crnt d’été Corse | Propriano #4 #5

regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit

[jrnl|temps passé]

Les jours s’étirent lentement entre ciel bleu et mer scintillante. De l’autre côté du golfe de Valinco, la montagne bleutée et son manteau de végétation dense, le maquis. À la pointe, on aperçoit la silhouette de la tour génoise de Campomoro, quelques rochers ocre. Pour y accéder, il faut compter une heure de randonnée sous un soleil d’été cuisant. À contrecœur, je fais l’impasse sur cette marche et toutes les autres. Je me projette vers une autre saison, plus clémente, pour envisager des découvertes nature. En attendant, je m’informe sur la région et je m’imagine cheminer au printemps sur ce sentier du littoral au départ du petit village de pêcheur de Campomoro. Par curiosité, je cherche sur Google maps, mode street view, là, apparaissent le ponton de bois et le toit-terrasse du bar-restaurant des Amis. Je poursuis la route entre habitations de pierre et mer. Au bout, un chemin de terre, fin d’accès avec Google maps. J’aperçois au loin la tour posée derrière un monticule arboré. Fin de visite.

Un lézard audacieux passe précipitamment entre mes pieds pour rejoindre la végétation en face de la terrasse. En dé-zoomant, sur la carte, je remarque que Rome est à la même latitude que notre lieu de villégiature. Remonte alors un souvenir lointain d’un Noël passé en famille chez mon oncle et ma tante. La douceur de la ville en hiver, un tourbillon de découvertes pour l’adolescente que j’étais, élevée en pleine campagne. La ville s’est inscrite en moi comme une aventure urbaine inoubliable. La magnifique Piazza Navona, les marches de la Piazza di Spagna, mes préférées, et toute cette ambiance d’une ville aux promesses du sud. La fontaine de Trevi et le vœu associé, de dos, ce lancer de la pièce dans l’eau turquoise. Entre oliviers et lauriers roses, végétation méditerranéenne diverse, les cigales s’en donnent à cœur joie. À l’horizon, la brume s’épaissit, quelques nuages de chaleurs se forment sur le golfe. Un hélicoptère de l’armée s’exerce à des simulations de sauvetage au-dessus de l’eau, trouble le calme apparent. La mer frissonne. Malgré une légère brise, il fait encore lourd. 

Je reçois des photos de K., en vacances sur une île au large de la Grèce. Un petit village à la blancheur immaculée accroché à flanc de colline, étroites ruelles et escaliers de pierre dans lesquels les chats errants aiment se prélasser. Ces images me renvoient aux travaux photographiques de Hans Silvester sur les chats des îles grecques. Cuisine méditerranéenne aux saveurs gourmandes de poissons frits, légumes de saison, de quoi profiter d’un été d’évasion. Je remonte vers Athènes sans m’arrêter, puis porte mon regard sur Thessalonique anciennement Salonique. Le camp de Zeitenlik aujourd’hui disparu. C’était en janvier 1916, mon arrière-grand-père, Auguste, celui qui avait quitté son Tarn-et-Garonne natal pour une guerre éclair, se retrouvait sur le front d’Orient. Six mois plus tard, terrassé par le paludisme, il s’est éteint à l’hôpital temporaire n°1 et a été enterré dans le cimetière militaire de la ville. 

7 commentaires sur « crnt d’été Corse | Propriano #4 #5 »

  1. Que de belles images écrites et décrites. On est dans le paysage de ce bleu foncé de la mer et ce vert fleuri du maquis corse. On entend les cigales qui doivent chanter et on sent même l’odeur de cette végétation méditerranéenne.

  2. @@

    Comme un voyage immobile ! Nous te suivons avec plaisir au gré du flux de tes pensées, de tes souvenirs et de tes peregrinations via Google Maps.Sous le regard énigmatique des petites statues de lion figées pour l’éternité sur le balcon, nous revoyons avec toi les images de Rome la bellisima et ses monuments pittoresques, sans oublier la Bouche de la vérité où nous mettions, enfants, nos mains, craignant de la voir se refermer sur nous au moindre mensonge ! .L’émouvant portrait de ce premier pionnier de ta famille, voyageur forcé en quelque sorte, cet arrière grand-père resté bien présent à ton cœur. 

    Finir par la douceur et la pureté blanche de la Madone de ta dernière photo qui nous regarde au fond des yeux scrutant notre âme.

    Just like in a dream , eyes closed,  thank you so much Golden Eyes for this new postcard from Corsica, the shared memories and unexpected trip to Greece and Italy ! So lovely to follow you in your thoughts and travel. Have a great day ahead! 

  3. Comme un voyage immobile ! Nous te suivons avec plaisir au gré du flux de tes pensées, de tes souvenirs et de tes peregrinations via Google Maps.Sous le regard énigmatique des petites statues de lion figées pour l’éternité, nous revoyons avec toi les images de Rome la bellisima et ses monuments pittoresques, sans oublier la Bouche de la vérité où nous mettions, enfants, nos mains, craignant de la voir se refermer sur nous au moindre mensonge ! .L’émouvant portrait de ce premier pionnier de ta famille, voyageur forcé en quelque sorte, cet arrière grand-père resté bien présent à ton cœur. 

    Finir par la douceur et la pureté blanche de la Madone de ta dernière photo qui nous regarde au fond des yeux scrutant notre âme.

    Just like in a dream , eyes closed,  thank you so much Golden Eyes for this new postcard from Corsica, the shared memories and unexpected trip to Greece and Italy ! So lovely to follow you in your thoughts and travel. Have a great day ahead! 

Répondre à Katie M. Annuler la réponse.