regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit
[jrnl|temps passé]
Ouvrir les volets et contempler en contrebas la mer, la plage de Scodi Neri, sous une couche nuageuse. De l’autre côté de la baie, à l’extrême pointe, se dessine la Tour de Campomoro. La température est déjà élevée, 28 degrés. A peine un souffle d’air, à peine un rayon de soleil entre deux nuages. Au large, une brume maritime entre mer et ciel. Les cigales chantent, envahissent l’espace. Un ferry de la Corsica Lingea s’éloigne du port de Propriano et se dirige vers une destination que je devine, Marseille ou Porto Torres en Sardaigne.
En fin d’après-midi, décider le grimper jusqu’à Olmeto, petit village accroché au flanc de la montagne, caressé par le soleil d’été.marcher dans les ruelles de la vieille ville, pavés et escaliers. Lever les yeux sur les hautes façades des maisons en pierre, puis à l’angle d’une ruelle découvrir un océan de toits de tuiles rouges usées par le temps. Plus loin, le golfe du Valinco, sa côte découpée et la mer bleu profond.
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[jrnl|temps passé]
JOURNÉE DE VOYAGE ✈️
Vol retardé de 30 minutes. Banquettes rouges, conversations en bruit de fond, nuages dans le ciel. Un jeune enfant passe du rire aux pleurs, humeur chagrine. Derrière le comptoir 22, les agents chargés de l’embarquement attendent en discutant. Le vol pour Figari au départ de Bordeaux était plein. Il s’affiche en porte d’embarquement. Nous devrons transiter par Paris.
Au décollage, la couche nuageuse est épaisse.
L’estuaire de la Gironde
Roissy CDG. Dans les allées du hall F, le va et vient des passagers traînant valise cabine, sac à dos sur les épaules, jogging, casquette, les yeux rivés sur leur téléphone, comme un ballet. L’attente dans les zones d’embarquement, les regards perdus dans le vide, l’empreinte de la fatigue sur les visages, le quotidien. On attend l’embarquement pour Figari en regardant le Tour de France sur un écran TV.
Annonce des consignes de sécurité, voix monotone. Roulage. Alignement sur la piste. Poussée des moteurs. V1, VR, décollage. On laisse Paris sur la gauche, on vire direction sud et l’avion déchire les nuages. Au-dessus, une mer de volumes cotonneux. L’arrivée est prévue à 19:18 à Figari. On quitte la côte méditerranéenne et au-dessus de l’eau, le ciel est dégagé. Début de descente. Entre couche nuageuse et eau, on aperçoit l’île enveloppée dans une légère brume.
Aéroport de Figari
Il faudra une heure de conduite sur une route tortueuse pour rejoindre notre lieu de villégiature, non loin de Propriano. Un arrêt de quelques minutes au supermarché du coin avant sa fermeture à 21 heures et c’est à la nuit tombée, à la lumière des phares de voiture que nous arrivons à destination.
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Le tram
Vue du tram
Celle qui n’arrête pas de téléphoner. En quelques mots, on connaît toute sa vie, on l’imagine même avec ses hauts et ses bas. Ce soir, elle ira manger chez untel ou sera invitée ailleurs, mais elle ne veut pas le croiser.
Celle qui a toute une collection de bracelets en argent autour des poignets, ou plutôt autour de l’avant-bras. J’aurais aimé les regarder un par un, les comparer, les porter. Peut-être en choisir un pour de faux et y repenser un jour en regardant la vitrine d’une échoppe de bijoux.
Celle qui se demande si elle ne devrait pas laisser sa place à une personne âgée qui vient de monter dans la rame, une canne à la main. Elle regarde son voisin, sa voisine. Personne ne porte attention à la situation. Elle observe et ne bouge pas. Les stations défilent.
La gare
En rentrant dans le hall de la gare, un courant d’air me saisit. Ça grouille de personnes, c’est vendredi. Devant les écrans de départ, les regards tentent de capter un numéro de quai. Le mien n’apparaît pas encore. Une musique, dont l’air m’est connu, se diffuse dans le hall. Je marche jusqu’au piano. Un homme joue. Il enchaîne les morceaux, je reconnais l’Hymne à la joie. J’en profite pour avoir une pensée pour Auguste, mon arrière-grand-père, son nom est inscrit sur la plaque commémorative des Agents des chemins de fer morts pour la France en 14-18. C’est toujours émouvant de lire son nom, mon nom, inscrit dans le marbre. Je croise un sourd et muet qui parle par signe au téléphone avec une autre personne.
Dans le tunnel d’accès aux quais, un embouteillage se forme. Un départ pour Paris en TGV est prévu. Je dois atteindre le quai 12, de l’autre côté de le gare. Même train pour La Rochelle et Royan jusqu’à Saintes. Il s’agit de monter dans la bonne rame. Rien n’est indiqué. Le contrôleur désigne la dernière rame pour Royan.
Le trajet
En changeant de département, la pluie macule les vitres du train. La campagne est triste, le ciel uniforme. Je ressens l’humidité même à l’intérieur du train. Maisons basses, champs de colza, forêts défilent à l’allure nonchalante du TER.
La ville
Marcher dans la ville, libre. Profiter du temps présent. Avec N., on parle d’écriture, de nos projets, son livre à sortir. Une légère brise marine nous rafraîchit.
Le trajet retour
Sur le quai, le train attend les passagers peu nombreux. C’est samedi. il y aura un changement de train à Saintes. Un coup de fil à la maison pour signaler que je suis bien en route. Je rentrerai à temps.
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Jardin botanique, jeudi.
Elle a dit qu’elle avait mis sa culotte devant derrière et qu’elle n’avait pas eu le temps de la changer de sens dans la matinée, mais que là, ça suffisait, l’inconfort était trop présent. Elle se souvenait que X lui avait demandé de téléphoner au ministère pour régler une question de validation de césure. Elle lui avait répondu qu’elle n’avait pas le 06 du ministère et qu’il fallait redevenir réaliste.
Marcher dans les allées du jardin botanique. Personne ou si peu. Quelques flâneurs, rêveurs, joggers. Et moi, assise sur un banc de pierre à observer les bassins fleurissants. Moment apaisant. Une brise intermittente traverse les joncs, les herbes hautes, disperse les pollens, accompagne vers le sol des masses cotonneuses qui se détachent des végétaux. Sur un balcon de la résidence qui donne sur le jardin, raisonnent des bruits de couverts qui s’entrechoquent dans un assiette. Je prends des photos avec mon iPhone, regrettant d’avoir oublié mon appareil photo. C’est pas grave, le moment est saisi dans sa douceur, tranquillité, même si des voitures roulent sur le boulevard, trop proche.
Je poursuis en direction de Darwin, longe le fleuve, passe sous le porche d’entrée. C’est calme, un lieu à part, comme une place de village. Les gens y travaillent, se promènent, découvrent des murs couverts de street art, lisent enfoncés dans des canapés usés venant d’un autre âge.
Un rappel à l’enfance. Quand on passe de la bibliothèque rose à la bibliothèque verte !
Traversée de la Garonne entre Darwin et Quinconces. La brise du matin s’est accentuée. Avec la chaleur du jour ça fait du bien. Dans les parterres, de nombreuses pâquerettes jonchent l’herbe redevenue bien verte. Des rangées de coquelicots. Le miroir d’eau n’est pas encore actif. Il est squatté par des groupes de jeunes et des squatteurs.
Je m’enfonce dans la ville, traverse la place de la Bourse et file vers la place du Parlement. Une table au frais sous un parasol rectangulaire, la vue sur les touristes, des écoliers, des couples et des familles profitant de la belle journée. Le serveur m’apporte un smoothie, je le déguste à petite gorgée, sereine. À côté de moi, une femme lit un poème qu’elle dit avoir fignoler à une jeune femme qui vient de la rejoindre. C’est une photographie d’un jeune garçon sur une plage qui semble avoir déclenché cette écriture. Il est aussi question de faire un choix sur deux écritures de la dernière phrase. La jeune femme tranche, puis commence à parler de sa soirée d’hier. Un homme de quatre ans de plus qu’elle, elle en a 24. Un départ. Apparemment long. Autour de nous, les tables changent d’hôtes. Il se fait tard. Bientôt le début de soirée. Envisager le retour.
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Sitôt rentrée, porter une nouvelle fois le regard vers l’Ouest. Et c’est comme une boucle infernale qui n’a de cesse de se répéter à l’infini. Un va-et-vient inscrit dans la chair, une respiration attendue à mesure qu’on avance. J’aime être cette voyageuse attentive, gourmande, témoin du présent, être l’oeil et l’esprit qui explorent, réveiller l’envie, marcher dans les pas des anciens, progresser dans ma vision du monde. Ni vraiment photographe ni vraiment écrivaine, je photographie, fige ces moments subtils qui s’inscrivent sur ma rétine et j’écris ce que le monde me renvoie, la manière qu’il a de me parler, de venir à moi, à la fois subtile et violent. J’ai toujours aimé voyager, faire la route, me nourrir du mouvement et des histoires qu’il provoque. Le voyage, c’est ce qui reste après, l’inscription du temps dans la case du souvenir qu’on ne cesse d’alimenter, de recréer dans sa tête grâce aux photos, aux écrits, ces empreintes si précieuses.
La bande son du road trip…
Il faudra s’habituer au retour. Reprendre le cours de la vie comme si cette bulle estivale n’avait été qu’un souffle d’images, de sensations, devenues désormais souvenirs. Retrouver la ville et naviguer entre le présent bien réel et ce temps déjà révolu, mais si riche, laissant en moi des traces indélébiles de moments uniques, chargés d’alimenter les jours, les mois à venir. Retrouver la ville et se sentir à la fois la même, mais surtout riche d’un vécu proche dans lequel s’y mouvoir à nouveau représente l’expression de soi comme une évidence. Retrouver la ville, reprendre l’histoire où elle s’était arrêtée dans une forme de nonchalance propre aux villes traversées par un fleuve docile.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Quitter la chambre 153 du motel 6 pour rejoindre l’aéroport. Il pleut. C’est sans regrets, il est temps de rentrer à la maison. On a vécu un road trip incroyable. Il va falloir digérer tout ce qu’on a engrangé durant ces presque 6 semaines.
Dans le hall du terminal de l’aéroport de Seattle ça grouille de monde. La tête me tourne. Certains traversent en courant ou à grandes enjambées tout l’espace pour se rendre au comptoir de dépose des bagages. À côté de moi, une jeune défait et refait sa valise trop lourde, elle équilibre le poids en bourrant son sac à dos, ça lui prend un temps infini. Des passagers utilise le Quick check-in, tout un procédé à suivre sur un écran. Passeport enregistré, l’étiquette bagage sort enfin de la fente sous l’écran. Il faut encore l’attacher à la valise, languette autocollante pas simple à manipuler, les doigts malhabiles peinent à associer les deux extrémités et récupérer la partie à garder en cas de perte. Une femme se colle à mon chariot de bagages avec le sien, prend sa valise cabine et me laisse avec cette ferraille vide comme si j’allais l’adopter. Une femme avec une canne blanche se laisse guider par une accompagnante. Certains portent des masques. Celle-ci marche d’un pas décidé, le corps pris en sandwich entre deux sacs à dos noirs. un passager cherche la Japan Airlines. Ce jeune, cheveux longs, corps sec, passe devant moi, un sac à dos transparent sur les épaules, une jeune femme le suit de près.
Il est temps d’enregistrer les bagages, de passer les filtres et de se rendre en salle d’embarquement. Ce circuit demande du temps même si les formalités ont été relativement simples, 1h30.
On attend maintenant patiemment l’ouverture des portes. H-1, l’équipage arrive, chacun présente son badge et la passerelle les engloutis. Il est temps de clôturer ce road trip, les passagers se regroupent autour des guichets. À notre tour nous nous glissons dans la file.
Je tiens à remercier tous ceux et celles qui anonymes, de passage, discrets, amis ou famille ont suivi ce road trip incroyable, coast to coast le long de l’US Route 20. Merci pour votre passage sur le blog, votre fidélité et les mots d’encouragement postés au fil des jours. J’espère que vous avez passé un bel été et je vous dis à très vite. Le blog se poursuit de manière hebdomadaire à présent (avec peut-être un peu de vacances…!)
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Œuvre de Shepard Fairey
Ciel menaçant ce matin. On ne verra certainement pas les sommets enneigés des chaînes montagneuses autour de Seattle. Avant d’atteindre le downtown, il va falloir affronter quelques ralentissements.
Au loin se dessine la skyline de Seattle
Un petit déjeuner très français pour une transition en douceur. Le Panier, le nom aurait dû me mettre sur la piste… Puis passer devant le premier Starbucks, ne pas avoir envie de faire la queue, regarder de l’extérieur sera suffisant. Beaucoup d’asiatiques dans ce quartier de Pike Place Market, très touristique. On les observe rentrer dans le café puis en ressortir avec un des fameux breuvage dans un Thermos flashy acheté à prix fort. Ils sont contents, se prennent en photo devant l’enseigne, joyeux.
Comme à la maison… (hélas !)L’attraction du marché Le cochon « Rachel » emblème du Pike pPlace Market
Écouter les pulsations de la ville au 73ème étage du Columbia Center. Se dire que la vie semble étrange vue de si haut. En bas, ça grouille, ça se déplace dans un sens et dans l’autre sur des rubans en béton ça flotte sur l’eau comme des minis coquilles.
Ici, comme à Portland ou d’autres grandes villes déjà traversées, la misère hante les rues du centre-ville. En rejoignant la 3ème rue, un groupe de sans domicile fixe deale de la drogue, plus loin, cet homme se parle à lui-même comme pour se persuader qu’il reste encore un soupçon d’humanité en lui, à quelques pas, certains dorment sur des cartons aussi sales que le trottoir, celui-ci , le regard dans le vide porte des vêtements qui pourraient tenir debout sans lui. Et la vie se poursuit, autour.
On a arpenté plusieurs blocs du downtown, durant la journée, certainement assez pour s’imaginer comment la vie peut s’écouler dans cet environnement urbain si proche de la nature. La nature, on termine avec elle. Pas très sauvage, mais elle nous rappelle qu’elle existe autour de nous, qu’il faut la préserver, la respecter, s’en inspirer.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Quitter la chambre 129 du Motel Jupiter Original de Portland. Se diriger doucement vers le retour en France. Dernière étape, Seattle.
On laisse derrière nous Portland, ville étrange, étonnante de contraste, murs graffés, panneaux maculés de stickers, ville aux multiples ponts, homeless, roses et jardin japonnais, art dans les rues. Et j’en oublie.
Changer d’état sur l’Oregon-Washington Bridge qui enjambe la Columbia River
Prendre l’I-5 North pour rejoindre Seattle. Jusqu’à Longview, on longe la Columbia River. De l’autre côté, toujours l’état de l’Oregon. Puis la voiture file sur bitume, régulière, à 70 mph. Sur le bas-côté de la route, des restes de pneus éclatés. Les voitures doublent aussi bien à droite qu’à gauche. Les monts vallonnés et la forêt nous accompagne toujours. Le ciel lourd de nuages devient plus sombre à l’horizon. Sur la gauche, la Cowlitz River serpente, sauvage, s’éloigne et revient de méandre en méandre narguer le ruban d’asphalte moins souple. La route sur deux fois deux voies est monotone, entrecoupée de forêts de feuillus et de conifères, le paysage peu attrayant, panneaux publicitaires, motels, zones industrielles, zones commerciales. Se dire qu’il n’était peut-être pas utile de prolonger le séjour après la fin de la route 20. Difficile à dire, juste ne pas avoir de regrets. Il y a des noms qui interpellent, l’Oregon, Portland, Washington, Mont Rainier. Des états où la nature semble à portée. Juste les traverser n’est certainement pas suffisant pour s’imprégner de leur essence, l’Interstate n’aide pas, même si elle s’est élargie d’un couloir.
S’arrêter une dernière fois du séjour au Walmart
Entre Tacoma et Seattle, il pleut averse sur l’I-5, la circulation dense exige plus d’attention, la luminosité a baissé, les voitures roulent avec les phares. À deux dans le véhicule, on emprunte le carpool sur la deux fois 5 voies.
On dépasse l’aéroport de Seattle où se trouve le dernier motel du séjour pour visiter The Museum of Flight en face des hangars Boeing.
Le premier avion présidentiel américain Boeing 707Concorde British Airways
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Étranges sensations ce matin en rentrant dans la ville de Portland par la Old Town. Peu de voitures, pas de piétons, des homeless dans les rues. On croise une femme avec un bracelet électronique à la cheville gauche, elle a une conversation téléphonique mouvementée, marche en zigzagant légèrement. La ville est sale dans ce quartier, les mauvaises odeurs piquent le nez. On monte sur le Burnside Bridge pour prendre le panneau Portland Oregon White Stag. Puis remonter la W Burnside Street en direction de Powell’s City of Books.
Se perdre dans les rayons de la plus grande librairie indépendante… du monde, vouloir y rester des heures, fureter dans tous les rayons, écumer les trois niveaux, des livres neufs, des livres d’occasion, un réel plaisir. Échanger avec un client sur les livres de Louise Erdrich. Il me dit qu’il a eu l’occasion d’aller dans sa librairie à Minneapolis, que c’était une expérience unique qu’il a vraiment appréciée. Je me prends à rêver d’aller là-bas un jour, peut-être. Cette année, le détour pour Minneapolis était trop long, il a fallu faire l’impasse.
Portland est perçue comme « weird » et elle n’a pas dérogé à sa réputation aujourd’hui. Difficile de saisir son identité en quelques heures, une atmosphère étrange domine malgré la traversée de quartiers plus dynamiques, fantasques.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Quitter la chambre 229 sous quelques gouttes de pluie. Impression de laisser quelque chose de ce road trip ici. Une déchirure dans le ciel laisse entrevoir un lambeau de tissu bleu. Le trafic sur la 101 est toujours aussi encombré en ville. C’est dimanche, les américains se préparent pour le brunch. En fin d’après-midi, nous serons à Portland, l’avant dernière étape avant de prendre le vol retour de Seattle à Paris.
À la radio, Janis Joplin. Sur le côté droit de la route un tronçon défoncé de l’ancienne route côtière. La forêt est dense. Carole King chante You’ve got a friend. On sort de Depoe Bay où on était hier. Un rayon de soleil, la baie nous apparaît sous un autre angle, plus accueillante.
À Lincoln City, Robert’s Bookshop, un lieu incroyable, des linéaires et des linéaires de livres d’occasion, à faire tourner la tête. Je ne sais où donner de la tête, je circule dans les étroites allées, me perds dans des voies sans issue. Relever la tête et ne plus savoir s’orienter dans ce labyrinthe de livres, enivrant. Je m’interdis d’en acheter un autre, même si les prix sont attractifs. J’en ai déjà plein dans la valise, neuf et d’occasion. En sortant, il pleut.
On traverse une nouvelle fois les massifs montagneux pour rejoindre la plaine. Sur la route sinueuse, des maisons effondrées ou en mauvais état, des jardins dans lesquels s’entassent des carcasses de voitures, de tout et de rien, comme si les objets avaient perdu leur usage depuis longtemps, rouillés, cassés, renversés.
Ralentissement sur la 18. Des sirènes retentissent au loin. Toutes les voitures se rabattent sur le bas-côté de la route, stoppent pour laisser passer les secours. Une ambulance et deux camions de pompiers nous doublent. La circulation est maintenant alternée. On patiente.
Dans la vallée, la température remonte, on retrouve le soleil. Petit crochet sur la route de Portland pour aller voir Le Spruce Goose de Howard Hughes qui de sa bulle de Los Angeles est venu poursuivre sa retraite dans l’Oregon, à Mac Minnville. J’avais eu l’occasion de le voir à la fin des années 80 en Californie, puis j’avais su qu’il avait changé de lieu, c’est surprenant de le voir ici après tant d’années.
On arrive à Portland de nuit, la pleine lune vient de se lever, encore rouge orange à l’horizon. Elle semble énorme.
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Avec la fin de l’US Route 20, nous retrouvons la Route 1 devenue 101. Celle que nous avons suivi en partie l’an passé en Californie, de Los Angeles au Redwood Park.
Il fait 15 degrés ce matin et le ciel est bien chargé en nuages. L’océan renvoie des reflets métalliques. On tarde à bouger, quelques courses au Walmart et nous décidons de rouler Nord jusqu’à Depoe Bay.
Au Nord de Newport, on s’arrête déjà pour voir le Yaquina Head Lighthouse. On admire différents points de vue, même si l’horizon est embrumé et que la pluie menace de tomber. Heureusement, hier le soleil était au rendez-vous pour notre arrivée. Aujourd’hui est un jour terne, de ceux qui vous mettent dans un entre-deux particulier. Se sentir ici et déjà ailleurs.
Depoe Bay sous une averse ne nous séduit pas. Ville de bord de mer touristique prise en sandwich entre relief forestier et océan. Les habitants revendiquent leur port comme étant le plus petit du monde. C’est écrit sur un panneau. Je me questionne en quoi est-ce le plus petit port du monde. Pas encore trouvé la réponse.
Comme pour saluer notre venue, une baleine grise transite au large. On aperçoit parfois son dos arrondi, si peu, on la devine.
Sur le chemin du retour vers Newport, il pleut. Alors, se remonter le moral avec une bonne glace, idée de prolonger l’été.
les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu
Difficile de quitter la chambre south 252 du Motel ce matin. Un vent frais balaie la ville, le soleil est revenu comme pour nous narguer.
On récupère l’US Route 20 au nord de la ville. Ciel dégagé, on aperçoit les Three Sisters, pics encore enneigés. La route est belle, quelques ranchs ici et là.
S’arrêter à Sisters. Faire des photos, rentrer dans les magasins, acheter un sandwich fait maison. Reprendre la route. Beaucoup de voitures en sens inverse, c’est la fin des vacances ici. Le sous-bois de la forêt est inspirant, l’essence des sapins a changé, plus élancés, plus imposants. Peut-être une espèce de cèdre. Sensation de dépassement, la nature s’offre à nous, modeste, gardienne de ses secrets les plus intimes. Un ralentissement, sur la gauche le Suttle Lake. Puis on prend de l’altitude sur l’Historic Santiam Wagon Road. Sur la gauche, le Mt Washington. En descente, la forêt meurtrie par des feux. Dans un virage, le regard se pose rapidement sur deux trois troncs d’arbre, une croix blanche avec un nom. Peut-être celui d’un pompier qui aurait perdu la vie à cet endroit.
On traverse maintenant une chaîne montagneuse. La route ondule à travers l’espace boisé, s’accroche au relief, suit le cours d’une rivière. Puis une vallée, champs et cultures se succèdent, avant d’aborder une nouvelle fois la forêt, celle qui fait face à l’océan Pacifique.
L’actualité aux US… sur la même route, pratiquement face à face… Harris VS Trump, pas facile d’être voisins !
Le ciel est toujours dégagé. On est à 20 minutes du terme de la Route 20. Hâte d’arriver mais la sensation inéluctable que quelque chose qui s’était installé depuis mi-juillet se termine.
Et au bout de la route, l’océan Pacifique !
À 17 heures, on est devant le panneau de la Route 20. Émus, fiers d’avoir relevé notre défi. Il indique la distance à parcourir pour rejoindre Boston que nous avons quitté le 16 juillet dernier, 3365 miles. Sur notre compteur, 5583 miles, avec les détours (8993 km).
Je photographie le panneau. À côté de moi, un américain fait de même. Il nous dit qu’il va faire la route jusqu’à Boston en septembre. Incroyable de se croiser ici, nous qui venons juste de terminer ce road trip, lui qui va bientôt le faire dans l’autre sens avec sa femme. On échange, on rit de cette coïncidence, on lui confie que dans l’excitation du départ on a oublié de prendre une photo du panneau à Boston, on échange nos numéros de téléphone, il nous promet de nous envoyer une photo dès qu’il arrivera à son tour.
Mais si l’US Route 20 se termine ici, à Newport, le road trip n’est pas encore terminé. Il nous reste à rejoindre Seattle d’ici 6 jours pour prendre notre vol retour.