crnt us 🇺🇸 Phoenix J6 | Mexican Hat – Monticello

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

La journée s’annonce encore une fois pleine de promesses. Après un petit déjeuner improvisé face à la San Juan River, nous n’avons que quelques miles à faire pour arriver à Goosenecks State Park.

GOOSENECKS STATE PARK

Un spectacle grandiose s’offre à nous. Le lieu est insolite. On ne surplombe pas moins de trois méandres de la San Juan River. Au loin, au-dessus de la mesa on aperçoit Monument Valley. Le soleil nous chauffe le dos. L’espace est paisible. On entend le cacardement des oies au loin.

MOKI DUGWAY

Nous reprenons la route pour atteindre Muley Point et empruntons la piste panoramique en terre, Moki Dugway, creusée à flanc de la Cedar Mesa. La montée à fort pourcentage de 3 miles est impressionnante, les lacets serrés. J’ai le vertige, ce qui ne me permet pas de profiter pleinement du paysage durant le trajet. Nous arrivons sur les hauteurs de la mesa. Partout où le regard se pose ce n’est qu’émerveillement.

Moki Dugway

À la sortie de Moki Dugway, sur la mesa, nous prenons une route en terre de 2,3 miles qui nous mène en ligne droite à Muley Point.

Piste B241 vers Muley Point

Être seule au monde en haut de la mesa à contempler la Valley of the Gods, les méandres de la San Juan River. Au loin les contours de Monument Valley me procure un moment de grâce. Invitation à la méditation. Respect devant tant de beauté. Autour le silence. Seul le son du battement d’ailes de quelques insectes près des oreilles. S’imprégner de ce moment majestueux et le garder en soi à jamais, le chérir.

On redescend lentement par la piste, Moki Dubway. Vitres ouvertes, on entend le crissement des pneus sur les gravillons.

VALLEY OF THE GODS ROAD – 17 miles – WEST ENTRANCE

Considérée comme une version miniature et plus sauvage de Monument Valley. Ses buttes et ses mésas en grès rouge m’émerveillent toujours. La piste de terre sillonne à travers ces impressionnants rochers monolithiques. Je n’ai plus les mots pour dire cette beauté-là.

Au loin, Monument Valley

FOUR CORNERS

En sortant de la Valley of the Gods, nous prenons la direction East pour rejoindre l’US-191 South durant quelques miles, avant de couper par la Red Mesa Road et prendre L’US-160 jusqu’aux 4 Corners. Seul endroit aux Etats-Unis où 4 états se rejoignent : l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Colorado et l’Utah. Malgré l’aspect touristique, j’avais envie de vivre ce moment.

CROCHET DANS LE COLORADO

Nous avions le choix entre 3 trajets pour atteindre Monticello (Utah). Nous prenons celui qui propose le plus de miles dans l’état du Colorado. Nous restons pour le moment sur l’US-160. À gauche la Black Mountain et de chaque côté de la route, à perte de vue, des Badlands et des mesas. Ici, sur la réserve des Utes, la terre a changé de couleur, elle est ocre, jaune

Black Mountain, Colorado

Passé la ville de Cortez, le paysage devient plus agricole. Des ranchs, des chevaux, des vaches, des terres cultivables.

crnt us 🇺🇸 Phoenix J5 |Holbrook-Mexican Hat

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Bientôt 8h et nous quittons la chambre 216 du Best Western, direction Petrified Forest. Ciel bleu, température de 8•C, pour le moment. Elle va vite monter.

PETRIFIED FOREST NP

Petrified Forest est une vraie découverte. Lors de notre road trip sur la Route 66, nous n’avions pas eu le temps de nous y arrêter. C’est chose rectifiée ce jour ! Nous prenons la route panoramique par l’entrée Sud du NP.

Long Logs Trail

Marcher sous le soleil du matin déjà chaud, prendre le temps d’admirer le paysage sous différents angles, photographier des détails qui attirent mon regard et créent une certaine harmonie, puis réaliser que ce lieu est une vraie splendeur.

Crystal Forest Trail

Toucher ce bois qui n’en est plus, imaginer ces troncs pétrifiés depuis des millénaires me trouble. Observer leurs courbes, leurs couleurs, leurs formes, me renvoie à des temps si retirés que j’en ai le vertige.

Blue Mesa

NAVAJO RESERVATION ET FORREST GUMP POINT

Par l’US-191 North, qui partage la réserve en deux, nous rentrons dans la Navajo Reservation, la plus étendue du territoire étasunien. Cette terre aride à la couleur rouge tait depuis des décennies sa souffrance passée avec dignité.

Sur une caravane délabrée en bord de route, j’aperçois une inscription, Keep Out. Même un bien modeste se doit d’être préservé.

A Granada l’US-191 se confond avec l’US 264 jusqu’à Burnside et reprend droit vers le Nord. Sur cette terre brûlée par le soleil, recouverte de badlands, ici et là se dessinent de modestes habitations souvent des Mobil-home, habitées par des Navajos.

De chaque côté de la route, c’est une plaine immense qui butte au loin sur d’incroyables mesas. On aperçoit même la silhouette de Round Rock.

On pensait avoir manqué le panneau artisanal en planche en bois « Forrest Gump » au mile maker 13, mais en fait ce n’était pas le cas. Il n’existe plus.

En faisant abstraction du monde, nous avons profité de cette magnifique vue. La nuit tombe, il est temps de rejoindre le Motel à Mexican Hat.

crnt us 🇺🇸 Phoenix J4 | Phoenix-Holbrook

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Après une nuit réparatrice à Scottsdale, nous quittons la chambre 112 du Motel 6 pour rejoindre une dernière fois notre petit groupe au Senna House afin de partager un petit-déjeuner.

La route se poursuit maintenant à deux. Il fait déjà 94•F à midi quand nous rendons la Chevrolet Tahoe chez Alamo avant de prendre une voiture plus petite chez Sixt. Petits déboires de location et enfin la troisième voiture est la bonne. Une heure de perdue ! Nous décidons de nous arrêter à un In-n-Out avant de quitter Phoenix pour Holbrook sous une température étouffante de 40•C. 3 heures de route pour une arrivée prévue à 18 heures.

Très vite la ville s’efface laissant place à un décor désertique, chaotique d’où émergent des cactus aussi droits que des cierges. Au loin, les montagnes vers lesquelles nous nous dirigeons. Le ciel est bleu et la radio joue des airs de country.

À Payson, nous quittons l’US 87 North pour rejoindre la Hwy 260. Massif montagneux, forêts de conifères et la route qui slalome autour des monts épousant leurs contours ou se frayant un chemin à travers une trouée creusée par l’homme.

Avant de redescendre vers Holbrook, nous traversons la Sitgreaves National Forest.

Le temps s’écoule tranquillement. L’esprit s’évade, le regard se noie dans le paysage. Nous glissons progressivement vers la plaine désertique laissant derrière nous la forêt de sapins. Ici, le moindre relief se repère, usine, éoliennes, pylônes à haute tension. La température remonte à 25•C.

De cette route à deux voies, on aperçoit au loin des paysages connus. Ceux des terres rouges, des mesas aux flancs abrupts et des pitons rocheux de l’Ouest américain.

Holbrook est maintenant en vue. Encore 10mn de route. Nous allons enjamber le Little Colorado, déjà traversé hier en revenant vers Flagstaff.

Holbrook, ville traversée par la Route 66, ville où nous avions déjà fait étape il y a 4 ans. Avant la tombée de la nuit, à l’heure dorée, je prends quelques photos tout en sillonnant quelques rues déjà parcourues. Il est alors temps de rejoindre notre hôtel.

crnt us 🇺🇸 Phoenix J3 | Monument Valley

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

7h30, nous prenons la route, direction Est, Monument Valley. De chaque côté de l’Us-98, un paysage désertique se déploie à perte de vue. Une sensation de bien-être, de liberté s’en dégage. Nous atteignons sans nous en rendre compte 1800m d’altitude. Mon regard explore cette immense étendue, repère au loin la Navajo Mountain.

Navajo Mountain

À la jonction avec la Hwy 160, une station Shell, un marketplace et un hôtel, La Quinta. C’est tout. Nous prenons à gauche et longeons une voie de chemin de fer.

Avant de tourner sur la Hway 163, nous faisons une halte à Kayenta, au supermarché. Quelques courses pour préparer un pique-nique.

La Hwy 163, route incroyable qui borde le parc de Monument Valley.

Jamais je n’aurais pensé revenir à Monument Valley. C’était l’été 2022, l’année de la route 66. Aujourd’hui, c’est avec beaucoup d’émotion que je reviens sur ce lieu habité, chargé de symbolique.

Sur ma rétine est inscrit à jamais la couleur rouge de la roche et de la terre de Monument Valley.

La joyeuse compagnie !

La route du retour. Hwy 163, puis 160 jusqu’à Tuba City où nous reprenons la Hwy 89 qui nous mène jusqu’à Flagstaff. Il a fallu quitter la terre rouge de la réserve Navajo, contourner celle du peuple Hopi pour retrouver un paysage autrement désertique, herbes jaunies, délavées et buissons.

Au loin, un massif montagneux aux sommets enneigés. À 40 minutes de Flagstaff, la Hwy passe de deux à quatre voies, puis six. Altitude, 1800 mètres, puis 2200 mètres. Ici, une partie de la forêt de sapins a brûlé.

Nous faisons une halte sucrée bien appréciée à Flagstaff.

crnt us 🇺🇸 Phoenix J2 | Page et Antelope Canyons

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Avec le décalage horaire, je suis réveillée à 4h30 du matin, la tête lourde, les muscles endoloris et l’espoir d’une journée qui s’annonce chargée de merveilleux moments. Ainsi, petit-déjeuner pris notre petite troupe se dirige vers le point de rendez-vous downtown, sur la 6th Avenue. Objectif du matin, Upper Antelope Canyon. Enregistrement fait via un QR code, nous montons à bord d’un des trois véhicules 4X4 qui nous conduit jusqu’à l’entrée du canyon à travers une piste privée située sur les terres de la réserve Navajo.

Notre guide Navajo, qui plus tard me révélera son nom, Yellow Horse, nous conduit à l’entrée du Canyon.

À partir de ce moment, les mots me manquent.

Sur la terre sacrée du peuple Navajo, la terre, les éléments, le spirituel se connectent. Harmonie et douceur des formes, contraste de la lumière, ombres et silence. Nous marchons dans ce long couloir, canyon aux parois sculptées par l’eau et le vent, respectueux du site qui nous donne tant. Le sentiment de vivre un moment indéfinissable me submerge.

De retour à Page, encore imprégnés de ce que nous venons de vivre, nous reprenons la voiture pour nous rendre sur le site de Horseshoe Bend. Ici, on peut observer la force de travail de la nature. La Colorado River a œuvré depuis des millénaires à sculpter ce magnifique méandre. Au-dessus, la vue panoramique invite à la méditation. Je fait abstraction du monde autour de moi et trouve pour quelques minutes un espace protégé pour me délecter de ce spectacle si inspirant.

En fin de journée, nous avons rendez-vous pour visiter le Lower Antelope Canyon. Notre jeune guide Navajo, rattaché à Ken’s Tours, nous fait découvrir ce « slot canyon » très étroit, long de plus de 400 mètres, dans lequel nous devons descendre et monter des escaliers et des échelles relativement raides. Très différent du Lower Antelope Canyon, il n’en est pas moins magnifique. Les parois ondulées, aux teintes orange dégradées offrent une expérience unique.

crnt us 🇺🇸 Phoenix J1 |route destination Page

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Installée sur un siège de la rangée centrale, je n’ai rien vu du survol de l’Ecosse, de l’Islande, du Groenland, puis de la courbe effectuée par l’Airbus A350 pour traverser une partie du Canada avant d’obliquer sud vers Phœnix. Seul l’écran incrusté dans le dossier du siège devant moi m’a permis entre deux films de me rendre compte du trajet parcouru grâce aux caméras extérieures de l’avion. Une sorte de voyage virtuel en présentiel.

Dimanche, en début d’après-midi, l’Airbus se pose sur la piste de l’aéroport de Phoenix. Il fait beau et plus de 30 degrés en température extérieure. Commence alors une demi-journée où, comme sur le vol, je ne verrai rien, à part une partie de la route de l’I-15 North vers Flagstaff. Je ne verrai que les quelques hauts buildings formant, au loin, le downtown de Phoenix. Je devinerai en fin de journée les courbes des montagnes abritant le parc de Sedona. Je traverserai Flagstaff en ayant en tête la jolie ville que nous avions visitée en 2022, l’année de la Route 66. De la route 89 qui monte vers Page notre destination et traverse la partie Ouest de la réserve Navajo, je ne verrai que le bitume noir éclairé par les phares de notre Chevrolet Tahoe, devinant ici et là quelques habitations éclairées par des lampes extérieures.

Exténués par le vol de plus de 10 heures puis la route de 4 heures 30, notre petit groupe de 7 arrivons dans une nuit fraîche et profonde au Motel pour sombrer dans un sommeil profond avant de vivre 2 jours qui devraient tenir toutes leurs promesses.

crnt us 🇺🇸 Phoenix | départ

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

C’est comme un rituel. Le vol Bordeaux -Paris CDG, puis le départ pour Phoenix . Les longs couloirs impersonnels de l’aéroport, les filtres de police et de douane, les annonces précédées d’un dong dong dong et la voix sucrée du speaker, les passagers en transit qui errent au duty free de boutique en boutique ou attendent en zone d’embarquement le regard fixant le vide, parfois hagard ou plein de fatigue. La longue file d’attente pour l’embarquement, zone par zone. L’accueil au seuil de l’avion. Et la place 24E, au centre de la rangée du milieu. Coincée face à l’écran juste à 25centimètres de mes yeux. Une annonce, les portes sont fermées. C’est parti pour plus de 10 heures de vol.

crnt us 🇺🇸 Phoenix | la nuit d’avant

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Il n’était pas prévu ce voyage. Il est arrivé comme un vent de fraîcheur qu’on accueille avec délectation. Un appel téléphonique un jour d’automne, une voix familière évoquant un dernier vol d’une carrière de navigant bien remplie, un désir de partager cet évènement. On ne réfléchit pas. On s’associe au projet. On fait les fonds de tiroirs et on prend nos billets d’avion. Destination, Phœnix.

Six mois d’attente. À rêver sur des cartes, des blogs, des photos, des reportages. Six mois à se projeter dans des paysages incroyables. Six mois jusqu’à la veille du départ.

Au début, il n’est question que d’un aller-retour, le temps d’un courrier, deux jours pleins sur place. Après un échange organisationnel, nous décidons de ne pas rentrer sur le vol retour, mais de poursuivre à deux l’aventure d’une dizaine de jours.

Aujourd’hui, c’est le jour d’avant, la nuit d’avant. Depuis la fenêtre de la chambre 734, le regard se porte sur la silhouette de l’aéroport. La nuit tombe, les lampadaires s’allument.

La nuit d’avant, c’est le retour sur la préparation mentale du voyage. L’anxiété portée sur la valise laissée en transit à l’aéroport. Le trajet rejoué dans sa tête et la question des étapes trop longues ou trop courtes. Les jours recomptés. Les villes, les parcs écartés du projet et garder en mémoire pour une autre aventure. La nuit d’avant, c’est la possibilité de faire vivre le rêve. C’est le but qui s’approche. C’est cet appel du voyage qui vibre en soi.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J6

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

C’est le jour du départ. Il va me falloir laisser une nouvelle fois une partie de moi sur cette terre qui a accueilli mon premier cri. L’histoire s’inscrit peu à peu dans les nouveaux gènes, se redéfinit au fils du temps et laisse une trace identitaire profonde tout en se régénérant. J’ai adoré cette fois tisser ce fil en famille. Dans le partage, en sourdine. Quatre générations ont à ce jour foulé ce sol. Importance de la passation, même si chacun de nous y trouve son essentiel à lui.

Assise à la terrasse du riad, face au levant, éblouie, tel Meursault sur la plage, par les rayons du soleil, je savoure les derniers instants dans le calme, le regard flottant sur les toits de la médina. Les bruits de la vieille cité m’arrivent en sourdine, les oiseaux chantent et au lointain un avion décolle. Bientôt ce sera le nôtre.

Un ultime émerveillement avant de prendre la route de l’aéroport, le musée Dar El Bachar. Il était fermé en 2022 lors de notre dernier séjour. Imposant par sa richesse, séduisant par sa finesse et son harmonie, l’œil capte toutes les subtilités d’un art majestueux. Je suis étourdie par tant de beauté.

Et puis, est venu le temps des au revoir. Je jette un dernier coup d’œil à la médina. Imprime en moi le circuit labyrinthique des ruelles étroites, les odeurs des épices, de la fleur d’oranger, les couleurs vives des étoffes, des cuirs, et les inflexions de la langue. Le taxi nous attend puis il glisse et se faufile à travers les embouteillages. Ça klaxonne à tout va. Scooters, vélos et voitures forment un concert improvisé dominé par le son métallique des moteurs. Les piétons et les vieilles carrioles traînées par des ânes profitent de la mise au pas de la circulation pour s’engouffrer dans les espaces encore vides. Le soleil d’hiver réchauffe la scène. Nous sortons de la médina et nous empruntons les boulevards saturés. Un dernier regard vers la Koutoubia et direction l’aéroport.

C’est fini. La parenthèse se referme. Je me convaincs comme je peux qu’il est nécessaire de mettre un terme aux belles histoires pour mieux les apprécier. C’est un déchirement à chaque fois. Difficile de s’y faire. Accepter simplement. Garder en soi ce présent qui vient s’inscrire dans le passé et le faire revivre plus tard dans les conversations familiales où on prend le temps de se remémorer les moments partagés tous ensemble. Nous repartirons riches de ces instants, plus que nous aurions pu le penser.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J5

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Comme une journée de fin de séjour. On passe et on repasse sur les mêmes pas pour partir du riad et y revenir, on foule les mêmes ruelles ou presque dans le labyrinthe des souks pour se rendre d’un point à un autre de la médina. On se perd, on se retrouve, on repère des lieux, des visages, des odeurs de cuir, d’épices. On traverse différents quartiers, on devine parfois leur spécificité, du meuble au cuir tanné, de la laine teintée à la vannerie, des plats à tajine aux babouches multicolores.

La maison de la photographie, une étroite entrée qui s’ouvre sur la fontaine centrale d’un petit riad de charme. En toute intimité. Trois étages de photographies en noir et blanc et un bond en arrière de plus d’un siècle. Le Maroc des années 1879 aux années 1960. Et toujours ces belles mosaïques.

L’écrivain

Il y a trois ans, j’avais déjà été touchée par une grande partie de la collection permanente. Que les photographes concernés me pardonnent de ne pas avoir retenu leur nom, c’est surtout le regard de chacun qui m’a parlé. Un geste, une silhouette, un regard, un mouvement et l’imagination fait le reste. On est transporté dans un ailleurs qui nous guide vers une époque lointaine, nous offre une image différente de notre présent. Vestige d’un temps révolu.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J4

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Il n’a fallu que quelques minutes pour atteindre le Jardin Secret, cette petite merveille nichée au cœur de la Médina, dans l’ombre des grands rendez-vous. Un havre de paix, un lieu de contemplation, de sérénité où il fait bon se retirer loin de l’agitation bouillante de la ville.

Ici, le moindre recoin est inspirant, raconte une histoire venue de très loin, des monts de l’Atlas, comme celle de l’eau. Ici, beauté des fontaines, des bassins et des allées soigneusement entretenus. Ici, générosité des orangers, citronniers et oliviers. Ici, douceur du soleil hivernal sur les mosaïques.

Et puis, après avoir savouré un excellent tajine, la récompense d’une fin de journée dominicale, un autre jardin emblématique, le Menara. Se promener dans cet espace de carte postale, ce bassin immense face aux montagnes enneigées de l’Atlas sous un soleil déclinant. S’asseoir face à cette offrande, laisser son esprit se perde, apprécier.

crnt maroc 🇲🇦 | Marrakech J3

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Le régal du matin : un bon petit déjeuner. Galettes marocaines et thé vert à la menthe…

Et puis, c’est une enfilade de ruelles étroites dans lesquelles le soleil fait son apparition, nous aveuglant. Les scooters se faufilent toujours aussi habiles entre les passants. Accélération, coup de klaxon. Les boutiques s’animent, les affaires peuvent commencer. Au coin d’une rue, un café, quelques pâtisseries, un thé à la menthe, petites tables colorées et chaises fantaisies, canapés. Un endroit cosy. Tout le monde s’active, accueille cette nouvelle journée pleine de promesses.

Le bâtiment est toujours en rénovation, mais la visite s’organise autour des parties ouvertes au public. Le Palais de la Bahia dévoile ses richesses avec générosité.

Encore une fois, faire abstraction de la foule de touristes pour s’imprégner du lieu, faire appel à son imagination pour revenir quelques siècles en arrière, entrer dans une autre époque où l’art émerveillait les regards au quotidien.

Zellige traditionnel, vitraux, sculptures sur bois de cèdre, peinture sur bois, du sol au plafond en passant par les murs, tout est délicatesse et ravissement pour le regard. On imagine les pièces aménagées de canapés drapés de tissus brodés, recouverts de coussins soyeux, de tapis moelleux, des lampes à huiles odorantes, des oiseaux qui chantent et la vie qui s’écoule, douce et tranquille. Était-ce vraiment ça ? Je ne sais pas, mais j’aime à le penser.

Il faut maintenant revenir à la réalité. Aujourd’hui, savourer ce que le temps nous a légué, le préserver pour continuer à se souvenir d’une civilisation lointaine ô combien prometteuse et cultivée.

La Koutoubia – mosquée

Ici, l’intimité des croyances ne nous permet pas d’aller plus loin, juste d’imaginer. Le mystère prend place. Nous tournons autour du bâtiment sans qu’il ne se révèle. Il gardera sa part secrète jusqu’au bout.