crnt us 🇺🇸 Phoenix J4 | Phoenix-Holbrook

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Après une nuit réparatrice à Scottsdale, nous quittons la chambre 112 du Motel 6 pour rejoindre une dernière fois notre petit groupe au Senna House afin de partager un petit-déjeuner.

La route se poursuit maintenant à deux. Il fait déjà 94•F à midi quand nous rendons la Chevrolet Tahoe chez Alamo avant de prendre une voiture plus petite chez Sixt. Petits déboires de location et enfin la troisième voiture est la bonne. Une heure de perdue ! Nous décidons de nous arrêter à un In-n-Out avant de quitter Phoenix pour Holbrook sous une température étouffante de 40•C. 3 heures de route pour une arrivée prévue à 18 heures.

Très vite la ville s’efface laissant place à un décor désertique, chaotique d’où émergent des cactus aussi droits que des cierges. Au loin, les montagnes vers lesquelles nous nous dirigeons. Le ciel est bleu et la radio joue des airs de country.

À Payson, nous quittons l’US 87 North pour rejoindre la Hwy 260. Massif montagneux, forêts de conifères et la route qui slalome autour des monts épousant leurs contours ou se frayant un chemin à travers une trouée creusée par l’homme.

Avant de redescendre vers Holbrook, nous traversons la Sitgreaves National Forest.

Le temps s’écoule tranquillement. L’esprit s’évade, le regard se noie dans le paysage. Nous glissons progressivement vers la plaine désertique laissant derrière nous la forêt de sapins. Ici, le moindre relief se repère, usine, éoliennes, pylônes à haute tension. La température remonte à 25•C.

De cette route à deux voies, on aperçoit au loin des paysages connus. Ceux des terres rouges, des mesas aux flancs abrupts et des pitons rocheux de l’Ouest américain.

Holbrook est maintenant en vue. Encore 10mn de route. Nous allons enjamber le Little Colorado, déjà traversé hier en revenant vers Flagstaff.

Holbrook, ville traversée par la Route 66, ville où nous avions déjà fait étape il y a 4 ans. Avant la tombée de la nuit, à l’heure dorée, je prends quelques photos tout en sillonnant quelques rues déjà parcourues. Il est alors temps de rejoindre notre hôtel.

crnt us 🇺🇸 Phoenix J3 | Monument Valley

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

7h30, nous prenons la route, direction Est, Monument Valley. De chaque côté de l’Us-98, un paysage désertique se déploie à perte de vue. Une sensation de bien-être, de liberté s’en dégage. Nous atteignons sans nous en rendre compte 1800m d’altitude. Mon regard explore cette immense étendue, repère au loin la Navajo Mountain.

Navajo Mountain

À la jonction avec la Hwy 160, une station Shell, un marketplace et un hôtel, La Quinta. C’est tout. Nous prenons à gauche et longeons une voie de chemin de fer.

Avant de tourner sur la Hway 163, nous faisons une halte à Kayenta, au supermarché. Quelques courses pour préparer un pique-nique.

La Hwy 163, route incroyable qui borde le parc de Monument Valley.

Jamais je n’aurais pensé revenir à Monument Valley. C’était l’été 2022, l’année de la route 66. Aujourd’hui, c’est avec beaucoup d’émotion que je reviens sur ce lieu habité, chargé de symbolique.

Sur ma rétine est inscrit à jamais la couleur rouge de la roche et de la terre de Monument Valley.

La joyeuse compagnie !

La route du retour. Hwy 163, puis 160 jusqu’à Tuba City où nous reprenons la Hwy 89 qui nous mène jusqu’à Flagstaff. Il a fallu quitter la terre rouge de la réserve Navajo, contourner celle du peuple Hopi pour retrouver un paysage autrement désertique, herbes jaunies, délavées et buissons.

Au loin, un massif montagneux aux sommets enneigés. À 40 minutes de Flagstaff, la Hwy passe de deux à quatre voies, puis six. Altitude, 1800 mètres, puis 2200 mètres. Ici, une partie de la forêt de sapins a brûlé.

Nous faisons une halte sucrée bien appréciée à Flagstaff.

crnt us 🇺🇸 Phoenix J2 | Page et Antelope Canyons

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Avec le décalage horaire, je suis réveillée à 4h30 du matin, la tête lourde, les muscles endoloris et l’espoir d’une journée qui s’annonce chargée de merveilleux moments. Ainsi, petit-déjeuner pris notre petite troupe se dirige vers le point de rendez-vous downtown, sur la 6th Avenue. Objectif du matin, Upper Antelope Canyon. Enregistrement fait via un QR code, nous montons à bord d’un des trois véhicules 4X4 qui nous conduit jusqu’à l’entrée du canyon à travers une piste privée située sur les terres de la réserve Navajo.

Notre guide Navajo, qui plus tard me révélera son nom, Yellow Horse, nous conduit à l’entrée du Canyon.

À partir de ce moment, les mots me manquent.

Sur la terre sacrée du peuple Navajo, la terre, les éléments, le spirituel se connectent. Harmonie et douceur des formes, contraste de la lumière, ombres et silence. Nous marchons dans ce long couloir, canyon aux parois sculptées par l’eau et le vent, respectueux du site qui nous donne tant. Le sentiment de vivre un moment indéfinissable me submerge.

De retour à Page, encore imprégnés de ce que nous venons de vivre, nous reprenons la voiture pour nous rendre sur le site de Horseshoe Bend. Ici, on peut observer la force de travail de la nature. La Colorado River a œuvré depuis des millénaires à sculpter ce magnifique méandre. Au-dessus, la vue panoramique invite à la méditation. Je fait abstraction du monde autour de moi et trouve pour quelques minutes un espace protégé pour me délecter de ce spectacle si inspirant.

En fin de journée, nous avons rendez-vous pour visiter le Lower Antelope Canyon. Notre jeune guide Navajo, rattaché à Ken’s Tours, nous fait découvrir ce « slot canyon » très étroit, long de plus de 400 mètres, dans lequel nous devons descendre et monter des escaliers et des échelles relativement raides. Très différent du Lower Antelope Canyon, il n’en est pas moins magnifique. Les parois ondulées, aux teintes orange dégradées offrent une expérience unique.

crnt us 🇺🇸 Phoenix J1 |route destination Page

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Installée sur un siège de la rangée centrale, je n’ai rien vu du survol de l’Ecosse, de l’Islande, du Groenland, puis de la courbe effectuée par l’Airbus A350 pour traverser une partie du Canada avant d’obliquer sud vers Phœnix. Seul l’écran incrusté dans le dossier du siège devant moi m’a permis entre deux films de me rendre compte du trajet parcouru grâce aux caméras extérieures de l’avion. Une sorte de voyage virtuel en présentiel.

Dimanche, en début d’après-midi, l’Airbus se pose sur la piste de l’aéroport de Phoenix. Il fait beau et plus de 30 degrés en température extérieure. Commence alors une demi-journée où, comme sur le vol, je ne verrai rien, à part une partie de la route de l’I-15 North vers Flagstaff. Je ne verrai que les quelques hauts buildings formant, au loin, le downtown de Phoenix. Je devinerai en fin de journée les courbes des montagnes abritant le parc de Sedona. Je traverserai Flagstaff en ayant en tête la jolie ville que nous avions visitée en 2022, l’année de la Route 66. De la route 89 qui monte vers Page notre destination et traverse la partie Ouest de la réserve Navajo, je ne verrai que le bitume noir éclairé par les phares de notre Chevrolet Tahoe, devinant ici et là quelques habitations éclairées par des lampes extérieures.

Exténués par le vol de plus de 10 heures puis la route de 4 heures 30, notre petit groupe de 7 arrivons dans une nuit fraîche et profonde au Motel pour sombrer dans un sommeil profond avant de vivre 2 jours qui devraient tenir toutes leurs promesses.

crnt us 🇺🇸 Phoenix | départ

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

C’est comme un rituel. Le vol Bordeaux -Paris CDG, puis le départ pour Phoenix . Les longs couloirs impersonnels de l’aéroport, les filtres de police et de douane, les annonces précédées d’un dong dong dong et la voix sucrée du speaker, les passagers en transit qui errent au duty free de boutique en boutique ou attendent en zone d’embarquement le regard fixant le vide, parfois hagard ou plein de fatigue. La longue file d’attente pour l’embarquement, zone par zone. L’accueil au seuil de l’avion. Et la place 24E, au centre de la rangée du milieu. Coincée face à l’écran juste à 25centimètres de mes yeux. Une annonce, les portes sont fermées. C’est parti pour plus de 10 heures de vol.

crnt us 🇺🇸 Phoenix | la nuit d’avant

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Il n’était pas prévu ce voyage. Il est arrivé comme un vent de fraîcheur qu’on accueille avec délectation. Un appel téléphonique un jour d’automne, une voix familière évoquant un dernier vol d’une carrière de navigant bien remplie, un désir de partager cet évènement. On ne réfléchit pas. On s’associe au projet. On fait les fonds de tiroirs et on prend nos billets d’avion. Destination, Phœnix.

Six mois d’attente. À rêver sur des cartes, des blogs, des photos, des reportages. Six mois à se projeter dans des paysages incroyables. Six mois jusqu’à la veille du départ.

Au début, il n’est question que d’un aller-retour, le temps d’un courrier, deux jours pleins sur place. Après un échange organisationnel, nous décidons de ne pas rentrer sur le vol retour, mais de poursuivre à deux l’aventure d’une dizaine de jours.

Aujourd’hui, c’est le jour d’avant, la nuit d’avant. Depuis la fenêtre de la chambre 734, le regard se porte sur la silhouette de l’aéroport. La nuit tombe, les lampadaires s’allument.

La nuit d’avant, c’est le retour sur la préparation mentale du voyage. L’anxiété portée sur la valise laissée en transit à l’aéroport. Le trajet rejoué dans sa tête et la question des étapes trop longues ou trop courtes. Les jours recomptés. Les villes, les parcs écartés du projet et garder en mémoire pour une autre aventure. La nuit d’avant, c’est la possibilité de faire vivre le rêve. C’est le but qui s’approche. C’est cet appel du voyage qui vibre en soi.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J6

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

C’est le jour du départ. Il va me falloir laisser une nouvelle fois une partie de moi sur cette terre qui a accueilli mon premier cri. L’histoire s’inscrit peu à peu dans les nouveaux gènes, se redéfinit au fils du temps et laisse une trace identitaire profonde tout en se régénérant. J’ai adoré cette fois tisser ce fil en famille. Dans le partage, en sourdine. Quatre générations ont à ce jour foulé ce sol. Importance de la passation, même si chacun de nous y trouve son essentiel à lui.

Assise à la terrasse du riad, face au levant, éblouie, tel Meursault sur la plage, par les rayons du soleil, je savoure les derniers instants dans le calme, le regard flottant sur les toits de la médina. Les bruits de la vieille cité m’arrivent en sourdine, les oiseaux chantent et au lointain un avion décolle. Bientôt ce sera le nôtre.

Un ultime émerveillement avant de prendre la route de l’aéroport, le musée Dar El Bachar. Il était fermé en 2022 lors de notre dernier séjour. Imposant par sa richesse, séduisant par sa finesse et son harmonie, l’œil capte toutes les subtilités d’un art majestueux. Je suis étourdie par tant de beauté.

Et puis, est venu le temps des au revoir. Je jette un dernier coup d’œil à la médina. Imprime en moi le circuit labyrinthique des ruelles étroites, les odeurs des épices, de la fleur d’oranger, les couleurs vives des étoffes, des cuirs, et les inflexions de la langue. Le taxi nous attend puis il glisse et se faufile à travers les embouteillages. Ça klaxonne à tout va. Scooters, vélos et voitures forment un concert improvisé dominé par le son métallique des moteurs. Les piétons et les vieilles carrioles traînées par des ânes profitent de la mise au pas de la circulation pour s’engouffrer dans les espaces encore vides. Le soleil d’hiver réchauffe la scène. Nous sortons de la médina et nous empruntons les boulevards saturés. Un dernier regard vers la Koutoubia et direction l’aéroport.

C’est fini. La parenthèse se referme. Je me convaincs comme je peux qu’il est nécessaire de mettre un terme aux belles histoires pour mieux les apprécier. C’est un déchirement à chaque fois. Difficile de s’y faire. Accepter simplement. Garder en soi ce présent qui vient s’inscrire dans le passé et le faire revivre plus tard dans les conversations familiales où on prend le temps de se remémorer les moments partagés tous ensemble. Nous repartirons riches de ces instants, plus que nous aurions pu le penser.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J5

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Comme une journée de fin de séjour. On passe et on repasse sur les mêmes pas pour partir du riad et y revenir, on foule les mêmes ruelles ou presque dans le labyrinthe des souks pour se rendre d’un point à un autre de la médina. On se perd, on se retrouve, on repère des lieux, des visages, des odeurs de cuir, d’épices. On traverse différents quartiers, on devine parfois leur spécificité, du meuble au cuir tanné, de la laine teintée à la vannerie, des plats à tajine aux babouches multicolores.

La maison de la photographie, une étroite entrée qui s’ouvre sur la fontaine centrale d’un petit riad de charme. En toute intimité. Trois étages de photographies en noir et blanc et un bond en arrière de plus d’un siècle. Le Maroc des années 1879 aux années 1960. Et toujours ces belles mosaïques.

L’écrivain

Il y a trois ans, j’avais déjà été touchée par une grande partie de la collection permanente. Que les photographes concernés me pardonnent de ne pas avoir retenu leur nom, c’est surtout le regard de chacun qui m’a parlé. Un geste, une silhouette, un regard, un mouvement et l’imagination fait le reste. On est transporté dans un ailleurs qui nous guide vers une époque lointaine, nous offre une image différente de notre présent. Vestige d’un temps révolu.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J4

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Il n’a fallu que quelques minutes pour atteindre le Jardin Secret, cette petite merveille nichée au cœur de la Médina, dans l’ombre des grands rendez-vous. Un havre de paix, un lieu de contemplation, de sérénité où il fait bon se retirer loin de l’agitation bouillante de la ville.

Ici, le moindre recoin est inspirant, raconte une histoire venue de très loin, des monts de l’Atlas, comme celle de l’eau. Ici, beauté des fontaines, des bassins et des allées soigneusement entretenus. Ici, générosité des orangers, citronniers et oliviers. Ici, douceur du soleil hivernal sur les mosaïques.

Et puis, après avoir savouré un excellent tajine, la récompense d’une fin de journée dominicale, un autre jardin emblématique, le Menara. Se promener dans cet espace de carte postale, ce bassin immense face aux montagnes enneigées de l’Atlas sous un soleil déclinant. S’asseoir face à cette offrande, laisser son esprit se perde, apprécier.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J3

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Le régal du matin : un bon petit déjeuner. Galettes marocaines et thé vert à la menthe…

Et puis, c’est une enfilade de ruelles étroites dans lesquelles le soleil fait son apparition, nous aveuglant. Les scooters se faufilent toujours aussi habiles entre les passants. Accélération, coup de klaxon. Les boutiques s’animent, les affaires peuvent commencer. Au coin d’une rue, un café, quelques pâtisseries, un thé à la menthe, petites tables colorées et chaises fantaisies, canapés. Un endroit cosy. Tout le monde s’active, accueille cette nouvelle journée pleine de promesses.

Le bâtiment est toujours en rénovation, mais la visite s’organise autour des parties ouvertes au public. Le Palais de la Bahia dévoile ses richesses avec générosité.

Encore une fois, faire abstraction de la foule de touristes pour s’imprégner du lieu, faire appel à son imagination pour revenir quelques siècles en arrière, entrer dans une autre époque où l’art émerveillait les regards au quotidien.

Zellige traditionnel, vitraux, sculptures sur bois de cèdre, peinture sur bois, du sol au plafond en passant par les murs, tout est délicatesse et ravissement pour le regard. On imagine les pièces aménagées de canapés drapés de tissus brodés, recouverts de coussins soyeux, de tapis moelleux, des lampes à huiles odorantes, des oiseaux qui chantent et la vie qui s’écoule, douce et tranquille. Était-ce vraiment ça ? Je ne sais pas, mais j’aime à le penser.

Il faut maintenant revenir à la réalité. Aujourd’hui, savourer ce que le temps nous a légué, le préserver pour continuer à se souvenir d’une civilisation lointaine ô combien prometteuse et cultivée.

La Koutoubia – mosquée

Ici, l’intimité des croyances ne nous permet pas d’aller plus loin, juste d’imaginer. Le mystère prend place. Nous tournons autour du bâtiment sans qu’il ne se révèle. Il gardera sa part secrète jusqu’au bout.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J2

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

La journée commence avec un superbe petit-déjeuner marocain.

Et puis, nous marchons dans les ruelles étroites de Marrakech, nous traversons des carrefours embouteillés, des marchés, apercevons la gare routière, traversons deux grandes avenues et ainsi nous nous faufilons jusqu’au Jardin Majorelle. Une longue file d’attente nous attend. Nous discutons de tout et de rien. Nous présentons le QR code de nos billets achetés sur le site internet une heure avant. Nous rentrons enfin dans l’enceinte.

Majorelle 1995, 2022, 2025… des souvenirs, des changements, des oublis. La mémoire vacille, reconstruit et revisite l’espace. Elle recrée une identité sur du déjà vécu. Mais une constante reste : le bleu Majorelle. Puissant, intense, inoubliable.

Plus de déambulation désordonnée à travers ce lieu emblématique sur lequel la célébrité de ses anciens locataires s’est inscrite. Le nouveau tourisme a refaçonné l’organisation de la visite. Plus moyen d’échapper à la foule des curieux en quête d’un nouveau site à cocher sur la liste des incontournables, plus moyen de se soustraire aux instagrameurs compulsifs, plus moyen d’ignorer les influenceurs et influenceuses avides de se montrer sur leur meilleur profil devant les spots devenus trop célèbres. Une vraie mascarade qu’il est souhaitable de balayer de la main pour profiter au mieux de ce lieu qui a eu une autre vie, si riche, à une autre époque.

Retour dans la Médina. Revenir dans l’effervescence de la ville. Les souks, les scooters qui se faufilent dans les ruelles étroites et nous frôlent habilement. Les vendeurs qui s’interpellent d’un stand à l’autre.

Et puis, l’école coranique, la Medersa Ben Youssef. Une merveille de l’architecturale et le fleuron de la connaissance depuis le XVIe siècle. On arpente les couloirs respectueusement alors que le regard se pose sur les carreaux de Zellige, le bois de cèdre sculpté délicatement. On est séduit par la sérénité et l’apaisement du lieu.

Je marche dans cette ville rouge ocre jusqu’à l’étourdissement. Mon corps se reconnecte à un passé lointain, cette langue que je ne parle pas, ces mots que je ne comprenais pas, ces sons étrangers mêlés à ma langue maternelle résonnent encore en moi comme une mélodie déjà connue.

crnt Maroc 🇲🇦 | Marrakech J1

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Retour au Maroc.

Cette fois, l’histoire s’inscrit en famille sur une terre où est né mon oncle, où je suis née. Depuis la fin des années 1930, quatre générations ont foulé le sol marocain. Ce n’est pas rien.

Trente années se sont écoulées avant que je revienne creuser le sillon de mon histoire et inscrire une nouvelle page de mon attachement à ce pays.

Il est mien sans être mien. Familier sans s’être pour autant dévoilé. Une part de mystère demeure bien que le corps révèle une empreinte bien incrustée dans l’ADN familial. Quelque chose encore non formulé nous lie.