crnt US|los angeles 9

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:17, coucher 19:39, nouvelle lune /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 30 ress. 34, soir 22, nuit 18

TRAJET 18/08 /// Time to go back home

Dernier check out d’hôtel et dans les valises de quoi nourrir les semaines à venir avec ce qu’on a pu voir, traverser et ressentir durant ce road trip californien. Le temps viendra du bilan. Refaire la route dans la tête, par bribes, étape par étape, se souvenir des détails en relisant les écrits, en les réécrivant, trier les photos gardiennes du déroulé du film. Garder une trace de ces moments précieux, marques indélébiles du souvenir, de ce goût unique et particulier du voyage, cette invite à recommencer, à repartir vers une autre destination, une autre aventure.

La brume est toujours au rendez-vous ce vendredi matin, égale à elle-même depuis notre arrivée sur les bords du Pacifique. Les quelques miles qui nous séparent de l’aéroport dévoileront certainement un beau ciel bleu dans lequel nous nous envolerons. Pour le moment, un dernier passage au diner du coin. Demain, on sera loin d’ici et ce moment apparaîtra comme un mirage. On parle déjà de revenir, ça donne du courage, un objectif pour traverser l’année à venir plus sereinement.

La route vers l’aéroport se fait sous le soleil. On l’avait pressenti. Ce beau ciel bleu nous nargue. Remonter Aviation Blvd jusqu’au loueur de voiture, un pincement au cœur. Rien de transcendant sur ce parcours. Comme un paysage de coulisse, des usines, du rien. En approche de l’aéroport de LAX les avions se posent les uns derrière les autres dans un bruit de soufflerie impressionnant. Le loueur de voiture est juste en dessous de ce couloir. Les clés déposées dans la voiture, le check out terminé, le bus à l’enseigne du loueur attend dehors. Il va nous déposer au terminal de départ.

I

Ici, le temps se distend, l’enregistrement des bagages effectué, les filtres de police et de sécurité passés, l’attente commence en salle d’embarquement 204. L’avion arrive, toute la logistique s’affaire autour. Les passagers débarquent. Nous ne les verrons pas. La salle d’embarquement se remplit peu à peu et autour ça parle de plus en plus français, ça devient de plus en plus bruyant. L’embarquement ne va pas tarder.

crnt US|los angeles 8

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:17, coucher 19:39, nouvelle lune /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 30 ress. 34, soir 22, nuit 18

TRAJET 17/08 /// Venice

De tout le séjour à Hermosa Beach, les entrées maritimes ont toujours été présentes au lever, souvent au coucher. Je n’avais pas gardé ce souvenir de la côte Pacifique en été. Aujourd’hui à midi, il ne fait que 67°F, la brume ne s’est pas encore levée. En roulant vers Venice, mon esprit s’évade. Penser que la partie road-trip ne ressemble en rien à un séjour citadin. Suivre la route sur un trajet établi d’un point à un autre sur plusieurs jours, plusieurs semaines, est si différent des déplacements que l’on peut faire en journée avec pour base le même hôtel ou motel. J’aime la route, le mouvement quotidien et cet espoir permanent qui guide étape après étape nos espérances vers un point à atteindre. On longe la plage pour rejoindre les canaux de Venice. Les bouées rouges de sauvetage accrochées en évidence sur les postes de secourisme attestent de la présence des life’s guards. Peu de monde sur le sable.

On passe le début de l’après-midi à marcher le long des canaux. Le soleil apparait, un peu. Beaucoup de maisons semblent vides, d’autres sont en restauration, certaines ont été détruites par un incendie. Ici, un homme scie du bois. Il répare un plancher. A l’intérieur de la maison, un homme, plus âgé, assis dans un canapé, lit un journal. Tout est silencieux. Passer son chemin. D’une fenêtre ouverte, s’échappe le son d’une émission télévisée. Et puis, il y a cet homme d’un certain âge qui passe devant nous dans une Cadillac décapotable marron en écoutant à fond Franck Sinatra, Stranger in the night. Il rentre dans la contre-allée, puis tourne à droite, dans son parking personnel. Etonnant. Plus loin, à l’intérieur d’un garage, on peut voir un vieux canapé, du bois qui servira pour fabriquer des meubles, des packs d’eau empilés les uns sur les autres. Par terre des feuilles séchées comme un clin d’œil à la saison à venir.

Et puis cette photo d’une femme au coin d’une vitre, un nom qui sonne comme chez nous, Joëlle Dumas, et une date, 1949-2022. Sur une autre vitre, une plaque avec une inscription en français. Focalisée sur le nom et le visage de cette femme, je n’avais pas réalisé qu’elle était écrite en français, Chien bien élevé (méfiez-vous quand même). Mon imagination s’emballe sur ce qu’a pu être les 73 ans de vie de Joëlle. Pourquoi cette photo à la vue de tous les passants ? Qui reste dans cette maison tournée vers un canal en plein Venice, USA?

Plus tard, on s’arrêtera à Venice Beach pour sa démesure, son style déjanté, indéfectible, son street art, sa célèbre enseigne, son skatepark, sa piste cyclable. Sur la promenade, toujours les mêmes têtes d’année en année, comme cet homme qui, encore aujourd’hui, joue de la guitare sans ses patins à roulettes, volés il y a quelques temps.

On terminera la journée à Abbott Kinney Blvd célèbre pour ses boutiques chics, ses restaurants, ses galeries d’art, son street art.

crnt US|los angeles 7

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:16, coucher 19:40, nouvelle lune /// prévision météo Los Angeles : matin 19°C, après-midi 30 ress. 34, soir 23, nuit 20

TRAJET 16/08 /// Quartier Miracle Mile

Commencer la journée à l’Ocean Diner à Hermosa Beach. Au menu 2-2-3, two eggs, four pieces of French toast and three pieces of bacon, café à volonté. Musique de fond, style crooner jazzy old fashion. Rideaux à carreaux rouge aux fenêtres. Tables en Formica. Les serveurs, d’origine espagnole, sont discrets, souriants, prévenants. On prend notre temps, on apprécie le moment.

La brume court encore dans le ciel lorsqu’on quitte Hermosa Beach pour la journée. Plus loin sur la route, le ciel devient bleu, mais au Nord, de gros nuages blancs montent. On cale le GPS en se demandant si le programme du jour pourra se maintenir. On remonte La Cienega Blvd, on traverse des champs de puits de pétrole actifs en pleine ville. Retour vers le Miracle Mile sur le Wilshire Blvd, un quartier commerçant, anciennement huppé, envahi à présent par les musées. C’est ici que nous avons décidé de passer quelques heures, au Petersen Automotive Museum. Une pépite. Des courbes magnifiques, des carrosseries impeccables, une présentation de chaque pièce irréprochable. On y passe l’après-midi. Des voitures célèbres qui ont marqué le petit et le grand écran quelques décennies en arrière sont là, exposées devant nous. Des souvenirs remontent et tout particulièrement ceux liés à la série télévisée Starsky et Hutch avec la célèbre Ford Torino rouge, le dessin animé Scoubidou, le film Retour vers le Futur ou Batman.

En sortant, poursuivre la route sur la Fairfax Ave, s’arrêter à The Original Farmers Market pour flâner dans les allées. Ambiance de fin de journée, décontractée. Commander un plat de pâtes au comptoir du Pasta Corner, s’installer en face sur une table dans le West Patio, les déguster. Faire des plans pour le prochain road trip, peut-être.

The Original Farmers Market

Hwy 110 south, encombrée. On rentre à l’hôtel. C’est le moment de la journée où le soleil s’est déjà couché mais la nuit ne s’est pas encore installée. Autour de nous, dans la lumière du soir, têtes de palmiers partout en ombre chinoise.

crnt US|los angeles 6

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:14, coucher 19:44, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 28 ress. 33, soir 22, nuit 19

TRAJET 15/08 /// Downtown L.A.

Quand on est arrivé en juillet, il y avait ces affiches publicitaires invitant à venir voir l’exposition Keith Haring, Art Is for Everybody. On s’était dit qu’on irait dès notre retour à Los Angeles. Les billets achetés sur le net, il est temps de s’y rendre. C’est le jour. Revisiter l’œuvre de cet artiste, se replonger dans les années 80 avec autant de pièces à disposition était une opportunité à ne pas négliger. De la couleur explosive, des formes provocatrices pour revendiquer, s’opposer, défendre les questions préoccupantes de l’époque comme la guerre froide, l’apartheid, le sida, la technologie et la société de consommation. Tout un programme à revisiter dans les 10 salles prévues à cet effet. Et en sortant, une multitude de questions qui nous replongent dans cette époque.

Avec Madonna ´
Hommage à Jean Michel Basquiat – détail
Hommage à Andy Warhold – détails

Et puis, il y avait cet homme en bermuda, baskets et casquette blanches, aperçu dans la pièce rose, qui n’arrêtait pas de prendre des photos de chaque toile, sculpture, n’hésitant pas à emmagasiner plusieurs clichés de chaque œuvre avec son smartphone. Se pencher, prendre du recul, explorer de près, revenir sur ses pas, regarder à nouveau. Impressionnant. Il se déplaçait de l’une à l’autre et clic et clic et clic. À la suivante. On l’a croisé une dernière fois à la sortie, il prenait encore une photo, plusieurs en fait, avec son téléphone.

Se rendre au Broad Museum, c’est aussi l’occasion de passer du temps dans le Downtown L.A. qu’on avait toujours effleuré avec la Hwy 110 ou 10 ou 101, mais jamais vraiment traversé. Un autre visage de la ville, un univers de quelques gratte-ciel qui rappelle l’ambiance new-yorkaise. Se souvenir qu’une scène de Blade Runner avait été tournée au Bradbury Building sur South Broadway. Découvrir en face le Million Dollar Theater et aller manger une glace au Grand Central Market. Terminer avec un passage au Last Bookstore, pour voir, pour flâner et tomber sur les Chronicles de Bob Dylan en occasion, 8$, l’acheter. Revenir au parking en empruntant le funiculaire, le Angels Flight Railways qui grimpe à côté de l’escalier aux 804 marches.

Bradbury Building
The Last Bookstore
Angels Flight Railway

Rentrer de nuit après avoir assisté à un match de baseball, L.A. Dodgers vs Milwaukee Brewers. Voir au travers des vitres des fast-foods les salles vides aux éclairages froids, impersonnels. Enseignes allumées au-dessus des stations-service. Peu de voitures dans les rues. On devine dans certaines résidences les habitants, tels des ombres chinoises, aller et venir d’une pièce à l’autre avant d’aller dormir.

crnt US|los angeles 5

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:14, coucher 19:44, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 28 ress. 33, soir 22, nuit 19

TRAJET 14/08 /// Melrose Avenue – Street Art

On s’installe peu à peu dans la ville, son immensité devient familière, ses Hwy à 5, 6, 7, 8 voies de front, même chose dans l’autre sens, ses échangeurs à différents niveaux, son béton. Ça tourne, ça se croise, ça file au loin. C’est plat, c’est vaste, sous le soleil tout s’organise au rythme des temps forts de la journée. L’Interstate 110 Nord, on y revient toujours comme un leitmotiv connu. Elle traverse Los Angeles du Nord au Sud de Long Beach à Pasadena en passant par le Downtown L.A. Tellement envie de la photographier cette Hwy 110 que je loupe tous les endroits stratégiques. Coup d’œil lent ce matin. Anesthésiée par la ville. Photographe de pacotille. Reste à y retourner, peut-être.

Rouler sur Melrose Avenue. Des magasins, des restaurants, des coffee shops et du street art. Derrière, des quartiers résidentiels. On s’arrête pratiquement à tous les coins de rue pour photographier du street art. Certaines pièces sont très connues comme les Angels Wings de Colette Miller, le Pink Wall de Paul Smith ou le Rainbow Wall, d’autres beaucoup moins. Certaines ont disparu, remplacées par d’autres peintures. On suit différents guides sur divers blogs. On note les adresses. On en découvre par nous-mêmes. Malgré le bon numéro de rue, il arrive qu’on ne retrouve pas la fresque en question.

Et puis on rentre des couleurs plein les yeux en passant par Beverly Hills.

crnt US|los angeles 4

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:14, coucher 19:44, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 19°C, après-midi 28 ress. 31, soir 21, nuit 19

TRAJET 13/08 /// Pasadena

Un week-end californien à LA. au programme de ce dimanche, le Flea Market de Pasadena.

On quitte la chambre d’hôtel sous la brume, direction Pasadena, le Rose Bowl stadium où a lieu le deuxième dimanche du mois un des plus gigantesque Flea Market du pays. Se garer, marcher jusqu’à l’entrée sous un ciel bleu, soleil mordant, retirer quelques dollars aux bornes et s’apercevoir que les billets d’entrée doivent s’acheter maintenant sur le net. Retour à la voiture pour récupérer le téléphone avec la carte T-Mobile US. Croiser les doigts pour capter du réseau. C’est un flux permanent de gens qui rentrent, leur téléphone à la main présentant le QR code attestant du paiement en règle. Des groupes attendent aussi à l’extérieur, chacun pianote tête baissée sur le clavier de son téléphone. D’autres ressortent déjà des chariots, des sacs bien remplis. Certains se photographient devant l’entrée du Rose Bowl, la rose imprimée sur le mur au-dessus de l’entrée. Enfin, après quelques galères, on obtient le QR code qui va nous permettre de rentrer à l’intérieur de l’enceinte. C’est immense, des stands partout. On arpente le site, allée par allée, durant 4 heures, il fait chaud, on est exténué. Mon cerveau se neutralise.

Croiser une foule parfois compacte parfois moins dense qui chine, fouille dans les piles de vêtements usagés, négocie des prix. Échanger avec des exposants, juste pour le plaisir. Parler espagnol, un peu. Profiter d’un Brumisateur pour se rafraîchir. Boire un ice tea et se passer le gobelet glacé sur les joues. Feuilleter des vieux Avenger. Demander le prix d’un drapeau californien, il n’est pas à vendre.

crnt US|los angeles 3

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:14, coucher 19:45, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 24 ress. 29, soir 20, nuit 19

TRAJET 12/08 /// Hermosa Beach – Anaheim

Un week-end californien à LA. Au programme de ce samedi, plage et bull-riding.

Le road trip est terminé et les quelques jours programmés à Los Angeles sont en partie l’occasion de faire un bilan, certes précoce, mais digne d’intérêt, sur le vécu de cet été californien. Les différents ressentis, les expériences, les désirs assouvis ou refoulés, les rêves restant à l’état de rêve, les loupés. Une autre page restera à écrire, celle qui sera empreinte à la fois du réel, du passé et de ce qui en reste de vérité.

La matinée a bien failli être engloutie par la diffusion de Lady Bird à la TV. La même dont il a été question quelque jours plus tôt à Sacramento, ou plutôt son fantôme. Revoir des images du film agrémente la liste des « choses à faire » en rentrant en France, revoir Lady Bird en fait désormais partie. Anyway diraient les Américains. Pas de voiture dans l’immédiat, on marche vers la plage, on longe le front de mer, ses maisons toutes alignées les unes à côté des autres, on se rapproche de la jetée d’Hermosa Beach. Des piétons nous doublent, des jeunes en rollers ou skate, des vélos aussi. La plage, les life’s guards le regard tourné vers l’océan, le soleil piquant, les parties de beach volley organisées entre amis, une légère brise bienvenue, les peaux bronzées, le vrai cliché californien juste là, dans le cadre.

Un peu moins d’une heure de route est programmée pour rejoindre le Honda Center à Anaheim. Ce soir, c’est la grand-messe des cowboys, c’est une étape du championnat des Professional Bull Riders, PBR. Les énormes pickups se rangent, les uns après les autres, en ordre dans les parkings aux abords du stadium. En descendent des familles entières, des couples, des bandes d’amis. Chapeau et bottes de cowboy, chemise à carreaux, jeans et boucle de ceinturon composent la panoplie du public venu très nombreux. Certains fêtent déjà la soirée avec des bières qu’ils partagent à côté de leur pickup en discutant, riant, parfois bruyamment. A l’entrée ouest du Honda Center des groupes de défenseurs d’animaux, mégaphones à la main, ils interpellent les spectateurs qui attendent de rentrer dans le bâtiment, shame on you répètent-ils en boucle. Il sera nécessaire de revenir sur cette question plus tard. La salle est grandiose, le spectacle aussi, impressionnant. Show à l’américaine, feux d’artifice, présentation des équipes en musique, prière du Rider, hymne national revisité, spectateurs debout, main sur le cœur, commentateurs enthousiastes. La recette est parfaite, bien rodée, aucune fausse note. Dans les box, les participants se préparent chacun leur tour avec minutie, c’est tout un rituel observé grâce aux caméras de proximité et à la projection des images sur les écrans dans la salle, concentration extrême, palpable, corde tressée bien ajustée autour de l’animal nerveux pour 8 secondes d’adrénaline. 8 secondes, le temps d’une respiration, une éternité pour d’autres. Le public est conquis, crie, hurle, siffle, encourage les riders. La porte s’ouvre, les secondes défilent au compteur, trouver son rythme, se maintenir en place grâce au bras en lien avec l’animal, l’autre bras comme le corps en balancement permanent en recherche d’équilibre.

crnt US|los angeles 2

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:12, coucher 19:46, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 21°C, après-midi 26 ress. 31, soir 21, nuit 20

TRAJET 11/08 /// Los Angeles

Temps couvert encore aujourd’hui au lever. On décide tout de même d’aller faire la petite marche pour voir le Hollywood Sign. En même temps, à la TV, la pub annonce le début de la diffusion de Forrest Gump. Tellement envie de le revoir. Départ différé. Pas raisonnable, mais tant pis. Les yeux scotchés à l’écran, scène après scène, deux heures après les premières images, la petite plume, régulièrement présente dans le film, sort de l’écran. Satisfaction. Se souvenir d’avoir vu Forrest Gump pour la première fois ici même à Los Angeles dans une salle de cinéma de Fashion Island à Newport Beach l’année de sa sortie. Depuis, vu et revu plusieurs fois. Se souvenir d’avoir marché dans ses pas l’an passé à Monument Valley. Un arrêt sur le bord de la route, dans la ligne droite, à l’emplacement même où il décide d’arrêter de courir. Se souvenir de ce que momma always said, life was like a box of chocolates, you never know what you’re gonna get.

Circulation dense sur l’I 110, les voitures avancent lentement. Au loin, la skyline du downtown L.A. sur la gauche, le Coliseum, le stade le plus grand du monde. On glisse le long du downtown par l’ouest avant de prendre la 101 puis de la quitter à hauteur de Cover St. Tourner dans Beachwood Dr. après le feu tricolore. Tout droit, en face, sur le relief se dessine Hollywood Sign. On joue à cache-cache avec les arbres, le relief, il apparaît, il disparaît. La route monte, raide, se resserre, de chaque côté, des résidences construites à flanc de montagne, sur pilotis, dans le vide. On gare la voiture où on peut, le plus près possible en haut de la rue marquée sans issue. Le reste se fera à pied. On croise un groupe de trois jeunes japonaises qui, a un point de vue stratégique, ne cessent de se prendre en photo dans des poses maniérées qui nous font sourire. On ne les croisera pas en redescendant. Maintenant, il fait chaud, le soleil a fait son apparition, un vent léger vient parfois nous rafraîchir dans une courbe du chemin de terre. Les Lettres se méritent. En haut, la vue est magnifique. La ville s’étale jusqu’à se perdre dans la brume au loin. Ses contours deviennent flous, incertains, les buildings du downtown des pièces de Lego, les voitures des processions de fourmis. Le Griffith Observatory semble si près, lui, dans le prolongement de la colline, à gauche. Encore deux, trois photos pour figer le moment, le graver dans sa mémoire pour se souvenir lorsque le Hollywood Sign apparaîtra dans un film, un documentaire, on y est allé, c’était l’été, il faisait beau ce jour-là et la journée était bien avancée.

crnt US|los angeles 1

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:10, coucher 19:48, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 21°C, après-midi 26 ress. 29, soir 21, nuit 20

TRAJET 10/08 /// Los Angeles – San Clemente – Los Angeles

Journée qui s’annonce nuageuse. Le wifi fonctionne mal à l’hôtel ce qui ne facilite pas le traitement des photos, les posts IG et la mise en ligne des articles sur le blog. Au lever, prendre le temps de planifier les prochains jours, de projeter une lisibilité jamais atteinte sur une ville inépuisable. Tellement sillonné la ville dans tous les sens depuis plusieurs décennies et pas encore arrivée au bout de ce qu’elle est, de ce qu’elle représente, toujours des lieux où revenir, des quartiers délaissés qui méritent le détour du voyageur qui a déjà arpenté tous les grands classiques. Des heures de route sur les Hwy, longs rubans urbains de deux fois 6 voies, surchargés de véhicules qui tracent leur route au-delà des 65 mph, inimaginable dans les années 90. Les Hwy, ces artères surdimensionnées, toiles d’araignée indispensables aux déplacements dans la ville. La moindre sortie prend minimum une heure de route aller. Le temps ici se calcule au rythme des distances à parcourir et même la car pool (nécessité d’être plus de 2 dans un véhicule) n’est pas toujours d’une grande aide. On roule direction Sud sur la Hwy 405 maintes fois empruntée. Les panneaux de signalisation défilent, indiquent les numéros de sortie dans le coin droit, écriture blanche sur fond vert, et signalent les noms de rues, avenues, boulevards sur lequel on va se retrouver. Le bruit du frottement des roues sur les plaques bétonnées souvent striées fait un bruit sourd et particulier rappelant celui du train.

On arrive à San Clemente, Exit 75 sur l’Interstate freeway 5. Direction le bord du Pacifique, la jetée. Il fait doux, une vingtaine de degrés. Flâner, commander un fish & chips, visiter les hauteurs de la ville. Rien de particulier, une petite ville balnéaire au bord de l’eau. Vie paisible, pêche sur la jetée, surf, baignade, promenade sur le front de mer.

Jetée de San Clemente
Life guards
Plage à San Clemente

Au retour, on s’arrête au Mall South Coast Plaza à Costa Mesa le long de l’I 405. Des images me reviennent d’un temps révolu. Aujourd’hui, peu de monde, parkings si démesurément immenses qu’ils semblent vides, les allées du Mall, désertes même en plein après-midi, musique de fond indéfinissable, climatisation qui pourrait représenter le seul prétexte valable à avancer pour rentrer dans ces bâtiments. Il y a comme quelque chose de pathétique qui se dégage de ce moment, des âmes qui errent au milieu des magasins vides, parfois fermés, avec un petit paquet au bout des doigts, manière de ne pas rentrer les mains vides. J’ai l’impression de revivre une scène de Breaking Bad lorsque Saul Goodman, contraint de changer d’identité, se retrouve derrière un comptoir à vendre des pâtisseries dans un centre commercial à Omaha dans le Nebraska. Tous les centres commerciaux se ressemblent et lorsque je sors, je réalise que je n’ai pas rencontré la star de la série, mais que je suis bien en Californie.

Mall South Coast Plaza à Costa Mesa
Retour

Trajet : Hermosa Beach – San Clemente – Hermosa Beach

crnt US|santa barbara – los angeles

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:07, coucher 20:03, lune gibbeuse décroissante /// prévision météo Santa Barbara : matin 18°C, après-midi 21 ress. 26, soir 18, nuit 17

TRAJET 09/08 /// Santa Barbara-Los Angeles, Hermosa Beach

Une fin de matinée à sillonner les rues de Santa Barbara, à pied, en voiture, à la recherche de librairies d’occasion. Pendant ce temps, la couche nuageuse se dissipe. Sur State Street, les piétons vaquent à leurs occupations quotidiennes. Je rentre dans une première librairie, en face de la bibliothèque municipale, livres neufs et d’occasion se côtoient. Je flâne, m’imprègne de son ambiance, c’est calme, peu de monde, la voix du libraire est douce. Je ressors avec deux petits livres, un de Patty Smith que je n’avais pas encore en version originale et le dernier texte écrit par Sam Shepard. La deuxième librairie, Mesa Bookstore, se situe sur Cliff Dr. Un cagibi de 6 m2 environ, des livres partout empilés sur des étagères, une chaise, le sol. Le libraire, assis au fond derrière un étroit bureau encombré de plusieurs piles de livres, discute avec un client. Il me demande si j’ai besoin d’aide et avec une pointe d’humour me conseille de ne pas me perdre dans toute cette immensité. Beaucoup de livres policiers en fait, assez chers pour de l’occasion. Je comprends que le client, coincé entre le libraire et la porte de sortie, est natif de Boston où il vivait plus jeune, mais le climat est plus plaisant ici. L’espace de quelques secondes, mon esprit s’échappe en Nouvelle Angleterre, j’aime bien Boston, remonter en voiture vers le Maine en automne, au moment où la forêt s’embrase de couleurs magnifiques. Ils échangent sur des émissions TV qu’ils qualifient de mauvaise qualité, je ne les connais pas. Le tour étant rapide, je remercie, ressors, tourne le coin de la rue et rejoins le parking derrière le bâtiment où la voiture est garée. Je m’aperçois que je n’ai même pas pris de photos ni du dedans ni du dehors de la librairie. On quitte le quartier de West Mesa en traversant Alta Mesa, le GPS propose la route 1 pour rejoindre le downtown. En haut de State St, on achète une glace. Il est maintenant l’heure de descendre sur LA.

Après la circulation intense de la 101, on prend la 23, elle sillonne à traverser la montagne pour rejoindre la PCH au niveau de Malibu, avant Point Dume. À Santa Monica, la circulation devient plus dense, c’est la fin de l’après-midi et au fur et à mesure de l’augmentation des points de ralentissement, l’heure d’arrivée à l’hôtel augmente. On passe à côté de Venice Beach, Marina del Rey, très encombré. En bout de piste de l’aéroport international de LAX, les avions décollent dans un rythme régulier, entament la plupart du temps un virage au-dessus de l’océan et poursuive la montée jusqu’à atteindre l’altitude de croisière. Après Manhattan Beach, on est presque arrivé.

Trajet : Santa Barbara – Ventura – Thousand Oaks – Western Malibu – Malibu – Pacific Palisade – Santa Monica – Venice – Marina del Rey – Manhattan Beach – Hermosa Beach

crnt US|lindsay-santa barbara

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:09, coucher 19:56, lune dernier quartier /// prévision météo Lindsay : matin 26°C, après-midi 37 ress. 35, soir 32, nuit 23

TRAJET 08/08 /// Lindsay-Santa Barbara

Une chaleur sèche, brûlante, me saisit dès que j’ouvre la porte de la chambre du motel. Quand on quitte Lindsay en fin de matinée, il fait déjà 96°F. Impossible ne pas faire fonctionner la climatisation dans la voiture. De chaque côté de la Hwy 65, des champs de mandariniers à perte de vue. Sur un panneau publicitaire, une entreprise locale signale qu’elle travaille pour les jus de fruits Sunkist. À mi-chemin de Bekersfield, on passe sur une route à deux voies, à droite c’est vert, les champs de fruitiers, à gauche, c’est jaune, les herbes sauvages, la terre aride. Devant nous trois camions, ils mènent la file de voitures à 55 mph. Du temps devant moi. Observer le paysage, prendre quelques notes, des photos. Sur la gauche, un homme, 4×4 arrêté dans l’allée de son ranch, cadenasse les portes en fer surmontées du nom de la propriété avant de poursuivre sa route. Au loin des champs de derricks, ça pompe, ça pompe. On approche de Bekersfield.

Lindsay
Berkersfield – Nord

Bekersfield. Une ville plate, aux larges avenues, étendue sur un sol aux ressources pétrolifères. Sortir de la voiture, 101°F. Photographier le magnifique Fox Theater ouvert en 1930 au 2091 H St nécessite quelques efforts de résistance à la chaleur. Je me traîne le long de la rue à la recherche d’un filet d’air, recherche l’ombre d’un bâtiment pour prendre des photos. Je ne regarde même pas le résultat sur le petit écran, mettre mes lunettes de vue me demande trop d’efforts. On avisera plus tard, au frais. Dans le quartier, personne dans les rues excepté cet homme assis à l’abri du soleil, attablé devant un minuscule fast-food de l’autre côté du Fox Theater, il mange avec méthode et application un burger cuisiné par ses soins. On rentre dans un vieux magasin de guitares par curiosité et pour profiter de la climatisation qui s’avère être plutôt un ventilateur qui ne fait que brasser de l’air chaud. On fait le tour. Au mur, deux vieilles guitares attirent notre attention, le vendeur, aussi antique que sa boutique nous précise que ces guitares ont été fabriquées par un musicien dont j’ai oublié le nom, une célébrité locale, mort il n’y a pas si longtemps. Sa photo est encadrée un peu plus loin sur un mur.

Bakersfield – Fox Theater

Reprendre la route vers Santa Barbara, retrouver le Pacifique, un peu de fraîcheur le soir venu. Los Angeles, ce sera pour demain. Fin de la 99. Elle rejoint l’Interstate 5 au sud de Bekersfield juste avant de grimper dans le relief vallonné, puis montagneux. Cette artère de 2 fois 4 voies, on la quitte à Castaic Junction, au nord de Santa Clarita, pour prendre la 126 West. Le temps jusque-là magnifique devient brumeux sur les crêtes à l’horizon. Ventura et droit devant, le Pacifique.

Trajet : Lindsay – Porterville – Bekersfield – Caustic Junction – Ventura – Santa Barbara

crnt US|mariposa-lindsay

[les carnets de route ailleurs là-bas]

éphémérides : lever du soleil 06:07, coucher 20:03, lune gibbeuse décroissante /// prévision météo Mariposa : matin 16°C, après-midi 25 ress. 23, soir 17, nuit 9

TRAJET 07/08 /// Mariposa-Lindsay

On quitte les hauteurs de Mariposa, paysage vallonné, grandes étendues de prairies, quelques arbres, les herbes hautes jaunies par le soleil, la chaleur. Descendre vers Fresno par la 140. Enfilades de boîtes aux lettres sur le bord de la route, au loin des ranchs, des troupeaux de vaches, des chevaux, peu. Pas d’arrêt sur la route, on trace. Je prends des photos à la va vite avec mon portable de la voiture. La route défile. On rejoint la Hwy 99, tracé rectiligne. J’en profite pour trier les photos déjà prises et commencer à écrire sur le WordPress. A Fresno, direction East sur la 180, vers les montagnes, jusqu’à l’entrée de Sequoia Park. À la radio, Kenny Rogers chante Coward Of The Country. Ambiance western. En plein milieu d’un champ, au milieu de rien, planté dans la terre sèche, un drapeau américain flotte dans le vent.

Le Grand au coin de Jefferson St et Santa Fe Ave
Le Grand – Jefferson St
Le Grand – Jefferson St
Squaw Valley

La 180 grimpe dans la montagne. 2000 feet , 3000 feet au niveau du panneau indicateur de l’altitude Sur le bord de la route, une station-service, des motels de petite capacité, à peine une dizaine de chambres. La route serpente sur le flanc de la montagne et surplombe la vallée. 5000 feet , 74°F. A 150 mètres de l’entrée du parc, une file de voitures attend pour valider le pass de la journée. Passé le virage, j’aperçois la guérite du ranger, peu d’attente.

On rentre dans le Park par le Big Strump à l’Ouest et, avant de descendre la Generals Highway, on effleure la Kings Canyon Scenic Byway qu’on n’aura pas le temps de suivre jusqu’au bout, pour aller voir le General Grant Tree. On évitera le parking à proximité, on préférera la marche depuis le visiter Center. A la radio, The Rose de Bette Midller. Sequoia Park est riche d’arbres gigantesques. On sera ébloui par le General Sherman Tree, deux fois millénaire. Un monstre de beauté qui s’élance dans le ciel à plus de 80 mètres. Autour, ce ne sont que des spécimens aussi immenses les uns que les autres. Minuscule auprès d’eux, je pose mes mains sur un tronc. Fermer les yeux et l’odeur chaude de l’essence des arbres et de la résine me chatouille le nez. Ressentir la vie intérieure, impossible, imaginer le vécu de ces arbres, impossible, écouter les branches craquer, si peu, mais le remercier d’être là, présent au monde pour nous offrir ce temps de recueillement ou même sa naissance nous semble inimaginable dans un temps si lointain. Profiter aujourd’hui de cette richesse que la nature nous offre et la chérir, la préserver le plus possible des menaces quotidiennes. La route sillonne parfois au travers d’un paysage où domine désolation, des cimetières d’arbres rongés et carbonisés par les flammes des feux qui sévissent régulièrement dans toute la Californie. Il s’agit là de protéger une forme de mémoire du monde dont nous n’avons pas toujours conscience. Alors, les mains toujours posées sur le tronc de ce géant des forêts de séquoias, je remercie avec simplicité.

General Grant Tree
General Grant Tree
Impossible de rendre compte de la grandeur de ces géants en photo. Ici General Sherman Tree
General Sherman Tree
General Sherman Tree

Nous avons passé plus de temps que prévu pour traverser ce parc, il en valait la peine. La descente de la Generals Hwy après Moro Rock et Crescent Meadow par la 198 est longue. On est rentré dans la chambre du Motel 8 à Lindsay la nuit déjà bien installée à 21 heures, épuisés mais des paillettes plein les yeux.

Moro Rock
La surprise de fin de journée…

Trajet : Mariposa – Fresno – Big Stump Entrance – Sequoia Park Generals Hwy – Three River – Lake Kaweah – Exeter – Lindsay