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Que reste-t-il d’avant ?
Que fait-on d’aujourd’hui ?
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Que reste-t-il d’avant ?
Que fait-on d’aujourd’hui ?
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
C’est le jour du départ. Il va me falloir laisser une nouvelle fois une partie de moi sur cette terre qui a accueilli mon premier cri. L’histoire s’inscrit peu à peu dans les nouveaux gènes, se redéfinit au fils du temps et laisse une trace identitaire profonde tout en se régénérant. J’ai adoré cette fois tisser ce fil en famille. Dans le partage, en sourdine. Quatre générations ont à ce jour foulé ce sol. Importance de la passation, même si chacun de nous y trouve son essentiel à lui.

Assise à la terrasse du riad, face au levant, éblouie, tel Meursault sur la plage, par les rayons du soleil, je savoure les derniers instants dans le calme, le regard flottant sur les toits de la médina. Les bruits de la vieille cité m’arrivent en sourdine, les oiseaux chantent et au lointain un avion décolle. Bientôt ce sera le nôtre.

Un ultime émerveillement avant de prendre la route de l’aéroport, le musée Dar El Bachar. Il était fermé en 2022 lors de notre dernier séjour. Imposant par sa richesse, séduisant par sa finesse et son harmonie, l’œil capte toutes les subtilités d’un art majestueux. Je suis étourdie par tant de beauté.






Et puis, est venu le temps des au revoir. Je jette un dernier coup d’œil à la médina. Imprime en moi le circuit labyrinthique des ruelles étroites, les odeurs des épices, de la fleur d’oranger, les couleurs vives des étoffes, des cuirs, et les inflexions de la langue. Le taxi nous attend puis il glisse et se faufile à travers les embouteillages. Ça klaxonne à tout va. Scooters, vélos et voitures forment un concert improvisé dominé par le son métallique des moteurs. Les piétons et les vieilles carrioles traînées par des ânes profitent de la mise au pas de la circulation pour s’engouffrer dans les espaces encore vides. Le soleil d’hiver réchauffe la scène. Nous sortons de la médina et nous empruntons les boulevards saturés. Un dernier regard vers la Koutoubia et direction l’aéroport.


C’est fini. La parenthèse se referme. Je me convaincs comme je peux qu’il est nécessaire de mettre un terme aux belles histoires pour mieux les apprécier. C’est un déchirement à chaque fois. Difficile de s’y faire. Accepter simplement. Garder en soi ce présent qui vient s’inscrire dans le passé et le faire revivre plus tard dans les conversations familiales où on prend le temps de se remémorer les moments partagés tous ensemble. Nous repartirons riches de ces instants, plus que nous aurions pu le penser.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Comme une journée de fin de séjour. On passe et on repasse sur les mêmes pas pour partir du riad et y revenir, on foule les mêmes ruelles ou presque dans le labyrinthe des souks pour se rendre d’un point à un autre de la médina. On se perd, on se retrouve, on repère des lieux, des visages, des odeurs de cuir, d’épices. On traverse différents quartiers, on devine parfois leur spécificité, du meuble au cuir tanné, de la laine teintée à la vannerie, des plats à tajine aux babouches multicolores.



La maison de la photographie, une étroite entrée qui s’ouvre sur la fontaine centrale d’un petit riad de charme. En toute intimité. Trois étages de photographies en noir et blanc et un bond en arrière de plus d’un siècle. Le Maroc des années 1879 aux années 1960. Et toujours ces belles mosaïques.






Il y a trois ans, j’avais déjà été touchée par une grande partie de la collection permanente. Que les photographes concernés me pardonnent de ne pas avoir retenu leur nom, c’est surtout le regard de chacun qui m’a parlé. Un geste, une silhouette, un regard, un mouvement et l’imagination fait le reste. On est transporté dans un ailleurs qui nous guide vers une époque lointaine, nous offre une image différente de notre présent. Vestige d’un temps révolu.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Il n’a fallu que quelques minutes pour atteindre le Jardin Secret, cette petite merveille nichée au cœur de la Médina, dans l’ombre des grands rendez-vous. Un havre de paix, un lieu de contemplation, de sérénité où il fait bon se retirer loin de l’agitation bouillante de la ville.






Ici, le moindre recoin est inspirant, raconte une histoire venue de très loin, des monts de l’Atlas, comme celle de l’eau. Ici, beauté des fontaines, des bassins et des allées soigneusement entretenus. Ici, générosité des orangers, citronniers et oliviers. Ici, douceur du soleil hivernal sur les mosaïques.

Et puis, après avoir savouré un excellent tajine, la récompense d’une fin de journée dominicale, un autre jardin emblématique, le Menara. Se promener dans cet espace de carte postale, ce bassin immense face aux montagnes enneigées de l’Atlas sous un soleil déclinant. S’asseoir face à cette offrande, laisser son esprit se perde, apprécier.

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Le régal du matin : un bon petit déjeuner. Galettes marocaines et thé vert à la menthe…

Et puis, c’est une enfilade de ruelles étroites dans lesquelles le soleil fait son apparition, nous aveuglant. Les scooters se faufilent toujours aussi habiles entre les passants. Accélération, coup de klaxon. Les boutiques s’animent, les affaires peuvent commencer. Au coin d’une rue, un café, quelques pâtisseries, un thé à la menthe, petites tables colorées et chaises fantaisies, canapés. Un endroit cosy. Tout le monde s’active, accueille cette nouvelle journée pleine de promesses.





Le bâtiment est toujours en rénovation, mais la visite s’organise autour des parties ouvertes au public. Le Palais de la Bahia dévoile ses richesses avec générosité.

Encore une fois, faire abstraction de la foule de touristes pour s’imprégner du lieu, faire appel à son imagination pour revenir quelques siècles en arrière, entrer dans une autre époque où l’art émerveillait les regards au quotidien.



Zellige traditionnel, vitraux, sculptures sur bois de cèdre, peinture sur bois, du sol au plafond en passant par les murs, tout est délicatesse et ravissement pour le regard. On imagine les pièces aménagées de canapés drapés de tissus brodés, recouverts de coussins soyeux, de tapis moelleux, des lampes à huiles odorantes, des oiseaux qui chantent et la vie qui s’écoule, douce et tranquille. Était-ce vraiment ça ? Je ne sais pas, mais j’aime à le penser.






Il faut maintenant revenir à la réalité. Aujourd’hui, savourer ce que le temps nous a légué, le préserver pour continuer à se souvenir d’une civilisation lointaine ô combien prometteuse et cultivée.



Ici, l’intimité des croyances ne nous permet pas d’aller plus loin, juste d’imaginer. Le mystère prend place. Nous tournons autour du bâtiment sans qu’il ne se révèle. Il gardera sa part secrète jusqu’au bout.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
La journée commence avec un superbe petit-déjeuner marocain.

Et puis, nous marchons dans les ruelles étroites de Marrakech, nous traversons des carrefours embouteillés, des marchés, apercevons la gare routière, traversons deux grandes avenues et ainsi nous nous faufilons jusqu’au Jardin Majorelle. Une longue file d’attente nous attend. Nous discutons de tout et de rien. Nous présentons le QR code de nos billets achetés sur le site internet une heure avant. Nous rentrons enfin dans l’enceinte.





Majorelle 1995, 2022, 2025… des souvenirs, des changements, des oublis. La mémoire vacille, reconstruit et revisite l’espace. Elle recrée une identité sur du déjà vécu. Mais une constante reste : le bleu Majorelle. Puissant, intense, inoubliable.



Plus de déambulation désordonnée à travers ce lieu emblématique sur lequel la célébrité de ses anciens locataires s’est inscrite. Le nouveau tourisme a refaçonné l’organisation de la visite. Plus moyen d’échapper à la foule des curieux en quête d’un nouveau site à cocher sur la liste des incontournables, plus moyen de se soustraire aux instagrameurs compulsifs, plus moyen d’ignorer les influenceurs et influenceuses avides de se montrer sur leur meilleur profil devant les spots devenus trop célèbres. Une vraie mascarade qu’il est souhaitable de balayer de la main pour profiter au mieux de ce lieu qui a eu une autre vie, si riche, à une autre époque.

Retour dans la Médina. Revenir dans l’effervescence de la ville. Les souks, les scooters qui se faufilent dans les ruelles étroites et nous frôlent habilement. Les vendeurs qui s’interpellent d’un stand à l’autre.




Et puis, l’école coranique, la Medersa Ben Youssef. Une merveille de l’architecturale et le fleuron de la connaissance depuis le XVIe siècle. On arpente les couloirs respectueusement alors que le regard se pose sur les carreaux de Zellige, le bois de cèdre sculpté délicatement. On est séduit par la sérénité et l’apaisement du lieu.





Je marche dans cette ville rouge ocre jusqu’à l’étourdissement. Mon corps se reconnecte à un passé lointain, cette langue que je ne parle pas, ces mots que je ne comprenais pas, ces sons étrangers mêlés à ma langue maternelle résonnent encore en moi comme une mélodie déjà connue.
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Retour au Maroc.
Cette fois, l’histoire s’inscrit en famille sur une terre où est né mon oncle, où je suis née. Depuis la fin des années 1930, quatre générations ont foulé le sol marocain. Ce n’est pas rien.

Trente années se sont écoulées avant que je revienne creuser le sillon de mon histoire et inscrire une nouvelle page de mon attachement à ce pays.

Il est mien sans être mien. Familier sans s’être pour autant dévoilé. Une part de mystère demeure bien que le corps révèle une empreinte bien incrustée dans l’ADN familial. Quelque chose encore non formulé nous lie.




regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit
[jrnl|temps passé]
6 heures, le réveil sonne. Pas le temps de se poser des questions. Au radar, je trace. Douche, verre d’eau, chaussures et je claque la porte. Je piste l’arrivée du bus sur l’application TBm. Le petit point géolocalisé représentant le 70 se déplace, régulier. Perdue dans les rêveries, j’en oublie de demander l’arrêt à Barrière du Médoc. Je descendrai au prochain. La marge de temps que j’ai prise n’est pas entamée. J’aurai le tram D comme prévu. À cette heure, peu de personnes circulent, les moyens de transport sont calmes, les quais se préparent à l’affluence de l’heure de pointe. La gare n’est pas surpeuplée, même si c’est une période de vacances scolaires. J’en profite pour relire le nom de mon arrière-grand-père gravé sur le marbre blanc, hommage aux agents des chemins de fer morts pour leur pays.

Bordeaux|Jonzac ~ Le jour s’est levé. Je laisse derrière moi la « belle endormie » enveloppée dans un brouillard épais. A hauteur de Saint-Vincent-de-Paul, le pont de fer enjambe la Dordogne, grise comme le temps. Encore quelques pins des Landes sur le tracé de la voie de chemin de fer et au bout de leur cime, entre deux nuages, du ciel bleu. Des vignes, des terres agricoles. Je pense à M. qui a vécu quelques temps sur Jonzac. Je pense à L. qui, plusieurs fois dans l’année, fait ce trajet pour rejoindre le paysage maritime qu’il affectionne. Je pense à tous ces voyages en train qui ont donné lieu à de belles pages de littérature. Et j’ai le cœur léger. La voix enregistrée diffuse dans le haut parleur des informations. Le train entre bientôt en gare de Jonzac.

Jonzac|Saintes ~ Le réseau ne fonctionne pas bien, je capte moins, je perds des « barres ». Je tente le wifi intercités de la SNCF. Le train avance lentement, traverse des villages des hameaux. Au bord de la voie, veillent encore des maisons de garde-barrière désaffectées. Ici et là , des regroupements de bouleaux déjà dénudés. Un cimetière posé au milieu des champs, son mur d’enceinte matérialisant la limite entre les deux. À l’extrémité d’un champ, une rangée de ruches. On imagine les petites locataires s’affairant avant la période hivernale. À Saintes, cinq nouveaux voyageurs s’installent dans la voiture 2.


Saintes|Rochefort ~ Jusqu’à présent, la voiture 2 était silencieuse. Je mets mes écouteurs. Le soleil tente de percer le voile de brume. Un couple échange à voix haute, un voyageur écoute son portable sans écouteurs et nous fait profiter d’un monologue certainement sorti d’un réseau social. Sans y être invité, on rentre dans l’intimité des gens, impudeur et mépris de l’autre. Hier, j’ai téléchargé séries et films qui pourraient m’intéresser. Je me plonge dans une histoire qui me téléporte au Japon.

Rochefort|La Rochelle ~ Le train se rempli. Une voyageuse prend la place à côté de moi. Elle se rend à Nantes, terminus de la ligne. Je m’étais étalée, je regroupe carnet, livres, veste que je dépose dans un tote bag. Nous longeons sur la gauche la route qui mène à La Rochelle. Nous traversons un paysage de marécages. Des canards attendent, statiques, sur un plan d’eau. On dirait des appeaux. Il est 10:06, l’arrivée à Nantes est prévue dans 2 heures. Le trajet entre les deux villes est court.

La Rochelle|Luçon ~ Au loin un clocher, des éoliennes, la campagne plate, en attente de l’hiver à venir. À côté de moi, la jeune femme passe des appels téléphoniques. Avec les écouteurs dans mes oreilles, je ne saisis pas la teneur de ses propos, professionnels il semblerait. Devant elle, un ordinateur HP, un bloc de prise de notes et deux portables. Je crois reconnaître des IPhone. Elle pianote sur l’écran, tousse, s’agace, hoche la tête, souffle. J’enlève le mode « pause » de mon film.

Luçon|La Roche-sur-Yon ~ Je pourrais me déplacer, il reste un arrêt, une heure de transport et des places disponibles. Curieusement, sa présence ne me dérange pas. Je reste assise côté couloir, siège 21, regardant le paysage défiler à travers la vitre opposée.

La Roche-sur-Yon|Nantes ~ La matinée s’est écoulée dans la voiture 2 de l’Intercités Bordeaux /Nantes, place 21. D’ici, je ne vois pas grand chose. Un pied qui dépasse dans le couloir, la tête du contrôleur qui s’approche pour vérifier mon billet pour la deuxième fois, ma voisine de gauche et un autre voyageur qui vient de déposer sur sa tablette une canette Tropico et un Spéculos emballé. Le temps n’a pas changé depuis 4 heures que je suis partie de Bordeaux, couvert d’une épaisse couche de nuages, mais parfois, un rayon de soleil vient caresser la nature, stoïque.

Le voyage ne s’arrête pas à Nantes. Le temps de grignoter une part de tourte aux légumes me voici sur le quai numéro 11 à attendre le TER en direction de Quimper. Terminus pour moi, Aurey dans le Morbihan. L’habitat change. Les maisons caractéristiques bretonnes jalonnent le parcours : petits hameaux de toits pentus, conduit de cheminée à chaque extrémité, murs en pierre.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Nous renonçons à poursuivre la route jusqu’au Vermont. Nous rentrerons sur Boston par l’I-93 de Lincoln, non s’en avoir parcouru les 34,5-mile de la National Scenic Byway sur la route NH 112, appelée la Kancamagus Scenic Byway.



L’objectif de la journée est de profiter du paysage sans contrainte de temps. Au début de la route nous nous arrêtons, attirés par une grange renfermant une brocante. Différents objets attirent mon attention, mais impossible de songer à les ramener en France. Dommage.



Aux différents points stratégiques, nous croiserons de nombreux touristes. Certains se préparent ou rentrent de randonnée, d’autres visitent comme ces familles d’Indiens avec parents, grands-parents et enfants, ou d’autres communautés d’asiatiques, Koréens, Chinois, Japonais, toujours très présents sur les lieux touristiques.





En arrivant à Lincoln, nous prendrons la direction du sud. Sur l’I-93, la voiture file bon train et mon esprit s’évade. Je me demande quel pourrait être notre prochain road trip dans ce pays que nous affectionnons essentiellement pour ses immenses espaces.



À 30mn de Boston, nous quittons l’état du New Hampshire pour revenir dans le Massachusetts. J’ai encore loupé la photo du panneau de changement d’état. La circulation devient plus dense, mais nous pouvons toujours rouler à 65 mph. Les ralentissements viendront plus tard. Le soleil se couche et pare le feuillage d’une lumière dorée qui souligne les dégradés de jaune, orange et rouge. Ici, le foliage est moins avancé que dans le nord du pays.

Boston est en vue. La skyline se détache dans la brume derrière la forêt. Nous retrouvons le fourmillement des grandes villes. Un petit pincement au cœur, dans 48 heures nous prendrons la direction de l’aéroport. Mais nous avons encore quelques belles heures à combler.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Le deuxième Post Office où nous nous arrêtons est aussi fermé, la nuit d’hôtel de dimanche à lundi était aussi chère que le week-end. Nous avons compris la raison, aujourd’hui, c’est le Colombus Day. L’Amérique commémore l’arrivée de Christophe Colomb sur le sol américain le 12 octobre 1492. Le deuxième lundi d’octobre est donc un jour férié.

Hier soir, nous avons fait un point route. Nous avons terminé l’exploration de la côte atlantique telle que nous l’avions envisagée. Il reste 2 jours avant de rejoindre Concord, puis Boston, jeudi. L’envie de s’enfoncer dans les forêts, de courir après le foliage, de faire une partie de la route 112, prénommée Kancamagus Scenic Byway, et de mettre un pied dans l’état du Vermont. C’est parti !


Mais avant de quitter Bangor et le Maine, un passage obligé : la photo devant le manoir de l’écrivain Stephen King. Inutile de rêver… nous ne sommes pas les seuls à avoir cette idée ! Il a ses fans ! Je ne suis pas une lectrice inconditionnelle de Stephen King, mais il n’était pas question de passer à côté de cette opportunité, même si j’abandonne l’idée de marcher sur les traces de son œuvre prolifique. Mon approche est plus cinématographique, Shining, Misery (que j’adore), La Ligne Verte (idem) ou Christine, Stand By Me, Les Évadés.


Nous récupérons la I-95 à l’ouest de Bangor, la même qui termine sa course à Miami, Floride. Le ciel a revêtu une teinte triste qui annonce la pluie. D’ailleurs quelques gouttes commencent à tomber à hauteur de Fairfild. On quitte l’Interstate à Augusta pour récupérer la 202, direction ouest, Conway.





Nous passons à Lowell, lieu de résidence d’été de Stephen King. Sans réseau, impossible de localiser les bords du lac où il habite, nous poursuivons notre route jusqu’à Conway que nous atteindrons en fin d’après-midi. Je capte quelques vues du foliage qui, à mon sens, est sur la fin.



Avant de rejoindre l’hôtel situé au sud de la ville, nous faisons un stop pour dîner dans le restaurant du Casino de jeux. Nous nous hasardons à commander des ribbs. Ils s’avèrent délicieux. Belle surprise pour terminer cette journée de route.

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Avant de prendre la route pour Acadia National Park, nous prenons le temps de marcher le long du quai de la petite ville de Camden, puis de profiter de la vue plongeante sur la ville et la West Penobscot Bay depuis le Mont Battie. Ici, le vent fouette nos visages et transperce nos vêtements, il ne fait que 10 degrés ce matin.





1h50 de conduite est programmée pour rejoindre Bar Harbor en suivant la route 1 jusqu’à Ellsworth puis la route côtière. Le ciel est voilé, mais le soleil tente de percer. La température monte un peu. La route 1 est plaisante. Elle sillonne la forêt et traverse différents villages aux différentes ambiances. Maisons en bois, jardins verdoyants, océan et monts arborés. Ici une préparation de flea market, plus loin les gens font la queue pour déguster un brunch bien mérité. Le paysage vallonné surplombe l’océan encore pris dans une brume matinale. On longe des lacs aux eaux profondes. Selon les différents Fall Foliage Reports consultés, le Maine atteindrait le pick de couleur. Je regarde la forêt et détecte peu de feuillages rougissants, mais certaines parties du parcours s’en rapprochent. Je prends quelques photos.




Je suis déçue par Bar Harbor, trop de touristes, aucun charme, des boutiques tout le long de Main Street. Le temps de se restaurer, nous reprenons la route. Direction la maison de Marguerite Yourcenar à Northeast Harbor.


Au 35 S Shore Rd, j’imagine qu’il faisait bon vivre. Me reviennent des images lointaines de ma lecture de l’Å’uvre au noir. Zénon n’est pas très loin, il a traversé tous ces siècles, l’esprit libre. Peut-être veille-t-il aujourd’hui sur les lieux vides de ses âmes. Je me prends à rêver quelques secondes qu’il puisse, par magie, faire réapparaitre l’écrivaine et sa traductrice. Je pourrais les regarder de l’extérieur vivre dans cet espace privé que j’imagine cosy.




Non loin, le Brookside Cimetery où nous avons cherché les deux pierres tombales. Celle de Marguerite Yourcenar et celle de Grace Frick. Si discrètes que nous aurions pu passer à côté sans les voir.




Nous reprenons la route vers le nord pour rejoindre Bangor et passer la nuit.



les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Les hôtels sont de plus en plus chers et doublent leur prix le week-end sans pour autant être à la hauteur des prestations fournies pour le budget alloué. Infernal ! C’est une réelle question dont les conséquences risquent fort d’impacter les prochains projets de road trip aux US.

Aujourd’hui, c’est la journée des phares. Nous en verrons trois.
Commencer par le Portland Head Light. Il est 9 heures et déjà les bus touristiques déposent les visiteurs devant l’entrée du site. Nous profitons du paysage en faisant abstraction du monde.

Il est temps de rejoindre Portland et le centre historique, le Old Port. L’essentiel se passe sur Commercial Street et son déploiement de boutiques et de restaurants. Portland est une ville sans buildings élevés, une ville « plate », essentiellement construite en briquettes rouges. Les parkings sont hors de prix, aussi nous ne respectons que 2 heures, le temps de prendre le pouls de cette cité et de déguster les donuts de Holy Donut, une institution, une halte obligatoire pour les gourmands… une petite boucle dans le quartier résidentiel de West End et ses belles propriétés et nous reprenons la route.



On traverse des paysages de forêts et de marécages. Le foliage (feuillage d’automne) ne semble pas tout à fait au rendez-vous bien que de nombreux arbres soient déjà bien dépouillés. Comme si une étape manquait. L’été chaud, trop chaud peut-être aurait-il eu raison de leur parure, ou est-ce déjà terminé ? Étonnant.



Nous avons quitté l’I-295 à hauteur de Freeport pour rejoindre la route 1 North. Par des détours, elle nous conduira jusqu’à Camden.



« Cours, Forrest, cours ! ». C’est exactement face à ce phare que Forrest Gump (film culte réalisé par Robert Zemeckis en1994) rebrousse chemin. Nous avions déjà croisé la route de Forest Gump, il y a 3 ans, sur la voie « panoramique » qui conduit à Monument Valley, Utah, l’endroit où il annonce à ses admirateurs qu’il est fatigué et qu’il arrête de courir. C’était magique ! En rentrant en France, revoir une nouvelle fois cette merveille, on ne se lasse pas…


Fin de journée.



les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Le décalage horaire se fait bien moins sentir et le départ de l’hôtel est plus tardif. Le soleil est généreux, c’est une belle journée qui s’offre encore à nous.

Avant de reprendre la route, marcher dans le centre historique de Portsmouth construit en briquettes rouges. Comme un air de vieille Angleterre. Le centre-ville se révèle très animé. Dans Congress street, les gens se promènent gobelet de café à la main, rentrent dans des boutiques, s’arrêtent sur des terrasses pour petit-déjeuner. Une belle surprise.




Traverser le Memorial Bridge, quitter le New Hampshire et rentrer dans l’état du Maine. S’arrêter sur Badger’s Island et prendre des photos de maisons typiques de pêcheurs construites au bord de la Piscataqua River.





En se dirigeant vers Cape Neddick, préférer la route 1A à la 1. Elle longe le littoral de plus près et permet de voir la Sayward-Wheeler House.



York beach et Cape Neddick. Tout le long de la plage, de l’autre côté de la route, un ruban de maisons en bois, aussi mignonnes les unes que les autres. Et du vent, beaucoup de vent.


Caché derrière la pointe, le Cape Niddick Lighthouse inaccessible, planté sur son rocher.










