crnt US|morro bay-king city

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:01, coucher 20:10, premier croissant /// prévision météo Morro Bay : matin 16°C, après-midi 17 ress. 19, soir 14, nuit 13

TRAJET 21/07 /// Morro Bay – King City

Morro Rock

Capricieuse et instable, la côte Pacifique engendre souvent de la frustration lorsque les entrées maritimes voilent le littoral et font baisser la température. Nous nous sommes couchés sous la brume, réveillés aujourd’hui sous le même ciel gorgé d’humidité. Du quai de Morro Bay, on devinait à peine la silhouette du Morro Rock juste en face, à l’extrémité de la route formant un coude. J’hésite à photographier ces deux-là assis dans leur fauteuil de camping, sur le parking, casquette vissée sur la tête, ils attendent, face au rocher fantôme que le ciel se dégage.

What are you waiting for ?

Le créneau horaire pour visiter Hearst Castle à San Simeon a été réservé la veille. Je prends quelques photos, le site est magnifique, mais il me sera interdit de les diffuser.

Sur les hauteurs, au loin, Hearst Castle

On l’a su, entendu, lu, la route 1 est coupé sur un court tronçon il faudra rebrousser chemin, mais nous avons roulé, direction nord. A quelques kilomètres au sud de Lucia les panneaux road closed barraient la route. Il était temps de redescendre à la hauteur de Cambria et de rejoindre la 101 vers le nord, un long détour qui devrait nous prendre plus de 4 heures de route pour contourner la difficulté d’une centaine de mètres.

Route 1
End of the road 1

La route deviendra désormais intérieure. Les températures montent, on passe de 13 degrés en fin de journée à plus de 30. On coupe à travers la montagne vallonnée recouverte d’herbes hautes jaunies par le soleil. Ici et là des troupeaux de vaches, des chevaux, l’entrée d’un ranch au portail en fer arborant un nom qui fait appel à notre mémoire de westerns visionnés dans les années 70.

Route : morro bay – caucus – cambria – san simeon – ragged point – garda – limekiln – san simeon – cambria – route 46 est puis 101 nord – san miguel – bradley – san luca – king city

crnt US|santa barbara – morro bay

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:01, coucher 20:10, premier croissant /// prévision météo Santa Barbara : matin 17°C, après-midi 22 ress. 25, soir 18, nuit 18

TRAJET 20/07 /// Santa Barbara-Morro Bay

Stearns Wharf – Santa Barbara

On a marché jusqu’à la jetée. Les entrées maritimes viennent rafraîchir l’atmosphère et le souvenir de ce lieu remonte à la mémoire. On foule à nouveau les lourdes traverses du ponton, on rentre dans la même boutique de souvenirs. On choisit des cartes postales. Vivre en décalé la même séquence d’une vie, un moment déjà inscrit dans le temps et qui se superpose à celui du présent. Sensation troublante d’un vécu en train de se rejouer et de se réinscrire dans la mémoire. Ces deux histoires n’en feront bientôt qu’une.

Santa Barbara – entrées maritimes
Santa Barbara
Sur la route 154

Prendre de la hauteur, surplomber la ville et rouler sur la 154, puis la 246 en direction de Solvang. Le tracé de la route se déploie dans la montagne, le paysage change, la température augmente. Tomber sur un champ de lavande en fleur, insolite dans ce paysage californien même si le climat est favorable. Les terres se déploient à perte de vue dans un paysage vallonné. Ranchs aux clôtures en bois peintes en blanc et parcelles viticoles cohabitent. En redescendant vers l’océan pour rattraper la PCH, c’est une plaine agricole qui entoure Lompoc. La période des champs de fleurs est passée, ça devait être beau. La terre est à présent retournée.

Sur la route 246
Valley Drive In sur la route 1 à Lompoc

Ici la trace d’un ancien Drive-in Theatre. L’écran toujours en place fait face à un champ abandonné, herbes hautes brulées par un soleil intense. En fermant les yeux, on imagine l’époque où les habitants des environs se retrouvaient, voiture contre voiture pour deux heures d’une projection attendue, un samedi soir.

Pismo Beach Pier

Le bord de mer retrouvé, une balade incontournable et traditionnelle sur la jetée de Pismo Beach avant de reprendre la route vers Morro Bay.

Morro Bay T Pier

Retrouver le soir l’ambiance des brumes qui se déposent sur les pontons avant le coucher du soleil.

Trajet : Santa Monica – Solvang – Lompoc – Pismo Beach – San Luis Obispo – Los Osos – Morro Bay

crnt US|santa monica ~ santa barbara

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 05:56, coucher 20:03, premier croissant /// prévision météo : matin 19°C, après-midi 26 ress. 31, soir 22, nuit 19

TRAJET 19/07 /// Anaheim ~ Santa Barbara

Il a fallu rouler 2 heures dans Los Angeles pour atteindre Santa Monica, apercevoir la jetée où le road trip route 66 de l’été 2022 s’était achevé sous le panneau End of the trail. Au bord de l’océan Pacifique, il fait doux, on a perdu quelques degrés. Une brise souffle du large, rafraîchit, sale la peau et emmêle les cheveux.

Face B de Palisades Beach Rd – Santa Monica

En roulant sur Palisades Beach Rd, sur la gauche au 1343 et 1341, Goth & Bubblegum Houses. La folie californienne en bordure de plage.

Street Art sur Pierside hôtel Colorado Ave Santa Monica – œuvre de Shepard Fairey (Obey Giant)

Rattraper la route 1, longer la côte entre océan et montagne jusqu’à Malibu. Les palmiers bordent les rues du front de mer, frémissent à la brise marine, accompagnent le flux des voitures qui se croisent dans un axe nord sud. Ici et là, on devine des résidences de personnalités d’hier et d’aujourd’hui, nichées sur les hauteurs, surplombant l’océan ou les pieds dans l’eau en bordure du littoral. Portails imposants, rues privatisées avec barrière et gardien à l’entrée, inaccessibles et si proches à la fois, elles invitent à l’imagination. Sur Google map, on les repère en agrandissant l’image, ici l’ancienne maison de Michaël Lindon (pour les fans de La Petite maison dans la prairie !), on tente l’arrêt, on tourne, on repère encore une fois sur la carte, on capitule. La route se poursuit, les plages se succèdent, Will Rogers Beach au bas de Pacific Palissade, Zuma Beach à Malibu après Point Dume, El Matador State Beach non loin de la maison rose de Barbie, Rincon Beach. On alterne avec les jetées. La Pacific Coast Hwy (PCH) serpente dans un paysage étroit où l’homme a dû parfois faire exploser la roche pour poursuivre sa route. A présent, on avance dans un paysage où le bord de la route ressemble à un long ruban colonisé par des dizaines de véhicules aménagés, aussi énormes les uns que les autres. Certains relèvent d’un vrai montage en lego, des modules entiers sortent des cloisons, élargissent ainsi l’espace à vivre à l’intérieur. Ce sont de vrais appartements ambulants.

Pacific Coast Hwy
C’est aussi ça la Californie – Barbie et Ken sont de retour !

Route du jour : Anaheim, Santa Monica, Malibu, port Hueneme, Ventura, Santa Barbara

Jetée de Port Huene

crnt US|los angeles

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 05:55, coucher 20:03, nouvelle lune /// prévision météo : matin 20°C, après-midi 26 ress. 31, soir 22, nuit 19

TRAJET 18/07 /// Seal Beach – Angel Stadium Anaheim

Sentir l’effet du décalage horaire, réveil à 4h30.

On s’est engouffré dans la voiture garée sur l’avenue. Clignotant à gauche et on a tracé jusqu’à Huntington Beach. Marcher sur la plage, observer l’arrivée des lifeguards à leur poste d’observation, et l’installation des vacanciers sur la plage, chaises pliantes et glacières remplies de bières, de sodas, rangées sous les parasols. On a pris des photos, écouté le grondement de l’océan, regardé les groupes de surfeurs assis sur leur planche. Sous le Pier, les vagues s’écrasent et un photographe professionnel mitraille les surfeurs. Les journées de compétition approchent et, sur la plage, les ouvriers s’activent à monter les podiums et le village pro qui accueilleront prochainement la semaine de l’US Open of Surfing. On a marché sur la jetée, on a échangé des souvenirs. Ici, rien n’a changé, toujours la même ambiance de bord de mer, soleil et brise maritime, pêcheurs sur le ponton, surfeurs en attente de « la » vague, promeneurs, marcheurs ou joggers, tous profitent du bien-être du lieu.

Huntington Beach
La jetée
Lifeguards en herbe

On a rejoint la voiture, ouvert les portes pour faire courant d’air et on a roulé en bord d’océan pour rejoindre Balboa Island. Des souvenirs remontant aux années 90 auraient dû revenir, quelques clichés, mais si peu restent présents. La gourmandise étant, fallait-il vraiment goûter aux frozen bananas roulées dans du chocolat et saupoudrées de topings au choix? Le soleil à son zénith piquait sur la peau, mais on a marché, fait le tour de l’île, croisé deux fois la même marcheuse, dans le rythme, écouteurs dans les oreilles, en grande conversation téléphonique, on a longé les magnifiques maisons aux jardinets bien entretenus, terrasses en bois et pots de fleurs de saison, on a cherché un peu d’ombre pour éviter les coups de soleil inévitables sur les bras, le bout du nez.

Le programme de début de soirée s’annonçait chargé, 18:37 début du match de baseball opposant les Angels de Los Angeles vs les Yankees de New York. Alors on a pris la 55, fait un arrêt à John Wayne airport. D’autres souvenirs inscrits dans la mémoire, une époque ancienne où on louait des petits avions de tourisme pour rejoindre Palm Springs, se poser sur de petits aérodromes et traîner dans des hangars sentant l’huile de moteur, où des passionnés restauraient de vieilles machines, puis le bonheur d’avoir photographié la patrouille des Blues Angels au sol et d’avoir fait un touch down sur Calatina Island.

Ambiance à l’américaine. Les joueurs rentrent sur le terrain, musique, applaudissements. Le public se lève, main sur le cœur, l’hymne national est chanté par une célébrité locale. Puis c’est un va et vient incessant dans les tribunes, ça parle, ça commente, ça crie, ça boit des bières, des sodas aux prix exorbitants, ça mange des nachos accompagnés de fromage fondu, de guacamole le tout présenté dans des casques de batteur, les hot dogs chauds sont emballés dans du papier alu, on fait la queue pour acheter des frites. Ce soir, les Angels ont gagné 5/1, leurs supporters revêtus de casquettes et de tee-shirts à l’effigie du club rentrent chez eux satisfaits. On est retourné à l’hôtel exténué mais heureux. Tout proche, on entend le feu d’artifice de Disney.

crnt US|le départ

[les carnets de route ailleurs là-bas]

Départ imminent…

CDG – LAX fermeture des portes 8:46

Il a fallu se lever tôt ce matin, 4h45. Une nuit courte, mais au sommeil profond, étonnamment réparateur. Il y a eu l’enregistrement des valises, le filtre de police et l’attente en salle d’embarquement. Initialement K39, puis reporté K37. Une nouvelle fouille aléatoire juste avant de monter dans l’A350. Il y a eu le vol, programmé 10h30, le survol de l’Angleterre, de la pointe sud du Groenland, du Canada et la descente sur Los Angeles. Il y a eu les couloirs interminables, les files d’attente pour arriver aux comptoirs des formalités d’entrée aux US. Les questions d’usage sur le temps passé sur place, la raison, le nom de l’hôtel de résidence. Il y a eu la navette pour se rendre à l’agence de location de la voiture. Puis la route a défilé, la descente le long de la côte sans jamais sortir de LA, le vent du Pacifique dans les palmiers, la promenade sur la plage et la chambre d’hôtel.

LA Aéroport international – 17/07/23 – arrivée 11h

Il est 8:00pm (5:00 en France), déjà 24h sans dormir. Se recaler à l’heure de la côte Ouest au plus vite pour ne pas sombrer en plein milieu de l’après-midi les premiers jours. Se préparer pour la journée de demain.

Vue de la chambre d’hôtel…
Vue du roof top de l’hôtel… le Pacifique

jrnl|time to go

regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit

[jrnl|temps passé]

Il y a eu ce déjeuner sur la Garonne, mardi.

Déjà soufflait un air de partance.

Et puis, en fin de semaine, tout se précipite. Il est venu le temps des préparatifs, des dernières machines, des dernières recommandations. Le choix du livre à emporter, du nouveau carnet de notes. Il a fallu descendre les valises du grenier où elles séjournaient depuis l’été dernier, plier les vêtements, peser l’ensemble pour ne pas dépasser le poids accordé en soute, arroser les plantes, fermer les volets. La caresse aux chats. Un dernier tour de clé et c’est parti !

Rendez-vous à Los Angeles où on avait terminé la route 66 à Santa Monica, été 2022.

jrnl|bientôt le départ

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[jrnl|temps passé]

Cela fait plusieurs jours que je ne croise plus le petit homme à la casquette blanche. A-t-il pris des congés ? Est-il malade? A-t-il changé de travail ? Je ne le saurai pas et jamais je n’oserai lui poser la question. Le seul mot que nous échangeons lorsque nous nous croisons est un bonjour cordial.

Sur le quai du tram D à l’arrêt Mairie du Bouscat, j’ai vu arriver la fille au sac jaune de cet hiver. Elle n’avait que son sac à dos aux couleurs bariolées dans les tons de rose, mauve, violet. En revanche, elle était habillée d’un pantalon large au tissu fluide, marron, et un gilet orange. Un esprit plutôt automnal, tout comme ses cheveux mi-longs et épais, presque roux.

Dans le tram, j’ai repéré avant son arrêt en station, l’homme corpulent au teint mat. Il s’installe désormais à l’avant. Sans doute a-t-il plus d’espace. Ce matin, il y avait plus de monde dans le tram, les horaires semblent être décalés, je n’avais pas connaissance d’un horaire d’été pourtant. La jeune femme au JOT framboise n’a pas sa place habituelle, dans le carré de la dernière rame à droite dans le sens de la marche, côté fenêtre. En est-elle chagrinée ? Il semblerait que cette situation change la perspective du trajet, dos à la marche, elle se contorsionne pour mieux visualiser l’avant du tram.

Il va être temps d’oublier la ville, de lui laisser vivre cette période estivale seule. Déjà elle disparaît peu à peu dans un nuage flou. L’été va passer, ailleurs, je la retrouverai fin août.

Les carnets de route commencent dimanche 16 juillet 2023. Le rendez-vous est pris pour cette nouvelle aventure.

jrnl|ici et là-bas

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[jrnl|temps passé]

Être encore ici et déjà là-bas, le physique à Bordeaux, le mental de l’autre côté de l’Atlantique.

Ici, la semaine a vécu. Et cette sensation que le temps dessinait une masse épaisse et dense dans l’espace. Tout s’accélère et tout devient prioritaire. Et pourtant, en face de moi dans le tram, la fille au JOT framboise, téléphone coincé entre ses deux mains, les cheveux encore humides de la douche matinale, ferme les yeux dans un désir utopique de poursuivre sa nuit. Le tram file dans la fraîcheur. Un homme d’un certain âge prend place à côté de la fille au JOT framboise et place son sac à dos sur ses genoux, il regarde droit devant lui. De l’autre côté de l’allée, une femme revêtue d’un boubou coloré de blanc, jaune, rose et orange faisant ressortir sa peau sombre écoute de la musique. Ses grosses lunettes noires lui mangent le visage. Le soir, la température est insupportable dans le tram, climatisation inexistante, ambiance tendue. Entre l’arrêt Fondaudège-Museum et Croix de Ségey, la machine avance par à-coups, impatience des voyageurs, incompréhension. Certainement le trafic routier qui emprunte parfois la voix de tram à cette heure de la journée. Se dire que la maison n’est pas très loin. Un tram passe en sens inverse. Se dire que bientôt le calme de la maison aura un effet salvateur. Un « ah » collectif retentit, lorsque la machine reprend de la vitesse. Une femme passe les portes du tram avec en laisse un gros chien noir. À son poignet droit, un imposant bracelet en bois assorti à son sac en fibre couleur or et noir, à la mode. L’homme assis à côté de moi, de l’autre côté de l’allée, consulte un site de location d’appartement. Son pouce fait défiler les offres sur son écran de téléphone, parfois il regarde les photos associées.

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Et puis samedi matin, quelques minutes à observer l’océan, à scruter l’horizon et à se projeter de l’autre côté, à anticiper les jours, les heures à venir.

Une idée sur la destination du prochain road trip?

jrnl|et demain

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[jrnl|temps passé]

Les vacances d’été approchent. J’ai hâte. Je vais confier Bordeaux à ses résidents et aux regards gourmands des estivaliers : la Cité du Vin, le Miroir d’eau, ses nombreux musées, les quais, ses quartiers historiques, ses places, et puis les bars et les restaurants. Toute cette activité sous le regard nonchalant de la Garonne et de l’œuvre de Jaume Plensa, Sanna, place de la Comédie.

Je vais sans tarder partir à la découverte d’autres lieux, d’horizons nouveaux ou plus familiers que j’ai déjà parcourus à différentes époques de ma vie, car je ressens toujours en moi cet appel de l’ailleurs et le désir de refaire une nouvelle fois ce voyage. À la semaine prochaine pour plus de précisions et peut-être un aperçu des préparatifs.

Déjà la ville en noir et blanc s’efface peu à peu pour laisser place à un autre projet, l’instant d’un été.

jrnl | une chape de plomb

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[jrnl|temps passé]

Et voilà que les bignones grimpantes sont en fleurs, une multitude de clochettes rouge orangé se détache du vert feuillage. Il a beaucoup plu cette nuit. L’air s’est un peu adouci et une couverture nuageuse enrobe la ville. Je n’ai pas croisé le petit homme à la casquette blanche cette semaine et dans le tram la fille au sac jaune de cet hiver ne semble plus voyager. Je repère toutefois un homme d’un âge avancé, barbe de quelques jours et cheveux poivre et sel attachés par un catogan, lunettes de vue monture métal, pantalon et chaussures de chantier. Dans les rues, les tilleuls fleurissent. Le tram contourne le Monument des Girondins et de part et d’autre de l’esplanade des Quinconces les platanes veillent.

La journée s’écoule, hors temps, entre trois murs froids, impersonnels et une baie vitrée. Vision plongeante sur un patio artificiel. Et la chaleur diffusée par les ordinateurs.Fin d’après-midi, c’est le retour. 16h30, porte de Bourgogne. L’atmosphère s’épaissit sous une chape de plomb, l’humidité remonte par le sol, envahit l’espace d’infimes gouttes en suspension dans l’air. Un homme marche, sous sa chaussure on devine un chewing-gum collé sous la semelle juste à cet emplacement vide entre le talon et le bout du pied.

Sur le miroir d’eau, vapeur rafraichissante alterne avec fine nappe d’eau dans laquelle les grands comme les petits pataugent avec ivresse. Un vent d’orage souffle subitement sur les quais alors que des employés municipaux montent les baraquements de Bordeaux fête le vin. On n’a déjà plus accès aux jardins et des petits couloirs permettent aux curieux de se rapprocher encore pour quelques jours d’une partie des quais.

jrnl|répétitions

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[jrnl|temps passé]

Traverser la ville et se glisser dans les mêmes rues, les mêmes rames de tram. Garder le rythme de l’horaire matinal prédéfini. S’attacher à certaines variantes sur la dernière partie du trajet. La ville est là, présente, à la fois pareille et différente selon l’humeur du jour, mais comment la réinventer au quotidien, rafraichir le regard que l’on porte sur elle, s’étonner de la redécouvrir dans les yeux d’un passant, la parole d’un visiteur, la personnalité d’un commerçant ? 

Un garage ouvert sur l’inconnu, des objets familiers, la courbe arrondie de la porte d’une machine à laver, des produits ménagers, l’ombre d’un évier, un vélo de ville, comme un début d’intimité d’un espace deviné, capté à la dérobée. Là où l’on rentre par un lieu détourné, une antichambre, un entre-deux qui projette ce que l’intérieur pourrait être, c’est-à-dire pas grand-chose, car peu d’éléments en indice si ce n’est la présence de cet évier. Le fait que certaines choses ne rentrent pas dans l’habitation, la propreté s’envisage en partie en dehors. Le linge et cette possibilité qu’on se donne de choisir quoi nettoyer dans l’évier du garage. Et puis, cet espace vide au milieu, sans doute pour abriter une petite voiture.

Au coin de la rue, le sol maculé de multiples taches blanches. Si ce n’étaient des déjections d’oiseau, on aurait pu croire à un tableau artistique sur fond noir. Quelques mètres en amont, j’avais croisé le petit homme à casquette blanche vêtu d’un bermuda ample de couleur beige, sourire timide, édenté. L’atmosphère chargée en humidité colle à la peau. Sensation désagréable. 

Les lauriers en fleur débordent des jardins, empiètent sur l’espace public, côtoient les jasmins toujours aussi odorants.

Peu de voyageurs dans le tram, des habitués. La jeune femme au JOT framboise porte la même tenue qu’avant-hier, un dégradé de gris, jeans et baskets, tee-shirt et sac à main en bandoulière sur une veste en jeans. Dans ses cheveux encore humides, la trace du peigne.

jrnl|les saisons défilent

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[jrnl|temps passé]

Au moment de faire un point sur la semaine passée, je réalise que j’ai peu de notes et de photos et qu’avec le lundi de Pentecôte, je n’ai traversé que deux fois Bordeaux. Néanmoins, trois fois par semaine je réalise le même trajet avec parfois des variantes en arrivant en centre-ville. Une descente du tram aux Quinconces, Place de la Bourse ou Porte de bourgogne avec un passage sur la rive droite à pied, en tram ou en BatCub. J’aime marcher surtout quand les beaux jours reviennent et qu’il fait jour et doux tôt le matin. Depuis bientôt deux ans, je parcours un chemin identique entre le Bouscat et le quartier Bastide. Les saisons défilent, apportent du changement dans le paysage urbain, mais je me demande encore comment traverser jour après jour ces couches répétitives du temps qui s’accumulent dans le même espace, comment les réinventer à chaque fois pour susciter l’attention en repérant un geste, une lumière, un son, une couleur. La ville peut se révéler secrète, hermétique, mais elle sait aussi se dévoile aux regards curieux. Les moments écoulés dans ce laps de temps consenti au trajet quotidien m’offrent plusieurs options de celles qui consistent à observer autour de moi, à écrire, à prendre des photos, à faire du tri sur mon portable, à visionner une vidéo, mais rarement à échanger avec un autre voyageur. Chaque matin, c’est comme un choix cornélien. 

Pas de JOT aujourd’hui pour la passagère habituée du 7h09, mais un sweat lilas. Pas de sac à dos, mais un sac en bandoulière gris et toujours le même sac à déjeuner bleu clair. Je remarque des mèches plus lumineuses parsemées dans ses cheveux. Sous le tram, un bruit répétitif claque. Une musique non identifiable s’échappe d’un casque. Devant moi, une jeune femme habillée de blanc, cheveux noirs très longs et à son cou un pendentif rond avec gravé en son centre la lettre B. Elle se prépare à débarquer à l’arrêt Fondaudège-Museum, son portable à coque jaune dans l’une de ses mains. Le conducteur annonce le terminus inhabituel aux Quinconces, je descends et rejoins les quais en optant pour un détour par la rue Saint-Rémi. Il fait 18°C et la météo prévoit des températures élevées pour la journée.

Ce matin, 19°C et des entrées maritimes, mon esprit s’échappe. Repenser à Auguste et à ce projet d’écriture qui stagne depuis la reprise d’un travail en septembre 21. Ne rien lâcher. Le temps viendra de laisser partir Auguste dans la plénitude d’un silence apaisant. Le passage au cimetière de Moissac dimanche dernier a ravivé la flamme des énigmes à résoudre. Retrouver la trace de ses parents et de son frère. Sur le tableau d’affichage du cimetière La Dérocade, un extrait de procès-verbal et des arrêtés concernant des reprises de concessions, un numéro de téléphone.