crnt d’été Corse | Bonifacio #6

regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit

[jrnl|temps passé]

Avant de prendre la route pour Bonifacio, il a fallu trouver une borne de recharge pour la voiture électrique de location. Petite visite au Auchan de Propriano. Attente sur un banc à regarder le défilé des vacanciers et des locaux avec leur chariot plein de courses. Sur le parking, un ballet de coffres de voiture qui s’ouvrent et se referment. Le bruit des roues des Caddies sur le goudron. Des bribes de conversation. Des pleurs d’enfant.

La route jusqu’à l’embranchement de l’aéroport de Figari serpente le long des massifs montagneux, surtout autour de Sartène. Puis la T40 devient plus docile et se déroule à travers le maquis presque en ligne droite jusqu’à Bonifacio. On longe le fond du port, un coup d’œil sur la citadelle médiévale qui surplombe la mer, et on monte en direction des parkings proches du cimetière marin. Ici, faire abstraction de la foule de touristes grouillante de partout. S’enfermer dans une bulle et imaginer un temps d’avant, un temps médiéval. Les fortifications, la haute-ville, le vent, la mer et en face, la Sardaigne.

Rentrer dans le cimetière marin, s’attarder sur les noms, la forme des caveaux.

Puis se rapprocher de la ville haute, s’engouffrer dans les ruelles saturées de visiteurs avides de trouver une place pour se restaurer en terrasse, de s’offrir un dernier souvenir de vacances. Il fait chaud, mais à certains coins de rue, le vent reste le bienvenue.

Profiter le la vue.

Descendre ensuite vers le port. Longer le quai sous le regard ancestral de la citadelle.

crnt d’été Corse | Propriano #4 #5

regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit

[jrnl|temps passé]

Les jours s’étirent lentement entre ciel bleu et mer scintillante. De l’autre côté du golfe de Valinco, la montagne bleutée et son manteau de végétation dense, le maquis. À la pointe, on aperçoit la silhouette de la tour génoise de Campomoro, quelques rochers ocre. Pour y accéder, il faut compter une heure de randonnée sous un soleil d’été cuisant. À contrecœur, je fais l’impasse sur cette marche et toutes les autres. Je me projette vers une autre saison, plus clémente, pour envisager des découvertes nature. En attendant, je m’informe sur la région et je m’imagine cheminer au printemps sur ce sentier du littoral au départ du petit village de pêcheur de Campomoro. Par curiosité, je cherche sur Google maps, mode street view, là, apparaissent le ponton de bois et le toit-terrasse du bar-restaurant des Amis. Je poursuis la route entre habitations de pierre et mer. Au bout, un chemin de terre, fin d’accès avec Google maps. J’aperçois au loin la tour posée derrière un monticule arboré. Fin de visite.

Un lézard audacieux passe précipitamment entre mes pieds pour rejoindre la végétation en face de la terrasse. En dé-zoomant, sur la carte, je remarque que Rome est à la même latitude que notre lieu de villégiature. Remonte alors un souvenir lointain d’un Noël passé en famille chez mon oncle et ma tante. La douceur de la ville en hiver, un tourbillon de découvertes pour l’adolescente que j’étais, élevée en pleine campagne. La ville s’est inscrite en moi comme une aventure urbaine inoubliable. La magnifique Piazza Navona, les marches de la Piazza di Spagna, mes préférées, et toute cette ambiance d’une ville aux promesses du sud. La fontaine de Trevi et le vœu associé, de dos, ce lancer de la pièce dans l’eau turquoise. Entre oliviers et lauriers roses, végétation méditerranéenne diverse, les cigales s’en donnent à cœur joie. À l’horizon, la brume s’épaissit, quelques nuages de chaleurs se forment sur le golfe. Un hélicoptère de l’armée s’exerce à des simulations de sauvetage au-dessus de l’eau, trouble le calme apparent. La mer frissonne. Malgré une légère brise, il fait encore lourd. 

Je reçois des photos de K., en vacances sur une île au large de la Grèce. Un petit village à la blancheur immaculée accroché à flanc de colline, étroites ruelles et escaliers de pierre dans lesquels les chats errants aiment se prélasser. Ces images me renvoient aux travaux photographiques de Hans Silvester sur les chats des îles grecques. Cuisine méditerranéenne aux saveurs gourmandes de poissons frits, légumes de saison, de quoi profiter d’un été d’évasion. Je remonte vers Athènes sans m’arrêter, puis porte mon regard sur Thessalonique anciennement Salonique. Le camp de Zeitenlik aujourd’hui disparu. C’était en janvier 1916, mon arrière-grand-père, Auguste, celui qui avait quitté son Tarn-et-Garonne natal pour une guerre éclair, se retrouvait sur le front d’Orient. Six mois plus tard, terrassé par le paludisme, il s’est éteint à l’hôpital temporaire n°1 et a été enterré dans le cimetière militaire de la ville. 

crnt d’été Corse | Propriano-Filitosa-Sollacaro #3

regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit

[jrnl|temps passé]

Matin paisible

Toujours cette même douceur du paysage au réveil, les massifs montagneux recouverts d’une végétation sauvage prise dans un voile de brume matinale. Une petite brise qui donne l’illusion de rafraîchir, même si le thermomètre se rapproche déjà des 30 degrés. Ils seront bientôt dépassés.

Il y a très longtemps que je n’étais pas revenue en Corse. La première fois, c’était durant l’été 1976 ou 1977, une maison d’architecte, surplombant la côte découpée et les eaux bleue turquoise de Cargèse. J’avais une douzaine d’années et j’étais orpheline de mère depuis peu. Mon père avait accepté de partir avec deux autres couples d’amis et leurs enfants. Toute une smala déplacée de Bourgogne en Corse. Comme un air de fête ! L’attente du ferry du soir à Marseille sous la chaleur, la visite à Notre-Dame de la Garde éclaboussée par le soleil méditerranéen, les étroites ruelles du Panier, le port… et la traversée en pleine nuit jusqu’à Ajaccio, les cabines étroites, le bateau qui tangue. La salle de cinéma tout en haut du ferry et ce film, dont le titre me revient à la mémoire, Soleil vert, avec Charlton Heston. A l’arrivée, attribution des chambres. Je dormais avec deux soeurs plus âgées que moi, cheveux longs et raides, corps dessiné par de nombreuses années de danse et sourire gourmand. Ce vivre en communauté était nouveau pour moi, un avant goût de liberté et d’échange sur les codes de vie des plus grands. Une ouverture musicale sur les tubes de l’été, Polnareff, Nino Ferrer et sa chanson Le Sud, mais surtout la découverte d’un groupe américain qui ne me quittera plus, Eagles et son célèbre Hôtel California, écouté en boucle durant tout le séjour sur des cassettes enregistrées. De quoi laisser une empreinte indélébile et confirmer ma passion déjà affirmée pour les Etats-Unis. Depuis, je ne suis plus revenue de ce côté-ci de la Corse.

Sur la route
Sur le site de Filitosa

En fin d’après-midi, une plongée dans la préhistoire Corse sur le site archéologique de Filitosa, proche de Sollacaro. Des statues-menhirs classées de toute beauté peut-on lire dans des commentaires. Il fait encore très chaud, mon corps accuse l’effort. A l’accueil, la jeune femme avait précisé que la visite durait une heure. Par précaution, j’ai emporté ma gourde. Regarder les pierres, se projeter dans un temps inconnu et imaginé, toucher la surface granuleuse du granit, fermer les yeux et ne rien ressentir. Est-ce normal ?

A chaque fois, je me demande ce qui m’échappe de ce moment, quand la rencontre n’est pas au rendez-vous.

Village de Sollacaro
Village d’Olméto

crnt d’été Corse | Propriano-Olmeto #2

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[jrnl|temps passé]

Ouvrir les volets et contempler en contrebas la mer, la plage de Scodi Neri, sous une couche nuageuse. De l’autre côté de la baie, à l’extrême pointe, se dessine la Tour de Campomoro. La température est déjà élevée, 28 degrés. A peine un souffle d’air, à peine un rayon de soleil entre deux nuages. Au large, une brume maritime entre mer et ciel. Les cigales chantent, envahissent l’espace. Un ferry de la Corsica Lingea s’éloigne du port de Propriano et se dirige vers une destination que je devine, Marseille ou Porto Torres en Sardaigne.

En fin d’après-midi, décider le grimper jusqu’à Olmeto, petit village accroché au flanc de la montagne, caressé par le soleil d’été.marcher dans les ruelles de la vieille ville, pavés et escaliers. Lever les yeux sur les hautes façades des maisons en pierre, puis à l’angle d’une ruelle découvrir un océan de toits de tuiles rouges usées par le temps. Plus loin, le golfe du Valinco, sa côte découpée et la mer bleu profond.

Ici, le temps semble s’être arrêté.

crnt d’été Corse | Figari #1

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[jrnl|temps passé]

JOURNÉE DE VOYAGE ✈️

Vol retardé de 30 minutes. Banquettes rouges, conversations en bruit de fond, nuages dans le ciel. Un jeune enfant passe du rire aux pleurs, humeur chagrine. Derrière le comptoir 22, les agents chargés de l’embarquement attendent en discutant. Le vol pour Figari au départ de Bordeaux était plein. Il s’affiche en porte d’embarquement. Nous devrons transiter par Paris.

Au décollage, la couche nuageuse est épaisse.

L’estuaire de la Gironde

Roissy CDG. Dans les allées du hall F, le va et vient des passagers traînant valise cabine, sac à dos sur les épaules, jogging, casquette, les yeux rivés sur leur téléphone, comme un ballet. L’attente dans les zones d’embarquement, les regards perdus dans le vide, l’empreinte de la fatigue sur les visages, le quotidien. On attend l’embarquement pour Figari en regardant le Tour de France sur un écran TV.

Annonce des consignes de sécurité, voix monotone. Roulage. Alignement sur la piste. Poussée des moteurs. V1, VR, décollage. On laisse Paris sur la gauche, on vire direction sud et l’avion déchire les nuages. Au-dessus, une mer de volumes cotonneux. L’arrivée est prévue à 19:18 à Figari. On quitte la côte méditerranéenne et au-dessus de l’eau, le ciel est dégagé. Début de descente. Entre couche nuageuse et eau, on aperçoit l’île enveloppée dans une légère brume.

Aéroport de Figari

Il faudra une heure de conduite sur une route tortueuse pour rejoindre notre lieu de villégiature, non loin de Propriano. Un arrêt de quelques minutes au supermarché du coin avant sa fermeture à 21 heures et c’est à la nuit tombée, à la lumière des phares de voiture que nous arrivons à destination.

jrnl|royan

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[jrnl|temps passé]

Le tram 

Vue du tram

Celle qui n’arrête pas de téléphoner. En quelques mots, on connaît toute sa vie, on l’imagine même avec ses hauts et ses bas. Ce soir, elle ira manger chez untel ou sera invitée ailleurs, mais elle ne veut pas le croiser.

Celle qui a toute une collection de bracelets en argent autour des poignets, ou plutôt autour de l’avant-bras. J’aurais aimé les regarder un par un, les comparer, les porter. Peut-être en choisir un pour de faux et y repenser un jour en regardant la vitrine d’une échoppe de bijoux.

Celle qui se demande si elle ne devrait pas laisser sa place à une personne âgée qui vient de monter dans la rame, une canne à la main. Elle regarde son voisin, sa voisine. Personne ne porte attention à la situation. Elle observe et ne bouge pas. Les stations défilent.

La gare

En rentrant dans le hall de la gare, un courant d’air me saisit. Ça grouille de personnes, c’est vendredi. Devant les écrans de départ, les regards tentent de capter un numéro de quai. Le mien n’apparaît pas encore. Une musique, dont l’air m’est connu, se diffuse dans le hall. Je marche jusqu’au piano. Un homme joue. Il enchaîne les morceaux, je reconnais l’Hymne à la joie. J’en profite pour avoir une pensée pour Auguste, mon arrière-grand-père, son nom est inscrit sur la plaque commémorative des Agents des chemins de fer morts pour la France en 14-18. C’est toujours émouvant de lire son nom, mon nom, inscrit dans le marbre. Je croise un sourd et muet qui parle par signe au téléphone avec une autre personne.

Dans le tunnel d’accès aux quais, un embouteillage se forme. Un départ pour Paris en TGV est prévu. Je dois atteindre le quai 12, de l’autre côté de le gare. Même train pour La Rochelle et Royan jusqu’à Saintes. Il s’agit de monter dans la bonne rame. Rien n’est indiqué. Le contrôleur désigne la dernière rame pour Royan.

Le trajet

En changeant de département, la pluie macule les vitres du train. La campagne est triste, le ciel uniforme. Je ressens l’humidité même à l’intérieur du train. Maisons basses, champs de colza, forêts défilent à l’allure nonchalante du TER.

La ville

Marcher dans la ville, libre. Profiter du temps présent. Avec N., on parle d’écriture, de nos projets, son livre à sortir. Une légère brise marine nous rafraîchit.

Le trajet retour

Sur le quai, le train attend les passagers peu nombreux. C’est samedi. il y aura un changement de train à Saintes. Un coup de fil à la maison pour signaler que je suis bien en route. Je rentrerai à temps.

jrnl|l’autre vie

regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit

[jrnl|temps passé]

Jardin botanique, jeudi.

Elle a dit qu’elle avait mis sa culotte devant derrière et qu’elle n’avait pas eu le temps de la changer de sens dans la matinée, mais que là, ça suffisait, l’inconfort était trop présent. Elle se souvenait que X lui avait demandé de téléphoner au ministère pour régler une question de validation de césure. Elle lui avait répondu qu’elle n’avait pas le 06 du ministère et qu’il fallait redevenir réaliste.

Marcher dans les allées du jardin botanique. Personne ou si peu. Quelques flâneurs, rêveurs, joggers. Et moi, assise sur un banc de pierre à observer les bassins fleurissants. Moment apaisant. Une brise intermittente traverse les joncs, les herbes hautes, disperse les pollens, accompagne vers le sol des masses cotonneuses qui se détachent des végétaux. Sur un balcon de la résidence qui donne sur le jardin, raisonnent des bruits de couverts qui s’entrechoquent dans un assiette. Je prends des photos avec mon iPhone, regrettant d’avoir oublié mon appareil photo. C’est pas grave, le moment est saisi dans sa douceur, tranquillité, même si des voitures roulent sur le boulevard, trop proche.

Je poursuis en direction de Darwin, longe le fleuve, passe sous le porche d’entrée. C’est calme, un lieu à part, comme une place de village. Les gens y travaillent, se promènent, découvrent des murs couverts de street art, lisent enfoncés dans des canapés usés venant d’un autre âge.

Un rappel à l’enfance. Quand on passe de la bibliothèque rose à la bibliothèque verte !

Traversée de la Garonne entre Darwin et Quinconces. La brise du matin s’est accentuée. Avec la chaleur du jour ça fait du bien. Dans les parterres, de nombreuses pâquerettes jonchent l’herbe redevenue bien verte. Des rangées de coquelicots. Le miroir d’eau n’est pas encore actif. Il est squatté par des groupes de jeunes et des squatteurs.

Je m’enfonce dans la ville, traverse la place de la Bourse et file vers la place du Parlement. Une table au frais sous un parasol rectangulaire, la vue sur les touristes, des écoliers, des couples et des familles profitant de la belle journée. Le serveur m’apporte un smoothie, je le déguste à petite gorgée, sereine. À côté de moi, une femme lit un poème qu’elle dit avoir fignoler à une jeune femme qui vient de la rejoindre. C’est une photographie d’un jeune garçon sur une plage qui semble avoir déclenché cette écriture. Il est aussi question de faire un choix sur deux écritures de la dernière phrase. La jeune femme tranche, puis commence à parler de sa soirée d’hier. Un homme de quatre ans de plus qu’elle, elle en a 24. Un départ. Apparemment long. Autour de nous, les tables changent d’hôtes. Il se fait tard. Bientôt le début de soirée. Envisager le retour.

jrnl|s’habituer au retour

regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit

[jrnl|temps passé]

Sitôt rentrée, porter une nouvelle fois le regard vers l’Ouest. Et c’est comme une boucle infernale qui n’a de cesse de se répéter à l’infini. Un va-et-vient inscrit dans la chair, une respiration attendue à mesure qu’on avance. J’aime être cette voyageuse attentive, gourmande, témoin du présent, être l’oeil et l’esprit qui explorent, réveiller l’envie, marcher dans les pas des anciens, progresser dans ma vision du monde. Ni vraiment photographe ni vraiment écrivaine, je photographie, fige ces moments subtils qui s’inscrivent sur ma rétine et j’écris ce que le monde me renvoie, la manière qu’il a de me parler, de venir à moi, à la fois subtile et violent. J’ai toujours aimé voyager, faire la route, me nourrir du mouvement et des histoires qu’il provoque. Le voyage, c’est ce qui reste après, l’inscription du temps dans la case du souvenir qu’on ne cesse d’alimenter, de recréer dans sa tête grâce aux photos, aux écrits, ces empreintes si précieuses.

La bande son du road trip…

Il faudra s’habituer au retour. Reprendre le cours de la vie comme si cette bulle estivale n’avait été qu’un souffle d’images, de sensations, devenues désormais souvenirs. Retrouver la ville et naviguer entre le présent bien réel et ce temps déjà révolu, mais si riche, laissant en moi des traces indélébiles de moments uniques, chargés d’alimenter les jours, les mois à venir. Retrouver la ville et se sentir à la fois la même, mais surtout riche d’un vécu proche dans lequel s’y mouvoir à nouveau représente l’expression de soi comme une évidence. Retrouver la ville, reprendre l’histoire où elle s’était arrêtée dans une forme de nonchalance propre aux villes traversées par un fleuve docile.

Dernier jeudi d’août

crnt us 🇺🇸 route 20 | jr 40 Aéroport de Seattle

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Quitter la chambre 153 du motel 6 pour rejoindre l’aéroport. Il pleut. C’est sans regrets, il est temps de rentrer à la maison. On a vécu un road trip incroyable. Il va falloir digérer tout ce qu’on a engrangé durant ces presque 6 semaines.

Dans le hall du terminal de l’aéroport de Seattle ça grouille de monde. La tête me tourne. Certains traversent en courant ou à grandes enjambées tout l’espace pour se rendre au comptoir de dépose des bagages. À côté de moi, une jeune défait et refait sa valise trop lourde, elle équilibre le poids en bourrant son sac à dos, ça lui prend un temps infini. Des passagers utilise le Quick check-in, tout un procédé à suivre sur un écran. Passeport enregistré, l’étiquette bagage sort enfin de la fente sous l’écran. Il faut encore l’attacher à la valise, languette autocollante pas simple à manipuler, les doigts malhabiles peinent à associer les deux extrémités et récupérer la partie à garder en cas de perte. Une femme se colle à mon chariot de bagages avec le sien, prend sa valise cabine et me laisse avec cette ferraille vide comme si j’allais l’adopter. Une femme avec une canne blanche se laisse guider par une accompagnante. Certains portent des masques. Celle-ci marche d’un pas décidé, le corps pris en sandwich entre deux sacs à dos noirs. un passager cherche la Japan Airlines. Ce jeune, cheveux longs, corps sec, passe devant moi, un sac à dos transparent sur les épaules, une jeune femme le suit de près.

Il est temps d’enregistrer les bagages, de passer les filtres et de se rendre en salle d’embarquement. Ce circuit demande du temps même si les formalités ont été relativement simples, 1h30.

On attend maintenant patiemment l’ouverture des portes. H-1, l’équipage arrive, chacun présente son badge et la passerelle les engloutis. Il est temps de clôturer ce road trip, les passagers se regroupent autour des guichets. À notre tour nous nous glissons dans la file.

Je tiens à remercier tous ceux et celles qui anonymes, de passage, discrets, amis ou famille ont suivi ce road trip incroyable, coast to coast le long de l’US Route 20. Merci pour votre passage sur le blog, votre fidélité et les mots d’encouragement postés au fil des jours. J’espère que vous avez passé un bel été et je vous dis à très vite. Le blog se poursuit de manière hebdomadaire à présent (avec peut-être un peu de vacances…!)

crnt us 🇺🇸 route 20 | jr 39 Seattle

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Œuvre de Shepard Fairey

Ciel menaçant ce matin. On ne verra certainement pas les sommets enneigés des chaînes montagneuses autour de Seattle. Avant d’atteindre le downtown, il va falloir affronter quelques ralentissements.

Au loin se dessine la skyline de Seattle

Un petit déjeuner très français pour une transition en douceur. Le Panier, le nom aurait dû me mettre sur la piste… Puis passer devant le premier Starbucks, ne pas avoir envie de faire la queue, regarder de l’extérieur sera suffisant. Beaucoup d’asiatiques dans ce quartier de Pike Place Market, très touristique. On les observe rentrer dans le café puis en ressortir avec un des fameux breuvage dans un Thermos flashy acheté à prix fort. Ils sont contents, se prennent en photo devant l’enseigne, joyeux.

Comme à la maison… (hélas !)
L’attraction du marché
Le cochon « Rachel »
emblème du Pike pPlace Market

Écouter les pulsations de la ville au 73ème étage du Columbia Center. Se dire que la vie semble étrange vue de si haut. En bas, ça grouille, ça se déplace dans un sens et dans l’autre sur des rubans en béton ça flotte sur l’eau comme des minis coquilles.

Ici, comme à Portland ou d’autres grandes villes déjà traversées, la misère hante les rues du centre-ville. En rejoignant la 3ème rue, un groupe de sans domicile fixe deale de la drogue, plus loin, cet homme se parle à lui-même comme pour se persuader qu’il reste encore un soupçon d’humanité en lui, à quelques pas, certains dorment sur des cartons aussi sales que le trottoir, celui-ci , le regard dans le vide porte des vêtements qui pourraient tenir debout sans lui. Et la vie se poursuit, autour.

On a arpenté plusieurs blocs du downtown, durant la journée, certainement assez pour s’imaginer comment la vie peut s’écouler dans cet environnement urbain si proche de la nature. La nature, on termine avec elle. Pas très sauvage, mais elle nous rappelle qu’elle existe autour de nous, qu’il faut la préserver, la respecter, s’en inspirer.

À l’aquarium, mes préférées ! Les loutres

crnt us 🇺🇸 route 20 | jr 38 Portland ~ Seattle

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Quitter la chambre 129 du Motel Jupiter Original de Portland. Se diriger doucement vers le retour en France. Dernière étape, Seattle.

On laisse derrière nous Portland, ville étrange, étonnante de contraste, murs graffés, panneaux maculés de stickers, ville aux multiples ponts, homeless, roses et jardin japonnais, art dans les rues. Et j’en oublie.

Changer d’état sur l’Oregon-Washington Bridge qui enjambe la Columbia River

Prendre l’I-5 North pour rejoindre Seattle. Jusqu’à Longview, on longe la Columbia River. De l’autre côté, toujours l’état de l’Oregon. Puis la voiture file sur bitume, régulière, à 70 mph. Sur le bas-côté de la route, des restes de pneus éclatés. Les voitures doublent aussi bien à droite qu’à gauche. Les monts vallonnés et la forêt nous accompagne toujours. Le ciel lourd de nuages devient plus sombre à l’horizon. Sur la gauche, la Cowlitz River serpente, sauvage, s’éloigne et revient de méandre en méandre narguer le ruban d’asphalte moins souple. La route sur deux fois deux voies est monotone, entrecoupée de forêts de feuillus et de conifères, le paysage peu attrayant, panneaux publicitaires, motels, zones industrielles, zones commerciales. Se dire qu’il n’était peut-être pas utile de prolonger le séjour après la fin de la route 20. Difficile à dire, juste ne pas avoir de regrets. Il y a des noms qui interpellent, l’Oregon, Portland, Washington, Mont Rainier. Des états où la nature semble à portée. Juste les traverser n’est certainement pas suffisant pour s’imprégner de leur essence, l’Interstate n’aide pas, même si elle s’est élargie d’un couloir.

S’arrêter une dernière fois du séjour au Walmart

Entre Tacoma et Seattle, il pleut averse sur l’I-5, la circulation dense exige plus d’attention, la luminosité a baissé, les voitures roulent avec les phares. À deux dans le véhicule, on emprunte le carpool sur la deux fois 5 voies.

On dépasse l’aéroport de Seattle où se trouve le dernier motel du séjour pour visiter The Museum of Flight en face des hangars Boeing.

Le premier avion présidentiel américain
Boeing 707
Concorde British Airways

crnt us 🇺🇸 route 20 | jr 37 Portland

les voyages ne sont jamais les mêmes, pourtant c’est toujours la même force qui me propulse vers cet inconnu

Étranges sensations ce matin en rentrant dans la ville de Portland par la Old Town. Peu de voitures, pas de piétons, des homeless dans les rues. On croise une femme avec un bracelet électronique à la cheville gauche, elle a une conversation téléphonique mouvementée, marche en zigzagant légèrement. La ville est sale dans ce quartier, les mauvaises odeurs piquent le nez. On monte sur le Burnside Bridge pour prendre le panneau Portland Oregon White Stag. Puis remonter la W Burnside Street en direction de Powell’s City of Books.

Se perdre dans les rayons de la plus grande librairie indépendante… du monde, vouloir y rester des heures, fureter dans tous les rayons, écumer les trois niveaux, des livres neufs, des livres d’occasion, un réel plaisir. Échanger avec un client sur les livres de Louise Erdrich. Il me dit qu’il a eu l’occasion d’aller dans sa librairie à Minneapolis, que c’était une expérience unique qu’il a vraiment appréciée. Je me prends à rêver d’aller là-bas un jour, peut-être. Cette année, le détour pour Minneapolis était trop long, il a fallu faire l’impasse.

Portland est perçue comme « weird » et elle n’a pas dérogé à sa réputation aujourd’hui. Difficile de saisir son identité en quelques heures, une atmosphère étrange domine malgré la traversée de quartiers plus dynamiques, fantasques.