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[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:13,, coucher 20:31, pleine lune décroissante /// prévision météo Eurêka : matin 14°C, après-midi 18 ress. 20, soir 15, nuit 14

TRAJET 02/08 /// Eurêka-Redwood-Eurêka

Ce matin, on prend un breakfast dans le plus gloque des Starbucks jamais fréquenté. Dehors à l’entrée, la misère exposée, une poignée de SDF, regard éteint, silencieux dans leur quotidien affligeant. Dedans, pas mieux, un groupe de jeunes dépenaillés et bruyants attendent leur commande. À côté de nous, un homme ouvre un livre, je reconnais les versés de la Bible. Notre carte Maps.Me n’est pas à jour, on retourne au Starbucks. La carte est réticente à se charger, on fera avec une capture d’écran si le réseau T-Mobile est inaccessible sur la Redwood Hwy en montant vers le Park. La brume a une nouvelle fois élu domicile en bordure d’océan et s’accroche aux reliefs. Sur ce tronçon de la 101, la route est bordée de sapins qui deviendront bientôt d’immenses séquoias.

Redwood Park. On a prévu un circuit de visite pour la journée. Une forêt magnifique. Premier circuit : Newton B. Drury Scenic Pkwy. Deuxième circuit, plus au nord dans le Jedediah Smith, la Holland Hill Road, une route en terre battue qui serpente à travers les arbres. Puis 2 petites marches à Stout Grove et Simpson-Red Grove sur la 199.

Sur la route du retour en direction d’Eurêka, à Crescent City, on rencontre un couple de retraités qui voyage en camping-car avec leur chien depuis la Caroline du Nord. Ils ont loué le véhicule pour 7 semaines et il leur reste 15 jours pour rentrer par la route du sud. C’était son rêve à lui, après l’armée qui lui a permis de beaucoup voyager à l’étranger, il souhaitait découvrir son propre pays. Il nous explique qu’il a attendu que sa femme soit à la retraite et début juillet, ils ont pris la route. Ils nous font visiter l’intérieur du véhicule et nous propose une boisson que nous déclinons pour ne pas abuser de leur gentillesse. À la suite de cette escapade, le couple nous précise qu’ils n’achèteront pas de camping-car pour repartir, une expérience leur suffit, trop de contraintes d’utilisation, comme la vidange des eaux usées et le remplissage de la réserve d’eau potable.

Ce soir, dans le port de pêche d’Eurêka il faisait bon, la brume s’était retirée au loin sur l’eau et le soleil brillait. Le Terron, petit bateau de pêche s’apprêtait à appareiller. Sur le ponton, j’ai croisé l’un des deux marins, nous avons échangé des banalités. Je ne saurai jamais si leur territoire de pêche était loin, mais j’imagine qu’avec un petit bateau ils ne s’éloignent pas trop de la côte, je ne saurai jamais combien d’heures ou de jours ils restaient en mer, mais j’imagine peu de temps, je ne saurai jamais quel type de poisson il remontent, je ne l’ai pas demandé. Ils sont partis à deux en début de soirée avant la marée basse et en faisant la marche arrière, comme on les observait partir, ils nous ont fait un signe d’au revoir auquel nous avons volontiers répondu.

Route : Eurêka – Redwood Park – Eurêka

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[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:11, coucher 20:21, lune gibbeuse croissante /// prévision météo Gualala : matin 13°C, après-midi 19 ress. 21, soir 15, nuit 13

TRAJET 01/08 /// Gualala-Eurêka

A Flumeville, on bifurque sur la gauche direction Point Arena Lighthouse. Le phare est dans la brume comme une bonne partie de la côte. Entrée : 5$ par personne, on décide de rester sur le parking extérieur. C’est à cet endroit qu’on fait la connaissance de Jean, like jean we wear, précise-t-elle. Elle a 76 ans et voyage depuis le Colorado avec son chien dans un combi T2 VW jaune de 1973 qu’elle a acheté à un Allemand. Jean nous montre son véhicule et précise que l’intérieur et la sellerie sont d’origine. On discute un moment ensemble, elle nous demande d’où on vient, ce qui lui remémore sa venue en France dans les années 80, Paris, Chamonix. Elle explique qu’elle devait rejoindre un groupe de voyageurs en van comme elle au Canada pour descendre le long de la côte Pacifique jusqu’au Mexique durant 12 jours, mais qu’une avarie sur la route ne lui a pas permis d’arriver à temps au rendez-vous. Après 7 jours de mobilisation du van dans un garage, elle a décidé de faire le voyage par elle-même. Avant de se dire au revoir, on se prend mutuellement en photo devant son van.

Le T2 VW de Jean
Jean et son chien
Point Arena Llighthouse

Mendocino. On décide de faire une halte, marcher un peu dans les rues, sentir l’âme de cet emplacement, prendre quelques photos des maisons, écouter les promeneurs, déjeuner au GoodLife Cafe & Bakery et commander une soupe du jour, tomatoes ou butternut, un régal. On est arrivé peu de temps avant la fermeture. À la table à côté de nous, deux femmes bavardaient très fort, terminaient leur soupe, on pouvait suivre leur conversation quelque peu futile, des choses et autre de la vie, des virées à San Francisco, des hommes croisés à certains moments de leur vie, les voisins trop présents. Aujourd’hui , elles ont certainement fait la fermeture de l’établissement.

La route. Parfois seulement la regarder. Elle change, évolue au fil du chemin parcouru. Elle offre des spectacles inattendus. Elle nous comble. Elle nous parle aussi. On longe le Pacifique depuis la route 1, elle nous a conduits de Los Angeles à Leggett en passant par San Francisco. Aujourd’hui, on la quitte, le panneau the end est apparu au croisement de la 101, alors on a pris à gauche. On monte encore un peu vers le Nord.

Côté Pacifique, la brume
De l’autre côté de la chaîne montagneuse, le soleil et la chaleur (25 degrés F de différence !)
Et voilà un objectif atteint, fin de la route 1.

Sur un parking, on croise des motards québécois. Je vois ma première moto de la marque française Indian. Elle est belle, rutilante. Ils venaient de San Francisco et parlaient d’y retourner. Ici, il fait trop froid.

Route : Gualala – Anchor Bay – Flumeville – Mendocino – Fort Bragg – Leggett – Eurêka

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[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:11, coucher 20:21, lune gibbeuse croissante /// prévision météo Napa : matin 15°C, après-midi 29 ress. 31, soir 19, nuit 14

TRAJET 31/07 /// Napa-Gualala

On quitte le pire motel du séjour par sa saleté, son eau chaude aléatoire et son odeur permanente de curry imprégnée même dans les murs. Ici, le rapport qualité/prix explose. Le gérant, un indien, est sorry, ne peut rien faire. La fine brume matinale se déchire, le soleil inonde le ciel. Quelques miles parcourus et c’est la fin de la Napa Valley. Encore quelques propriétés viticoles au sud de la Sonoma Valley et on file Ouest vers Pont Reyes.

Phare de Pont Reyes

Quand on arrive aux abords du phare, il est dans la brume, le vent souffle fort. Il faudra descendre 313 marches pour en faire le tour et 313 pour remonter au parking, logique. Puis il y a cette femme qui en me croisant prend le temps de faire une halte et de m’expliquer comment aborder les marches pour faire travailler un maximum de muscles. Étonnant ! On reprend la route dans l’autre sens pour récupérer la route 1, l’esprit essoré par les rafales de vent. Plusieurs corps de ferme bordent la route. Parfois, la nouvelle habitation côtoie l’ancienne, encore debout malgré l’état de délabrement avancé. Dans un coin derrière une grange, un vieux break Ford rouillé, des tracteurs hors d’usage. Le temps de faire un stop à Pont Reyes, je rentre dans une librairie. Des œuvres d’Annie Ernaux sont mises en avant à côté des deux prix Pulitzer de fiction de cette année. Dehors, un homme cheveux longs peu entretenus, barbe hirsute et pieds nus, chante, danse en remontant la rue principale croisant le regard désemparé des promeneurs.

Bodega pas loin, on a fait un crochet pour revoir un des lieux de tournage des Oiseaux d’Hitchcock, l’école, l’église.

Faire la route, c’est aussi s’accorder un temps à part ouvert au silence, à la réflexion, à l’évasion vers un autre ailleurs. C’est un temps hors du temps. On roule du matin jusqu’au soir sans connaître la destination du lendemain. L’esprit reste ouvert, attentionné, à l’écoute. Le paysage défile, on s’arrête parfois, on profite de ce que la nature nous offre, des villes qu’on traverse.

Il m’est nécessaire, voire vital de garder trace de ces moments uniques. Écrire, prendre des photos, remplir un carnet de notes est fastidieux quand on est dans le rythme du voyage, mais ça en vaut la peine, car le voyage se construit aussi avec ces petits détails notés rapidement sur un bout de papier, ou figé dans le cadre d’un viseur d’appareil photo. Si on ne prend pas le temps de les capter, la saveur du voyage en est dépourvue et seul le banal reste, ce qui peut être vu, lu partout sur les réseaux, les films publicitaires. Revenir chez soi avec dans sa mémoire la trace des moments uniques qui ont fabriqué le voyage est précieux. Les retrouver et les compléter par l’écriture permet de poursuivre ce temps si apprécié, si essentiel.

Route : Napa – Petaluna – Pont Reyes – Bodega Bay – Jenner – Gualala

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[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:08, coucher 20:26, premier quartier /// prévision météo Santa Rosa : matin 15°C, après-midi 18 ress. 21, soir 17, nuit 14

TRAJET 30/07 /// Santa Rosa – Napa

Il fait beau, on s’arrête au Carlos’ Country Kitchen sur College Ave pour prendre un breakfast. Une dizaine de tables, rideaux à carreaux rouges et blancs accrochés aux fenêtres, deux serveuses, deux cuisiniers et le patron, sweat foncé difforme et bonnet à pompon sur la tête, il rouspète, les clients attendent trop. En sortant, sur le parking, une belle Cadillac verte attire notre regard. On fait le tour, on prend des photos, on échange avec la propriétaire, la voiture date de 1951 et appartenait à Ira Boyd Humphreys décédé en 1976 à Denver, Colorado.

Carlos’Country Kitchen
Cadillac 1951

On s’est arrêté pour faire le plein d’essence au West College Gas & Mart juste à côté du diner. La femme garée devant l’autre pompe remontait dans son 4×4. À côté d’elle, assis sur le siège du passager, un caniche royal blanc. De dos, il ressemblait à une femme avec des bigoudis sur la tête.

On roule sur la HWY 101 vers la Francis Ford Coppola Winery. Ce sera l’occasion d’approcher les statuettes mythiques des Oscars présentées dans une vitrine à l’étage du bâtiment principal. Un retour de quelques décennies en arrière. Strass et paillettes d’hier et d’aujourd’hui. On fera l’impasse sur la dégustation des vins. C’est dimanche, des couples dégustent sur les différentes terrasses les vins proposés par les sommeliers, certains déjeunent entre amis ou en famille.

Geyserville – Sonoma Valley
Oscars 1973
Scénario de Godfather

Plus tard, on changera de vallée pour descendre jusqu’à Napa. Paysage de propriétés viticoles bordées d’oliviers, ciel bleu, une vallée qui porte encore les marques des incendies de 2020.

Sur la 128 puis 29, on aura l’occasion de s’arrêter dans divers vignobles aux architectures très variées. Pas de visite organisée, mais des dégustations de vins avec réservation. On prendra le temps de marcher sur les propriétés, de découvrir les intérieurs et quelques œuvres d’art intéressantes pour les histoires et symboles qu’elles transmettent.

The Frienship Bench de Gilliéron et Marc – Clos Pégase

L’œil s’attarde sur des courbures de bronze ou de marbre. Ici, Rabbitwoman et Dogman représentent la célébration de la différence et de l’amitié.

Sanna 2013 par Jaume Plenta – Hall St-Helena

Sanna, quel plaisir de la contempler en marbre cette fois. Elle est aussi présente à Bordeaux, place de la Comédie. Majestueuse et discrète à la fois malgré sa grande grande taille, depuis septembre 2014.

Bunny Foo Foo de Laurence Argent – Hall St-Helena

L’artiste a été inspirée par la chanson Little Rabbit Foo Foo que chantaient les enfants de la propriétaire dans les vignes lorsqu’ils étaient jeunes.

Au coin de la rue, une Rolls Royce. Elle tourne à droite, nous aussi. On la suit pendant deux, trois kilomètres. A son bord, on devine un homme et une femme. Ils rentrent dans une propriété parcourue par la Napa River. On devine au bout de l’allée une immense résidence, de grands jardins aménagés.

Route : Santa Rosa – Geyserville – Calistoga – St. Helena – Rutherford – Napa

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[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:08, coucher 20:26, premier quartier /// prévision météo Santa Rosa : matin 15°C, après-midi 18 ress. 21, soir 17, nuit 14

TRAJET 29/07 /// Strawberry – Santa Rosa

Les critiques n’étaient pas vraiment bonnes, mais nous n’avons pas vraiment eu le choix, nous avons réservé ce motel au bord de la 101. Le vendredi et le samedi les tarifs explosent même dans des endroits peu fréquentés. À la TV, on avait accès aux programmes d’HBO, petite compensation il semblerait. Malheureusement, HBO ne change rien à la qualité navrante des chaînes US qui enchaînent pub sur pub et invitent au zapping compulsif.

Un arrêt rapide au Starbucks pour prendre un café et repérer ces deux-là qui s’étaient donnés rendez-vous dans le café pour faire plus ample connaissance. Lui, 35 ans environ, bermuda et casquette vissée sur la tête, n’arrête pas de parler. Elle, à peu près le même âge, a replié ses jambes sur le fauteuil comme pour se mettre à l’aise et manifeste son assentiment en remuant la tête par petits coups de bas en haut. Ils ne semblent pas très détendus. Lui, entre deux informations sur sa vie, mange un sandwich chaud. Elle, elle ponctue ses paroles à lui par des oh I see.

Profiter de rouler sur la Highway pour écrire quelques mots dans un carnet ou dans l’application note du téléphone. Se souvenir des petites choses, celles qui font qu’un voyage prend une couleur et une saveur plus personnelle. On quitte la 101 pour la 37. On longe une voie de chemin de fer. À droite, il y a cette vue sur la Baie de San Pablo. On profite du paysage, on chante, on baisse les vitres de la voiture pour écouter le bruit ronflant du moteur V8 d’une Corvette. D’un coup, la température est montée à 75°F. On file au milieu des propriétés d’élevages de chevaux aux clôtures en bois peintes en blanc. Les vignes succèdent aux ranches. On tourne à gauche en direction du Jack London State Historic Park.

John a 70 ans. Originaire d’Anaheim, à Los Angeles, il est bénévole depuis 20 ans dans le parc et fait découvrir avec d’autres bénévoles le havre de paix où l’écrivain voyageur avait décidé de vivre avec sa seconde femme, Charmian, près de Glen Ellen. Les visites sont libres et quand nous rentrons dans le cottage, il est assis à l’intérieur sur une chaise, concentré sur une lecture qui semble le passionner. C’est lui qui nous fera visiter la cuisine et la salle commune attachées au cottage uniquement dédié à l’écriture et à la partie nuit. On pose des questions, il y répond volontiers et devient même bavard. Alors on échange sur tout et rien, la vie en général, la culture, Jack London. Le temps passe, il fait chaud. Il est temps de reprendre la route.

Le cottage
La pièce commune du cottage
Le cottage vue des écuries
Les bureaux de Jack London
Véranda où l’écrivain s’est éteint

Trajet : Strawberry – Glen Ellen – Sonoma – Santa Rosa

crnt US|san francisco – strawberry

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éphémérides : lever du soleil 06:11, coucher 20:23, lune gibbeuse croissante premier /// prévision météo Strawberry : matin 14°C, après-midi 22 ress. 24, soir 17, nuit 14

TRAJET 28/07 /// San Francisco – Strawberry

Se lever et se dire que c’est certainement les derniers moments à passer dans cette ville. Les images successives des années antérieures défilent dans la tête, en boucle. C’était il y a longtemps. Bientôt elles ne seront toutes que des souvenirs accumulés qui se confondront, se superposeront et offriront un florilège de séquences vécues ici et là. Les dernières viendront compléter l’ensemble.

Amoeba Music – se souvenir avoir lu toute la série des Chroniques de San Francisco

Alors, redescendre Lombard Street et s’offrir une des plus belles vues de San Francisco, traverser la ville pour rejoindre Haight Street, rentrer dans Amoeba Music Shop et sélectionner deux, trois anciens vinyles d’occasion à ramener à la maison. Se souvenir plus tard comment ils étaient arrivés sur les étagères. Se rentre sur la 16th Street et découvrir une curiosité excentrée, Times Steps. Descendre les 163 marches et les remonter en observant la mosaïque qui représente le lien entre la mer et les étoiles. Au bas des marches, il y avait ce couple d’asiatiques. Il avait fixé son appareil photo sur un pied, elle s’était assise sur la cinquième ou sixième marche et semblait se prêter maladroitement à son désir à lui, poser pour l’appareil. On a descendu les marches, ils ont patienté. Il a pris un autre couple en photo à leur demande. On est remonté. Elle a commencé à se laisser prendre en photo. On est passé en voiture au bas des marches. Ils étaient toujours là.

Times Steps – 16th Avé

Sortir de la ville par l’emblématique Golden Gate Bridge. Prendre des photos, filmer rouge sur fond bleu à travers le pare-brise teinté. Puis, une fois de l’autre côté, faire un détour au phare de Point Bonita, prendre de la hauteur et s’offrir une vue panoramique magistrale sur le pont, Alcatraz et la ville au loin. Contempler, faire abstraction des touristes qui grouillent autour, se prennent en photo malgré le vent insupportable. Mais pas de brouillard aujourd’hui. C’est une chance.

Traversée du Golden Gate Bridget
Point Bonita Lighthouse

Il fallait retourner à Sausalito, manger une glace sur le port, regarder les touristes embarquer sur le ferry pour rejoindre San Francisco en 30 minutes de navigation. Les Floating Homes ne sont pas très loin, il est temps de se promener sur les pontons déserts, mais bien décorés, au calme même si la 101 n’est pas très loin et que le bruit de la circulation arrive jusqu’ici. On croise un résident, un paquet sous le bras. On échange quelques mots avec lui, il nous demande d’où on vient et précise que la communauté des gens vivants sur ce ponton est très sympathique, il en est fier. Sur d’autres pontons, certains promènent leur chien, disent bonjour dès qu’on se croise. Le soleil baisse à l’ouest. C’est une belle journée qui se termine. Il est temps de rejoindre le motel.

Sur le parking des Floating Houses, certains viennent de loin…

Trajet : Lombard Street – Haight Street – 16th Street – Golden Gate Bridge – Point Bonita Lighthouse – Battery Spencer – Sausalito Floating Homes – Strawberry

crnt US|san francisco 3

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:10, coucher 20:24, lune gibbeuse croissante /// prévision météo San Francisco : matin 14°C, après-midi 18 ress. 20, soir 16, nuit 14

TRAJET 27/07 /// San Francisco – jour 3

Ce matin, la brume recouvre encore la ville. Le trafic m’a semblé plus dense en fin de nuit. Dans le parking du motel, des clients s’activent, remplissent le coffre de leur voiture, s’apprêtent à reprendre la route vers des destinations connues d’eux-mêmes. Sur les plaques, on peut lire Colorado, Illinois ou Arizona. Ces derniers ont dû fuir les chaleurs torrides qui sévissent depuis des jours et des jours dans le sud des Etats-Unis.

Prendre le temps de marcher dans les rues au hasard. Le pas est lent, le souffle court. Ça monte, ça descend. Des quartiers se dévoilent, révèlent de magnifiques maisons victoriennes dans des rues résidentielles moins fréquentées. On se prend à rêver une vie de cinéma, on se projette dans un quotidien irréaliste, on en rit tellement c’est inconcevable.

Dans la rue, un parfum subtil, les magnolias en fleurs. On reprend notre marche. Le vent s’engouffre dans les rues, balaie tout sur son passage. La température est douce au soleil, fraîche à l’ombre. Je garde mon sweat.

Alamo Square, le parc est très fréquenté à cette heure de la journée. La plupart des gens sont des touristes. Ils sont là, incrustés dans le paysage, debout ou assis dans l’herbe face aux Painted Ladies, à photographier, à figer ce moment pour en faire les souvenirs de demain. Un couple se rapproche, s’enlace, le visage tourné dans la même direction, vers les célèbres maisons victoriennes. L’homme passe sa main plusieurs fois dans le dos de la femme comme pour se persuader qu’il ne rêve pas, par ce geste il l’a connectée à son bonheur, il lui signifie qu’elles sont bien là, qu’ils ont atteint un des buts de leur voyage. Faire comme eux, profiter de cette magnifique vue, rester encore quelques minutes pour inscrire ce moment en soi.

Alamo Square – Painted Ladies

Trajet : Steiner St – Alamo Square – Scott St – Castro St – tram sur Market St jusqu’à Embarcadero

crnt US|san francisco 2

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:09, coucher 20:25, premier quartier /// prévision météo San Francisco : matin 14°C, après-midi 15 ress. 17, vent 30km/h rafales à 45, soir 14, nuit 14

TRAJET 26/07 /// San Francisco – jour 2

La chambre 107 du motel se trouve au-dessus de la réception. Le soir le gérant d’origine indienne d’Inde échange quelques mots en français et fume sa cigarette sur les marches en face de sa loge. Le matin, il discute volontiers avec ses hôtes, n’hésite pas à recueillir leur avis sur la ville. Il dit que depuis quelques temps, la ville a changé, elle est devenue plus sale, moins attrayante. Il confirme ce qu’on n’osait pas s’avouer. On a tellement aimé San Francisco dans les années 90. On ressent une pointe de déception. Aujourd’hui, Frisco semble avoir perdu son âme, usée par des années de contestations à faire respecter la différence et le droit d’exister pour tous. C’est une ville éteinte, encore sillonnée par des touristes étrangers pour la plupart bruyants et sans gêne, irrespectueux de l’autre qui se précipitent sur Fisherman’s Wharf, Alcatraz, Lombard Street ou sur Market Street pour prendre un Cable Car. On a croisé quelques résidents qui aiment leur ville, surtout pour son climat, mais constatent aussi de nombreuses failles.

Lombard Street

On a marché longtemps sur Lombard Street jusqu’aux huit virages serrés au milieu des hortensias rosés et bleutés, aujourd’hui au bout de leur floraison. Puis on a poursuivi la marche jusqu’à Colombus Avenue avec en ligne de mire la fameuse Transamerica Pyramid. Un stop obligé pour honorer la mémoire des écrivains de la Beat Generation à la librairie City Lights Booksellers et au Vesuvio Cafe. L’esprit n’est plus là, mais il y avait cet homme, au look style SDF, assis au milieu des livres en train de lire de la poésie à voix haute. Il était tout à son texte, passionné, tournait les pages de ses doigts colorés par la crasse, s’encourageant d’un coup de tête au crâne partiellement rasé. Il a lu les quelques cinquantaines de pages jusqu’au bout, puis il s’est levé, à déposer le livre sur le comptoir sous les yeux de la caissière aux cheveux colorés en vert et il est sorti dans la rue.

City Lights Booksellers
Vesuvio cafe

Peu de monde dans le quartier chinois. Remonter Grant Ave jusqu’au Dragon Gate, puis s’arrêter au Café de la Presse, une brasserie style parisienne en bordure du quartier français. Se souvenir qu’on s’y était déjà arrêté. Derrière la vitre, on a cramé. On aurait dû prendre la table maintenant occupée par deux jeunes femmes qui dégustent avec grand intérêt une planche de charcuterie et un morceau de fromage accompagné de morceaux de pain frais. So french ! Deux paires de lunettes de soleil sont posées au bord de la table ronde.

Chinatown
Café de la Presse

Le soir, planifier les jours à venir. Le projet de prendre la route vers le sud, l’Arizona, n’est plus envisageable. Phœnix croule sous des chaleurs exorbitantes. Pas la peine de se mettre en difficulté. Peut-être poursuivre la route 1, la Californie du Nord devrait nous offrir quelques belles surprises, de la fraîcheur, des parcs aux arbres gigantesques en bordure d’océan. Peut-être aller tremper le bout des pieds dans le lac Tahoe, faire une boucle en passant par la Napa Valley. Encore une belle aventure à poursuivre.

crnt US|san francisco 1

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:08, coucher 20:26, premier quartier /// prévision météo San Francisco : matin 15°C, après-midi 18 ress. 21, soir 17, nuit 14

TRAJET 25/07 /// San Francisco – jour 1

Écouter les bruits de la ville, sentir ses vibrations, ses pulsations. Le calme une partie de la nuit et au petit matin la circulation reprend, des sirènes de véhicules de pompier, police ou ambulance retentissent dans les rues encore peu fréquentées, les voitures glissent sur le bitume humide, les camions poubelles s’arrêtent devant les habitations, les éboueurs échangent des mots incompréhensibles, la corne de brume sonne au loin dans la baie.

On a cherché l’adresse de la maison bleue dans le quartier de Mission District, on a marché jusqu’à l’apercevoir en remontant la 18th Street, au 3841, parce qu’elle fait partie de notre jeunesse, de notre histoire. On la chantait sur la route des départs en vacances, l’été dans les années 70, on la fredonnait encore à la rentrée des classes et on rêvait déjà d’Amérique. La maison bleue est devant nous, mais tellement inaccessible. Alors, on s’imagine monter les marches, ouvrir la porte et rentrer comme on rentrerait chez soi en jetant la clé sur la table.

Mission High School
Balmy Street

Dans Balmy Street, il y avait un homme d’origine mexicaine, un sac de courses au bout des doigts, qui s’est arrêté devant cette peinture de street art et à récité à voix basse un Je vous salue Marie. Puis il a marché jusqu’au bout de la rue Balmy et je l’ai perdu de vue.

Les rues sont sales, sentent mauvais, le quartier semble à l’abandon, les passants en transit, des SDF dorment à même le sol bétonné du trottoir. La misère s’affiche devant nos yeux, impudique, bien réelle.

1855 Haight St.

Amoeba Music, un arrêt indispensable pour les amateurs de musique. Des centaines de vinyles pour les nostalgiques. Quelques livres d’occasion et l’achat de Day out of Days de Sam Shepard, 8,98$, from one of our most acclaimed writers, précise la quatrième de couverture. Un ensemble de petites histoires captées le long de la route d’hommes et de femmes remarqués par l’œil aguerri de l’auteur.

Marcher dans la ville, ça monte, ça descend. Regarder les belles maisons victoriennes, charme et élégance. Rejoindre Market Street pour attraper le tram et rejoindre les quais.

On le savait, trop de touristes, trop d’attitudes d’incivilité, ça pousse, ça gruge, ça regarde mal, trop de sans gêne et de paroles exprimées à voix hautes dans des langues étrangères qu’on ne comprend pas, trop de ce qui n’est pas l’image de l’Amérique même si elle est critiquable. Mais on ne l’avait jamais fait, c’était l’occasion, Alcatraz et son mythe était à portée de main. Mais à quel prix. Il a fallu imaginer très fort, s’isoler dans sa tête, se repasser des images de films vus et revus comme l’Evadé d’Alcatraz avec Clint Eastwood. Me revient aussi en tête mon préféré, son premier film en tant que réalisateur, Play Misty for Me, les années 70. Revenir sur le rocher célèbre, suivre l’audiophone, instaurer des pauses, imaginer la cours aux prises avec le vent de la baie, la ville si proche et si loin à la fois, le Golden Gate dans la brume.

Trajet : Mission District – Clarion Alley – Balmy Alley – Church Street – Market Street – Pier 33

crnt US|monterey – san francisco

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éphémérides : lever du soleil 06:08, coucher 20:21, premier quartier /// prévision météo Monterey : matin 14°C, après-midi 17 ress. 19, soir 16, nuit 14

TRAJET 24/07 /// Monterey – San Francisco

Motel à Monterey

Il a fallu quitter le motel pas trop tard, une longue journée était à prévoir. Au programme, l’aquarium de Monterey, Cannery Row, Carmel et reprendre la route 1 jusqu’à San Francisco.

Aquarium de Monterey

Ce n’était pas une première, on aurait pu passer outre, mais le désir de revoir les loutres de mer a été le plus fort. Des créatures adorables, gracieuses, joueuses et attachantes. Plus de deux heures à observer les poissons, petits et gros, les anémones, les pingouins et cette foule qui s’accentuait au fur et à mesure que la journée avançait. Il y a eu cette famille composée de quatre adolescents dont un garçon et la petite dernière dans un chariot poussette, les parents menaient la danse, les enfants suivaient. Il y a eu ces enfants insupportables, ils tapaient sur la vitre d’un aquarium et j’imaginais une fissure remontant jusqu’en haut, cédant soudainement et l’eau se déverser, violente sur ces mêmes petits démons affolés. Il y a eu cette femme sur un fauteuil roulant fascinée par ce qu’elle pouvait observer. Le monde continuait à affluer, il était temps de sortir.

Le bassin des loutres
Cannery Row

Cannery Row, juste fermer les yeux pour imaginer l’endroit au début du siècle dernier. Les conserveries de sardines, l’activité autour, les bateaux revenant de la pêche les filets remplis à raz bord, les femmes se dirigeant vers les usines et les camions chargés de boîtes de conserves. Comme dans les romans de John Steinbeck que j’ai tant adorés.

Sur la route 1 – Capitola

Puis reprendre la route 1 jusqu’à San Francisco, longer le littoral entre soleil et nappes de brume. L’heure avançait, pas trop le temps de flâner. Juste un arrêt à Capitola, pas vraiment concluant. La photo est plus harmonieuse que la réalité. Tant mieux.

Arrivée le soir à San Francisco

Arriver par la 101, apercevoir au loin le Golden Gate Bridge au nord et les immeubles du downtown SF au tournant de la route. Se mettre en appétit pour les jours à venir.

Route : Monterey – Carmel – route 1 – San Francisco

crnt US|monterey

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éphémérides : lever du soleil 06:01, coucher 20:10, premier croissant /// prévision météo Monterey : matin 16°C, après-midi 17 ress. 19, soir 14, nuit 13

TRAJET 23/07 /// Monterey-Salinas-Monterey

National Steinbeck Center Salinas

Sur les traces de Steinbeck à Salinas, ses débuts dans l’existence et la maison de famille au 132 Central Avenue, les champs de laitues de la vallée de la Salinas dans lesquels il a travaillé jeune, la ferme des grands-parents maternels à King City.

1962 – Travels with Charley
Main street Salinas

Main Street, le cœur de Salinas, ses restaurants, ses cinémas et ce dimanche matin une parade de vieilles voitures, puis une autre, plus insolite, à cheval. On s’interroge, puis on lit sur une affiche que c’est le dernier jour du rodéo de Salinas. L’un des 10 meilleurs des US, on l’apprendra plus tard. Alors, on suit toutes les voitures, on fait la queue aux guichets, on fait la queue pour rentrer dans l’enceinte, on monte les marches jusqu’en haut de la tribune. C’est incroyable, inouï, on y est !

Rodéo – Salinas
Old Fisherman’s Wharf

En fin de journée, on rentre sur Monterey, encore étonné du spectacle de l’après-midi. Une balade sur les vieux pontons de la ville et on rentre au motel fatigué mais comblé.

Retour de pèche

crnt US|king city – monterey

éphémérides : lever du soleil 06:06, coucher 20:23, premier croissant /// prévision météo Monterey : matin 14°C, après-midi 18 ress. 20, soir 16, nuit 13

TRAJET 22/07 /// King City – Monterey

En remontant la vallée de la Salinas, c’est une succession de champs de salades, tomates, fraises, épinards. Les journaliers s’affairent dans les parcelles même le samedi, les tracteurs labourent et les camions sont chargés de la récolte du jour. Le soleil caresse la terre, au loin, les entrées maritimes accostent le littoral.

Vallée de la Salinas

Il a fallu prendre la 101 North jusqu’à Salinas, rattraper la 68 pour revenir sur la route 1 à Monterey et la descente jusqu’au panneau road closed au nord de Lucia cette fois. Tout ce détour pour profiter de la route 1, toujours aussi magnifique et fascinante.

Big Sur
Big Sur – Nepenthe

Il y a eu ce déjeuner à Big Sur face à l’océan. Il y a eu cette partie de cache-cache avec le soleil. Il y a eu ces multiples arrêts sur le bord de la route pour observer le paysage, grandiose, les lions de mer, les loutres et les phoques associés aux différentes espèces d’oiseaux présentes sur les rochers et dans le ciel. Il y a eu ce couple de jeunes gens, seuls au monde au milieu du paysage de dunes, s’échangeant vœux et bagues de fiançailles assis sur des coussins un verre de champagne à la main. Il y a eu cet arrêt insolite à la Henry Miller Library, une petite maison en bois construite au milieu de nulle part et ce libraire bavard et passionné. Il y a eu cet homme recroquevillé sur un canapé, les yeux rivés sur la page d’un livre certainement passionnant. Il y a eu ce couple surprenant, elle, cheveux verts, lui, barbe rose. Il voulait poursuivre la route au-delà du panneau indiquant la fin.

Henry Miller Library
Route 1 fermée au nord de Lucia

Il y a eu la fin de la route 1, une nouvelle fois. Le retour vers Carmel by the Sea et Monterey. Il y a eu le 17 Miles Drive, sa route qui serpente à travers des golfs, de belles résidences, longe la plage et de jolis points de vue. Il y a eu la fin de Rocky 3 à la TV.

Route : King City – Salinas – Monterey – Big Sur – Lucia – Big Sur – 17 miles – Monterey