
En 2023, j’ai traversé l’année sans avoir le temps de me projeter plus loin que ces jours-là, ce kaléidoscope de 365 clichés, vécu sur la planète « je ne sais pas si… » en regardant les gens passer, les fameuses Orgueilleuses de Sheller, lu et relu les textes tagués sur les murs de la ville pour que les mots ne s’effacent pas, ne se perdent pas, rencontré la beauté au détour d’une place sous les traits de Sanna, celle qui veille sur l’âme de ma ville, celle que j’aime saluer au petit matin, hors-saison, regardé la neige tomber fin janvier, aimé faire partie de ces décors inconnus, un soir à Bordeaux, un soir loin de Bordeaux, passé du temps dans des chambres d’hôtel dont nous ne connaissions pas l’adresse, photographié une poule rose dans une vitrine, pièce rare et unique, expérimenté la vie, par ici, un peu, rencontré des auteurs à la Machine à lire, Claro, Chevillard, attendu le technicien Thermogaz dont la visite avait déjà été reportée deux fois, passé une belle soirée au Jumping de Bordeaux, applaudi à tout rompre ma cadette à la remise de son diplôme, participé à une rencontre Tiers Livre en visioconférence avec Laurent Mauvignier, une écriture qui me fascine depuis Loin d’eux, c’était en 1999, noté dans mon carnet l’épigraphe de Des Hommes emprunté à Genet « et ta blessure, où est-elle ? », question que je me pose encore, ressenti parfois l’envie de renter par effraction dans la vie des gens, surtout le matin sur le chemin du tram, ce temps suspendu dans lequel personne ne passe, ces fenêtres éclairées ou entrouvertes, volets à moitié tirés laissant entrapercevoir un espace intime à peine dévoilé, passé un ostéodensitométrie, avec en prime un rendez-vous chez le rhumatologue, toujours en attente, médité devant les nénuphars du jardin botanique, observé les différentes étapes de la destruction du Signal à Soulac avec un pincement au cœur, immortalisé cette histoire en l’associant aux mots et à l’image, dansé au gala de fin d’année des étudiants, un moment d’échange en décalé un verre de Coca-Cola à la main, écrit dans le tram, suivi l’avancée des travaux du bâtiment UBI Soft avenue Abadie, à côté de mon lieu de travail, vu à l’Utopia le film Christophe…définitivement, lumière saisissante, voix unique, photo incroyable, intense émotion, fréquenté quelques champs de courses, les trotteurs, encore et toujours, le cheval et son cœur sur la piste, tenu un écrit hebdomadaire sur mon blog et diffusé le dimanche ou presque, des pages dédiées au quotidien, à la vie simple, du texte et des photos, proposé des rendez-vous en ville à des amies partageant la passion de l’écriture, échange et bienveillance, vu l’exposition La Science à la poursuite du crime, frissons, fait de belles rencontres, parfois surprenantes, c’était un 11 mars à Casa…, traversé en bateau la distance qui me séparait de mon fils, le rejoindre pour la première fois sur l’Île d’Yeux, découvert l’intérieur d’un bateau de pêche, imaginé la vie à bord, participé à un karaoké, marché le long des stands des brocanteurs, place des Quinconces, vu l’exposition Basquiat X Warhol à Paris, un bonheur, succombé une nouvelle fois à la magie du Boss, Springsteen sur scène à La Défense Arena, au-delà de mes espérances, et ce profond regret de ne pouvoir crier comme lui « I was Born in the USA… », pris des photos dans le cimetière du Père Lachaise, tenu des conversations téléphoniques sur des questions de création littéraire, attendu un mercredi après-midi la livraison de trois stères de bois qu’il a fallu ranger après, à la nuit tombée, quatre stères n’auraient pas été raisonnables, admiré les photos d’Elliott Erwitt dans le 7ème arrondissement de Paris, sans savoir qu’il succomberait en fin d’année, célébré chaque battement de cœur depuis déjà 5 ans, remercié mon corps, la vie, filmé des couples de danseurs sur une place à la fin du printemps, accueilli le fils d’une amie précieuse, pris une photo de cette femme sur le quai du tram, elle transportait une machine à laver le linge sur une poussette, son bébé attaché dans son dos, visité ma fille ainée dans son village et pris un petit-déjeuner à la terrasse d’un café en discutant avec des habitués, poussé la grille du cimetière dans lequel repose un de mes ancêtres à Moissac, dormi dans une cabane en bois au milieu d’une forêt incroyable, cessé de compter le nombre de paquebots de croisière se succédant au port de la Lune, grimpé en haut de la Méca pour voir l’exposition de photos de Pierre Molinier, conversé avec mes chats, regards intenses et miaulements, photographié les gens pieds nus sur le Miroir d’eau, partagé un repas professionnel sympathique au bord de la Garonne et puis sur le fleuve, lu dans la presse le décès de Jeanne Birkin avant de monter dans l’avion, attendu The great escape de cet été, la récompense, le road trip tant attendu aux US, souhaité très fort pouvoir me rendre sur les terres de Jim Harrison à Patagonia, Arizona, tellement abusé de Google Maps sur ce coin de terre, tellement déçue d’avoir dû déclarer forfait suite aux températures excessives dépassant les 43°C, écrit tous les jours du road-trip sur mon blog, au total 34 posts, regardé les horaires de départ sur le tableau lumineux à l’aéroport, se dire qu’il n’est jamais temps de rentrer, pensé qu’il y a tant de choses à dire, qu’il vaut mieux simplement dire merci, traversé la Garonne de nombreuses fois en BatCub, surtout le matin, repris le cours de mon existence bordelaise, vie citadine, escapades hors murs, photo, écriture, lecture, marché dans les allées du Père Lachaise et du cimetière Montparnasse, rencontre tardive de gens célèbres, Varda-Demy et son banc, Birkin si discrète aux côtés de sa fille Kate, Higelin et les petits cailloux, Christophe et ses mots bleus, Seberg A bout de souffle, Wolinski assassiné, Claude Simon, Piaf, Signoret et Montand, Baschung, Morrison inaccessible, gagné une partie de Mölkky, inattendu, déjeuné à Darwin, survécu à une « vraie » alarme incendie au travail, aimé me rendre au théâtre, subjuguée par Electre des bas-fonds au TnBA, au cinéma, séduite par Le Bleu du caftan, Christophe ou Nostalgia, revu mon amie d’enfance, doux moments partagés, écouté en concert Marcus Miller, jazzy, ses guitares, obtenu une dédicace de Pete Fromm « I hope every pull of the paddles drews you deeper into this maze of lakes and family » pleinement appréciée après lecture du livre, rêvassé dans le TGV, marché la nuit dans le froid des allées de Disney, Marne-la-Vallée, découvert les villes de Soisson et Senlis, le Nord, fabriqué des marques pages pour le calendrier de l’Avent et d’autres surprises, marché dans les rues de Bordeaux sous les décorations de Noël, fêté trois fois Noël avec les enfants, noté dans la To do list de penser à dire aux gens qu’on aime qu’on les aime, tourné la page d’une année qu’on n’est pas prêt à oublier.
C’était 2023, un joli résumé, bonjour 2024!
Très bel exercice.
M