sieste, la chaleur persiste, mais vient l’heure de descendre au pied du village, direction la grande halle où se déroule le marché d’été des producteurs et des artisans.







