Je poursuis cette promenade hebdomadaire à l’aveugle, sans trop savoir où elle me conduit, entravée entre deux espaces, celui des routes interminables tournées vers l’Ouest et celui du présent tel qu’il s’enchaîne devant moi. Je picore ces moments livrés par la vie, les fige comme ils se présentent, comme ils s’offrent à moi dans une authenticité désarmante et je les transcris dans le vif de la matière, sans retouche parce qu’il y a des instants croisés aussi intimes soient-ils qui méritent le regard que l’on pose sur eux.
Il y a aussi cet espace et ce temps inscrits dans le tumulte des jours. Ce parcours de 15 minutes dans le tram D emprunté trois fois par semaine, un sas où tout se joue. Ecrire, lire, observer? Faire un choix. Le siège sur lequel je suis assise devient mon bureau éphémère, mon téléphone un outil d’écriture.
Là -bas – Comment rappeler à soi les sensations que procurent la route, les images accrochées à la mémoire devenue friable, les existences croisées et les mots saisis sur le vif? Se replonger dans les notes, les photos, refaire le chemin encore et encore. Celui qui mène à sa propre vérité, son propre regard sur le monde.
Ici – Ce matin, dans le jour naissant, j’ai croisé le petit homme à la casquette blanche, tout de clair vêtu. Il portait un bermuda. Nous nous sommes dit bonjour lorsque notre trajectoire s’est rejointe. Je marchais d’un pas soutenu, pas envie de manquer le tram. Le ciel se teinte de jaune, le nuage de sable est toujours présent et crée une ambiance surréaliste dans la ville. Il fait déjà plus de 20 degrés et je redoute une nouvelle journée prévue à 36-38 degrés. Place de la Bourse, la femme brune toute menue descend devant moi pour se rendre d’un pas énergique au CCI. Elle rentre par la grande porte blanche après avoir tapé un code sur un clavier. La traversée du fleuve, paisible, et de l’autre côté, une fois sur le quai Yves Parlier, s’arrêter et observer le soleil qui fusionne avec les vitres des hôtels particuliers.
Et cette maison familiale depuis des années vendue qui revient régulièrement me hanter en boucle. Celle qui m’a recueillie pour ma première venue en France quelques semaines après ma naissance et les années qui ont suivi. Mes souvenirs y sont toujours inscrits dans les murs, je le sens. Quelque chose vibre encore derrière les volets clos. Je reçois les photos de M., ma fille aînée, avec tendresse. Elles ont été prises le week-end dernier. Il semblerait que le virus soit transmis ou du moins, qu’un intérêt soit éveillé.
regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit
[jrnl|temps passé]
Il y a quinze jours on rentrait en France et aujourd’hui je me demande combien de temps va durer cet état mental flottant qui consiste à évoluer dans un espace d’entre-deux, ici, pas ici, encore là-bas, mais physiquement de ce côté-ci de l’océan Atlantique. J’ai encore laissé en retrait des morceaux de moi-même sur cette terre impitoyable. Et cette sensation que l’histoire n’est toujours pas terminée, que le chapitre est loin de l’être. Au fond de moi, la certitude d’y retourner, l’espoir de poursuivre l’aventure. Les souvenirs proches, ceux d’hier, se mêlent au présent, brouillent les pistes, ralentissent le temps. Je me demande comment encore exister dans cette dimension sans perdre espoir.
Il fait encore nuit lorsque je ferme la porte de la maison, et sur le trajet en allant vers le tram D le ciel s’éclaircit peu à peu. Les trottoirs sont toujours aussi défoncés. Je croise une personne, avenue du 8 mai 1945, ce n’est pas le petit homme à la casquette blanche, il ne dit pas bonjour. Ici, on ne dit pas bonjour quand on se croise dans la rue, chacun garde ses distances. L’indifférence dérange, développe la gêne. La chaussée est mouillée, le ciel bas et couvert. Je prends le tram de 7:02, j’arriverai un peu tôt pour prendre le bateau, tant pis, je profiterai de la ville au lever de soleil. Dans la dernière rame du tram, des femmes discutent entre elles, des mots s’échappent de partout dans ce petit volume, impudiques, des bribes de vie – il fera ce qu’il veut.. mais il est tout petit le magasin… c’est Julie… la question ne se pose pas, il n’ira pas… elle n’acceptera pas… elle a envie d’avoir un enfant, ça tombe bien. Aux Quinconces, je décide de descendre malgré quelques gouttes de pluie, petites perles transparentes sur les vitres du tram. Je fais un détour par la place de la Comédie, j’ai du temps. Et puis, revoir Sanna, lui dire à demi-mot que j’ai croisé une de ses versions en Californie, qu’elle était belle aussi, plus petite et de marbre vêtue. C’était émouvant. Faire cette connexion, ce rapprochement, transmettre un message improbable. A l’entrée du parking Jean Jaurès, toujours le même SDF qui dort enroulé dans une couverture. Le jour s’est maintenant levé. Il n’y a personne sur les quais, seuls des agents de nettoyage, quelques vélos. Le BatCub arrive. Revoir le fleuve, l’approcher, naviguer 4 minutes sur ses eaux boueuses, me réconcilier peu à peu avec la vie qui reprend ici.
Sanna
Sortir à l’heure ou presque. Se dire d’être plus rigoureuse cette année sur le temps de travail. Éviter l’affluence dans les transports en commun. Place de la Bourse, des groupes flânent, des passants traversent dans tous les sens. Un rayon de soleil se glisse entre deux nuages et la chaleur monte dans le tram D. A côté de moi, un homme ne cesse de bâiller, un autre se cure le nez. Un SDF est monté à l’arrêt précédent, une odeur forte se diffuse dans la rame, insupportable, personne ne bouge. La jeune femme au JOT framboise entre dans le tram à l’arrêt Quinconces. Je ne l’avais jamais vu sur un trajet retour. Pas de sac déjeuner. Peut-être est-elle en congé.
7:05, les lampadaires s’éteignent. En passant dans la rue de la République, la porte d’entrée de la petite dame âgée était ouverte et, à travers la vitre, j’ai entraperçu l’aide-soignante qui vient tous les jours aux environs de 7:00, elle lui parlait d’une voix douce, rassurante. De loin, j’ai vu le tram D de 7:02 imprimer son image au bout de l’avenue du 8 mai 1945. A l’arrêt du tram, le quai se remplit peu à peu. Je reconnais quelques habitués, notamment une femme qui vient en trottinette. Je m’assois en face de la fille au JOT framboise. Pas très bavarde, mutique même. Apparemment, je semble la déranger, elle replie ses jambes qu’elle avait étalées vers son siège. A son annulaire gauche, je remarque une chevalière en argent. Entre-temps, le jour s’est levé. L’ambiance est calme, les collégiens et lycéens n’ont pas encore repris dans les établissements scolaires. Le fleuve est haut, les grandes marées arrivent. Le BatCub pour Lormont vient de quitter le quai. Celui que j’attends traverse la Garonne. Le banquier est arrivé avant moi. Du tram, j’avais aperçu sa silhouette, son attaché-case au bout des doigts. Comme à son habitude depuis 2 ans que je fais ce trajet, il desserre à peine la bouche pour laisser s’échapper un imperceptible bonjour. Son visage est constamment fermé, un pli marque la peau au-dessus de l’arête du nez, l’inquiétude. En descendant, il se dirigera droit vers l’entrée de la Banque Populaire, sans se retourner, d’une allure robotique.
Le sol est mouillé, il a dû pleuvoir cette nuit. Rien entendu. Je pars tard ce matin, ne sais pas si j’aurai le tram habituel. Sur le chemin, les lampadaires s’éteignent comme par magie. Dans le tram, que j’ai pu avoir à temps, la fille au JOT framboise fait toujours la tête. Je m’assois en face d’elle. Ça semble la déranger. Pas un regard, pas un sourire. Le visage fermé, le regard dans le vide. Je sais qu’elle descendra à Porte de Bourgogne et qu’elle prendra le tram C , mais je ne sais pas jusqu’où. Je me dirige vers l’arrêt du BatCub par les allées des jardins. Mon pied bute contre un morceau de verre et l’envoie valdinguer plus loin. Pratiquement que des joggers en front de fleuve. Les eaux sont hautes, les grandes marées sont annoncées pour ce week-end. La marée poursuit sa montée, beaucoup de courant, le BatCub est presque au niveau du quai. J’échange quelques mots avec la conductrice. Elle me confirme que les grandes marées arrivent et que, fait rare, il y a deux pleines lunes dans le mois. Le bateau tangue légèrement. A l’Est, les nuages rosissent. Avant d’arriver à l’entrée du Jardin botanique, je longe un mur, toujours cette double porte au bois peint en bleu, d’un bleu passé qui contraste avec le vert de la vigne vierge. Toujours ce désir de la prendre en photo. Depuis le retour, sensation que les gens sont tristes, regard fuyant, ambiance pesante.
regard du dedans, vie au dehors | le temps enroulé à l’infini et le jour ressemble à la nuit c’est ici que tout commence ou recommence là où l’histoire se dit
[jrnl|temps passé]
Le retour. On est là sans être là. On dort le jour. On vit la nuit. Tout est décalé. Chez soi n’est plus tout à fait chez soi, il faut se réapproprier la place. On est encore ailleurs, pas encore ici. Le retour, c’est comme mettre à distance ce qui vient d’exister. On y croit plus vraiment, était-ce bien réel? Un balancement entre rêve et réalité. Rêve. Réalité. Des images me reviennent. Le souvenir, déjà. Je regarde les photos. Oui, c’est bien ça, plus de doute sur l’existence des dernières semaines. Le jet lag bouscule le corps meurtri par la violence d’un vol de nuit. Aucune concentration possible pendant quelques jours. Le brouillard, comme celui des bords du Pacifique, comme s’il œuvrait encore pour faire le lien, pour ne pas oublier, pour dire que c’était bien vrai. On y était.
En milieu de semaine, renouer pour deux, trois heures avec la ville, ma ville. Les habitudes. 14 heures, je sors de la maison, l’air est à peine respirable. A l’Est, ciel bleu à l’Ouest une couverture nuageuse se répand poussée par le vent d’altitude et je n’ai pas tourné le coin de la rue que le soleil disparait. Personne dans les rues, deux trois passagers à l’arrêt du tram. Je dégouline de sueur. Je m’hydrate comme je peux, gourde d’eau fraîche, vaporisateur, éventail, rien n’y fait. Quelques voitures arpentent les rues. Les volets des maisons sont complètement tirés. Monter dans le tram après plusieurs semaines « d’ailleurs ». A peine perceptible, l’air conditionné fait du bien. S’arrêter deux arrêts avant les quais, se rendre au rendez-vous qu’on ne pouvait pas repousser malgré les fortes chaleurs. Tout me semble irréel. Projetée là dans la ville. Les arrêts ne bougent pas. Les gens si peu. Plutôt une population de vacanciers assommés par la canicule. Dans le tram, s’assoir côté opposé au soleil. Les 10 mn de trajet me semblent une éternité. Puis longer les trottoirs à l’ombre, de préférence. Croiser un couple avec deux jeunes enfants, je capte quelques mots prononcés dans une langue familière, de l’anglais américain. Je souris, ça fait du bien. 14:38, je rentre sous le porche au 68 de la rue P et prends l’ascenseur jusqu’au 3ème étage. A l’ouverture des portes, une fraîcheur bienfaitrice m’enveloppe. Derrière le plexiglass, l’assistante médicale m’enregistre machinalement, reste aimable ce qu’il faut.
Rentrer sans avoir vu les quais, le fleuve, les pierres blondes du cœur de la ville. Il fait tellement chaud. Dans le tram D, pratiquement en face de moi, une jeune fille toute de rose vêtue, T-shirt Nike et baskets. Une Barbie potentielle ! Sourcils tracés au crayon, mascara sur les cils pour mettre en valeur ses beaux yeux gris bleu, peau lisse enduite de fond de teint, joues roses. C’est Magdeleine, un pendentif à son cou l’indique. Par-dessus ce dernier, une croix. En face, sa mère, coupe au carré, raie au milieu comme elle. L’une blonde décolorée, l’autre blonde naturelle. Et ce souvenir qui me revient, celui d’avoir cherché la maison de Barbie à Malibu le mois dernier. Quelques recherches sur Safari, puis sur Google Maps et le tour était joué. C’était sans compter la route privée qui monte jusqu’à la propriété. Oublier cet arrêt infructueux et attendre son tour sur Airbnb pour réserver, ou pas ! Je reviens au temps présent, mon arrêt se profile au loin. Le thermomètre frôle les 40 degrés, la température ressentie les dépasse. Ce sont les joues en feu, le regard hagard que je passe le pas de la porte. Enfin de la fraîcheur, toute relative toutefois.
Malibu 2023 Quand l’Amérique nous rattrape !
Les jours passent. Calfeutrée à la maison à tenter de retrouver un rythme jour/nuit décent malgré la fournaise au dehors, à marcher dans la maison sur ses propres pas, ceux d’avant, les réapprendre, à écouter les bruits du dedans, du dehors redevenir familiers, le chauffe-eau qui s’allume dans le garage, le carillon qui chante dans le vent, le lave-vaisselle qui s’enclenche, une porte qui claque chez les voisins, la rue la nuit, les lampadaires qui s’éteignent à 1 heure, le passage des voitures qui se raréfie, les chats qui guettent derrière la vitre.
éphémérides : lever du soleil 06:17, coucher 19:39, nouvelle lune /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 30 ress. 34, soir 22, nuit 18
TRAJET 18/08 /// Time to go back home
Dernier check out d’hôtel et dans les valises de quoi nourrir les semaines à venir avec ce qu’on a pu voir, traverser et ressentir durant ce road trip californien. Le temps viendra du bilan. Refaire la route dans la tête, par bribes, étape par étape, se souvenir des détails en relisant les écrits, en les réécrivant, trier les photos gardiennes du déroulé du film. Garder une trace de ces moments précieux, marques indélébiles du souvenir, de ce goût unique et particulier du voyage, cette invite à recommencer, à repartir vers une autre destination, une autre aventure.
La brume est toujours au rendez-vous ce vendredi matin, égale à elle-même depuis notre arrivée sur les bords du Pacifique. Les quelques miles qui nous séparent de l’aéroport dévoileront certainement un beau ciel bleu dans lequel nous nous envolerons. Pour le moment, un dernier passage au diner du coin. Demain, on sera loin d’ici et ce moment apparaîtra comme un mirage. On parle déjà de revenir, ça donne du courage, un objectif pour traverser l’année à venir plus sereinement.
La route vers l’aéroport se fait sous le soleil. On l’avait pressenti. Ce beau ciel bleu nous nargue. Remonter Aviation Blvd jusqu’au loueur de voiture, un pincement au cœur. Rien de transcendant sur ce parcours. Comme un paysage de coulisse, des usines, du rien. En approche de l’aéroport de LAX les avions se posent les uns derrière les autres dans un bruit de soufflerie impressionnant. Le loueur de voiture est juste en dessous de ce couloir. Les clés déposées dans la voiture, le check out terminé, le bus à l’enseigne du loueur attend dehors. Il va nous déposer au terminal de départ.
I
Ici, le temps se distend, l’enregistrement des bagages effectué, les filtres de police et de sécurité passés, l’attente commence en salle d’embarquement 204. L’avion arrive, toute la logistique s’affaire autour. Les passagers débarquent. Nous ne les verrons pas. La salle d’embarquement se remplit peu à peu et autour ça parle de plus en plus français, ça devient de plus en plus bruyant. L’embarquement ne va pas tarder.
éphémérides : lever du soleil 06:17, coucher 19:39, nouvelle lune /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 30 ress. 34, soir 22, nuit 18
TRAJET 17/08 /// Venice
De tout le séjour à Hermosa Beach, les entrées maritimes ont toujours été présentes au lever, souvent au coucher. Je n’avais pas gardé ce souvenir de la côte Pacifique en été. Aujourd’hui à midi, il ne fait que 67°F, la brume ne s’est pas encore levée. En roulant vers Venice, mon esprit s’évade. Penser que la partie road-trip ne ressemble en rien à un séjour citadin. Suivre la route sur un trajet établi d’un point à un autre sur plusieurs jours, plusieurs semaines, est si différent des déplacements que l’on peut faire en journée avec pour base le même hôtel ou motel. J’aime la route, le mouvement quotidien et cet espoir permanent qui guide étape après étape nos espérances vers un point à atteindre. On longe la plage pour rejoindre les canaux de Venice. Les bouées rouges de sauvetage accrochées en évidence sur les postes de secourisme attestent de la présence des life’s guards. Peu de monde sur le sable.
On passe le début de l’après-midi à marcher le long des canaux. Le soleil apparait, un peu. Beaucoup de maisons semblent vides, d’autres sont en restauration, certaines ont été détruites par un incendie. Ici, un homme scie du bois. Il répare un plancher. A l’intérieur de la maison, un homme, plus âgé, assis dans un canapé, lit un journal. Tout est silencieux. Passer son chemin. D’une fenêtre ouverte, s’échappe le son d’une émission télévisée. Et puis, il y a cet homme d’un certain âge qui passe devant nous dans une Cadillac décapotable marron en écoutant à fond Franck Sinatra, Stranger in the night. Il rentre dans la contre-allée, puis tourne à droite, dans son parking personnel. Etonnant. Plus loin, à l’intérieur d’un garage, on peut voir un vieux canapé, du bois qui servira pour fabriquer des meubles, des packs d’eau empilés les uns sur les autres. Par terre des feuilles séchées comme un clin d’œil à la saison à venir.
Et puis cette photo d’une femme au coin d’une vitre, un nom qui sonne comme chez nous, Joëlle Dumas, et une date, 1949-2022. Sur une autre vitre, une plaque avec une inscription en français. Focalisée sur le nom et le visage de cette femme, je n’avais pas réalisé qu’elle était écrite en français, Chien bien élevé (méfiez-vous quand même). Mon imagination s’emballe sur ce qu’a pu être les 73 ans de vie de Joëlle. Pourquoi cette photo à la vue de tous les passants ? Qui reste dans cette maison tournée vers un canal en plein Venice, USA?
Plus tard, on s’arrêtera à Venice Beach pour sa démesure, son style déjanté, indéfectible, son street art, sa célèbre enseigne, son skatepark, sa piste cyclable. Sur la promenade, toujours les mêmes têtes d’année en année, comme cet homme qui, encore aujourd’hui, joue de la guitare sans ses patins à roulettes, volés il y a quelques temps.
On terminera la journée à Abbott Kinney Blvd célèbre pour ses boutiques chics, ses restaurants, ses galeries d’art, son street art.
éphémérides : lever du soleil 06:16, coucher 19:40, nouvelle lune /// prévision météo Los Angeles : matin 19°C, après-midi 30 ress. 34, soir 23, nuit 20
TRAJET 16/08 /// Quartier Miracle Mile
Commencer la journée à l’Ocean Diner à Hermosa Beach. Au menu 2-2-3, two eggs, four pieces of French toast and three pieces of bacon, café à volonté. Musique de fond, style crooner jazzy old fashion. Rideaux à carreaux rouge aux fenêtres. Tables en Formica. Les serveurs, d’origine espagnole, sont discrets, souriants, prévenants. On prend notre temps, on apprécie le moment.
La brume court encore dans le ciel lorsqu’on quitte Hermosa Beach pour la journée. Plus loin sur la route, le ciel devient bleu, mais au Nord, de gros nuages blancs montent. On cale le GPS en se demandant si le programme du jour pourra se maintenir. On remonte La Cienega Blvd, on traverse des champs de puits de pétrole actifs en pleine ville. Retour vers le Miracle Mile sur le Wilshire Blvd, un quartier commerçant, anciennement huppé, envahi à présent par les musées. C’est ici que nous avons décidé de passer quelques heures, au Petersen Automotive Museum. Une pépite. Des courbes magnifiques, des carrosseries impeccables, une présentation de chaque pièce irréprochable. On y passe l’après-midi. Des voitures célèbres qui ont marqué le petit et le grand écran quelques décennies en arrière sont là, exposées devant nous. Des souvenirs remontent et tout particulièrement ceux liés à la série télévisée Starsky et Hutch avec la célèbre Ford Torino rouge, le dessin animé Scoubidou, le film Retour vers le Futur ou Batman.
En sortant, poursuivre la route sur la Fairfax Ave, s’arrêter à The Original Farmers Market pour flâner dans les allées. Ambiance de fin de journée, décontractée. Commander un plat de pâtes au comptoir du Pasta Corner, s’installer en face sur une table dans le West Patio, les déguster. Faire des plans pour le prochain road trip, peut-être.
The Original Farmers Market
Hwy 110 south, encombrée. On rentre à l’hôtel. C’est le moment de la journée où le soleil s’est déjà couché mais la nuit ne s’est pas encore installée. Autour de nous, dans la lumière du soir, têtes de palmiers partout en ombre chinoise.
éphémérides : lever du soleil 06:14, coucher 19:44, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 28 ress. 33, soir 22, nuit 19
TRAJET 15/08 /// Downtown L.A.
Quand on est arrivé en juillet, il y avait ces affiches publicitaires invitant à venir voir l’exposition Keith Haring, Art Is for Everybody. On s’était dit qu’on irait dès notre retour à Los Angeles. Les billets achetés sur le net, il est temps de s’y rendre. C’est le jour. Revisiter l’œuvre de cet artiste, se replonger dans les années 80 avec autant de pièces à disposition était une opportunité à ne pas négliger. De la couleur explosive, des formes provocatrices pour revendiquer, s’opposer, défendre les questions préoccupantes de l’époque comme la guerre froide, l’apartheid, le sida, la technologie et la société de consommation. Tout un programme à revisiter dans les 10 salles prévues à cet effet. Et en sortant, une multitude de questions qui nous replongent dans cette époque.
Avec Madonna ´Hommage à Jean Michel Basquiat – détail Hommage à Andy Warhold – détails
Et puis, il y avait cet homme en bermuda, baskets et casquette blanches, aperçu dans la pièce rose, qui n’arrêtait pas de prendre des photos de chaque toile, sculpture, n’hésitant pas à emmagasiner plusieurs clichés de chaque œuvre avec son smartphone. Se pencher, prendre du recul, explorer de près, revenir sur ses pas, regarder à nouveau. Impressionnant. Il se déplaçait de l’une à l’autre et clic et clic et clic. À la suivante. On l’a croisé une dernière fois à la sortie, il prenait encore une photo, plusieurs en fait, avec son téléphone.
Se rendre au Broad Museum, c’est aussi l’occasion de passer du temps dans le Downtown L.A. qu’on avait toujours effleuré avec la Hwy 110 ou 10 ou 101, mais jamais vraiment traversé. Un autre visage de la ville, un univers de quelques gratte-ciel qui rappelle l’ambiance new-yorkaise. Se souvenir qu’une scène de Blade Runner avait été tournée au Bradbury Building sur South Broadway. Découvrir en face le Million Dollar Theater et aller manger une glace au Grand Central Market. Terminer avec un passage au Last Bookstore, pour voir, pour flâner et tomber sur les Chronicles de Bob Dylan en occasion, 8$, l’acheter. Revenir au parking en empruntant le funiculaire, le Angels Flight Railways qui grimpe à côté de l’escalier aux 804 marches.
Bradbury BuildingThe Last Bookstore Angels Flight Railway
Rentrer de nuit après avoir assisté à un match de baseball, L.A. Dodgers vs Milwaukee Brewers. Voir au travers des vitres des fast-foods les salles vides aux éclairages froids, impersonnels. Enseignes allumées au-dessus des stations-service. Peu de voitures dans les rues. On devine dans certaines résidences les habitants, tels des ombres chinoises, aller et venir d’une pièce à l’autre avant d’aller dormir.
éphémérides : lever du soleil 06:14, coucher 19:44, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 28 ress. 33, soir 22, nuit 19
TRAJET 14/08 /// Melrose Avenue – Street Art
On s’installe peu à peu dans la ville, son immensité devient familière, ses Hwy à 5, 6, 7, 8 voies de front, même chose dans l’autre sens, ses échangeurs à différents niveaux, son béton. Ça tourne, ça se croise, ça file au loin. C’est plat, c’est vaste, sous le soleil tout s’organise au rythme des temps forts de la journée. L’Interstate 110 Nord, on y revient toujours comme un leitmotiv connu. Elle traverse Los Angeles du Nord au Sud de Long Beach à Pasadena en passant par le Downtown L.A. Tellement envie de la photographier cette Hwy 110 que je loupe tous les endroits stratégiques. Coup d’œil lent ce matin. Anesthésiée par la ville. Photographe de pacotille. Reste à y retourner, peut-être.
Rouler sur Melrose Avenue. Des magasins, des restaurants, des coffee shops et du street art. Derrière, des quartiers résidentiels. On s’arrête pratiquement à tous les coins de rue pour photographier du street art. Certaines pièces sont très connues comme les Angels Wings de Colette Miller, le Pink Wall de Paul Smith ou le Rainbow Wall, d’autres beaucoup moins. Certaines ont disparu, remplacées par d’autres peintures. On suit différents guides sur divers blogs. On note les adresses. On en découvre par nous-mêmes. Malgré le bon numéro de rue, il arrive qu’on ne retrouve pas la fresque en question.
Et puis on rentre des couleurs plein les yeux en passant par Beverly Hills.
éphémérides : lever du soleil 06:14, coucher 19:44, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 19°C, après-midi 28 ress. 31, soir 21, nuit 19
TRAJET 13/08 /// Pasadena
Un week-end californien à LA. au programme de ce dimanche, le Flea Market de Pasadena.
On quitte la chambre d’hôtel sous la brume, direction Pasadena, le Rose Bowl stadium où a lieu le deuxième dimanche du mois un des plus gigantesque Flea Market du pays. Se garer, marcher jusqu’à l’entrée sous un ciel bleu, soleil mordant, retirer quelques dollars aux bornes et s’apercevoir que les billets d’entrée doivent s’acheter maintenant sur le net. Retour à la voiture pour récupérer le téléphone avec la carte T-Mobile US. Croiser les doigts pour capter du réseau. C’est un flux permanent de gens qui rentrent, leur téléphone à la main présentant le QR code attestant du paiement en règle. Des groupes attendent aussi à l’extérieur, chacun pianote tête baissée sur le clavier de son téléphone. D’autres ressortent déjà des chariots, des sacs bien remplis. Certains se photographient devant l’entrée du Rose Bowl, la rose imprimée sur le mur au-dessus de l’entrée. Enfin, après quelques galères, on obtient le QR code qui va nous permettre de rentrer à l’intérieur de l’enceinte. C’est immense, des stands partout. On arpente le site, allée par allée, durant 4 heures, il fait chaud, on est exténué. Mon cerveau se neutralise.
Croiser une foule parfois compacte parfois moins dense qui chine, fouille dans les piles de vêtements usagés, négocie des prix. Échanger avec des exposants, juste pour le plaisir. Parler espagnol, un peu. Profiter d’un Brumisateur pour se rafraîchir. Boire un ice tea et se passer le gobelet glacé sur les joues. Feuilleter des vieux Avenger. Demander le prix d’un drapeau californien, il n’est pas à vendre.
éphémérides : lever du soleil 06:14, coucher 19:45, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 20°C, après-midi 24 ress. 29, soir 20, nuit 19
TRAJET 12/08 /// Hermosa Beach – Anaheim
Un week-end californien à LA. Au programme de ce samedi, plage et bull-riding.
Le road trip est terminé et les quelques jours programmés à Los Angeles sont en partie l’occasion de faire un bilan, certes précoce, mais digne d’intérêt, sur le vécu de cet été californien. Les différents ressentis, les expériences, les désirs assouvis ou refoulés, les rêves restant à l’état de rêve, les loupés. Une autre page restera à écrire, celle qui sera empreinte à la fois du réel, du passé et de ce qui en reste de vérité.
La matinée a bien failli être engloutie par la diffusion de Lady Bird à la TV. La même dont il a été question quelque jours plus tôt à Sacramento, ou plutôt son fantôme. Revoir des images du film agrémente la liste des « choses à faire » en rentrant en France, revoir Lady Bird en fait désormais partie. Anyway diraient les Américains. Pas de voiture dans l’immédiat, on marche vers la plage, on longe le front de mer, ses maisons toutes alignées les unes à côté des autres, on se rapproche de la jetée d’Hermosa Beach. Des piétons nous doublent, des jeunes en rollers ou skate, des vélos aussi. La plage, les life’s guards le regard tourné vers l’océan, le soleil piquant, les parties de beach volley organisées entre amis, une légère brise bienvenue, les peaux bronzées, le vrai cliché californien juste là, dans le cadre.
Un peu moins d’une heure de route est programmée pour rejoindre le Honda Center à Anaheim. Ce soir, c’est la grand-messe des cowboys, c’est une étape du championnat des Professional Bull Riders, PBR. Les énormes pickups se rangent, les uns après les autres, en ordre dans les parkings aux abords du stadium. En descendent des familles entières, des couples, des bandes d’amis. Chapeau et bottes de cowboy, chemise à carreaux, jeans et boucle de ceinturon composent la panoplie du public venu très nombreux. Certains fêtent déjà la soirée avec des bières qu’ils partagent à côté de leur pickup en discutant, riant, parfois bruyamment. A l’entrée ouest du Honda Center des groupes de défenseurs d’animaux, mégaphones à la main, ils interpellent les spectateurs qui attendent de rentrer dans le bâtiment, shame on you répètent-ils en boucle. Il sera nécessaire de revenir sur cette question plus tard. La salle est grandiose, le spectacle aussi, impressionnant. Show à l’américaine, feux d’artifice, présentation des équipes en musique, prière du Rider, hymne national revisité, spectateurs debout, main sur le cœur, commentateurs enthousiastes. La recette est parfaite, bien rodée, aucune fausse note. Dans les box, les participants se préparent chacun leur tour avec minutie, c’est tout un rituel observé grâce aux caméras de proximité et à la projection des images sur les écrans dans la salle, concentration extrême, palpable, corde tressée bien ajustée autour de l’animal nerveux pour 8 secondes d’adrénaline. 8 secondes, le temps d’une respiration, une éternité pour d’autres. Le public est conquis, crie, hurle, siffle, encourage les riders. La porte s’ouvre, les secondes défilent au compteur, trouver son rythme, se maintenir en place grâce au bras en lien avec l’animal, l’autre bras comme le corps en balancement permanent en recherche d’équilibre.
éphémérides : lever du soleil 06:12, coucher 19:46, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 21°C, après-midi 26 ress. 31, soir 21, nuit 20
TRAJET 11/08 /// Los Angeles
Temps couvert encore aujourd’hui au lever. On décide tout de même d’aller faire la petite marche pour voir le Hollywood Sign. En même temps, à la TV, la pub annonce le début de la diffusion de Forrest Gump. Tellement envie de le revoir. Départ différé. Pas raisonnable, mais tant pis. Les yeux scotchés à l’écran, scène après scène, deux heures après les premières images, la petite plume, régulièrement présente dans le film, sort de l’écran. Satisfaction. Se souvenir d’avoir vu Forrest Gump pour la première fois ici même à Los Angeles dans une salle de cinéma de Fashion Island à Newport Beach l’année de sa sortie. Depuis, vu et revu plusieurs fois. Se souvenir d’avoir marché dans ses pas l’an passé à Monument Valley. Un arrêt sur le bord de la route, dans la ligne droite, à l’emplacement même où il décide d’arrêter de courir. Se souvenir de ce que momma always said, life was like a box of chocolates, you never know what you’re gonna get.
Circulation dense sur l’I 110, les voitures avancent lentement. Au loin, la skyline du downtown L.A. sur la gauche, le Coliseum, le stade le plus grand du monde. On glisse le long du downtown par l’ouest avant de prendre la 101 puis de la quitter à hauteur de Cover St. Tourner dans Beachwood Dr. après le feu tricolore. Tout droit, en face, sur le relief se dessine Hollywood Sign. On joue à cache-cache avec les arbres, le relief, il apparaît, il disparaît. La route monte, raide, se resserre, de chaque côté, des résidences construites à flanc de montagne, sur pilotis, dans le vide. On gare la voiture où on peut, le plus près possible en haut de la rue marquée sans issue. Le reste se fera à pied. On croise un groupe de trois jeunes japonaises qui, a un point de vue stratégique, ne cessent de se prendre en photo dans des poses maniérées qui nous font sourire. On ne les croisera pas en redescendant. Maintenant, il fait chaud, le soleil a fait son apparition, un vent léger vient parfois nous rafraîchir dans une courbe du chemin de terre. Les Lettres se méritent. En haut, la vue est magnifique. La ville s’étale jusqu’à se perdre dans la brume au loin. Ses contours deviennent flous, incertains, les buildings du downtown des pièces de Lego, les voitures des processions de fourmis. Le Griffith Observatory semble si près, lui, dans le prolongement de la colline, à gauche. Encore deux, trois photos pour figer le moment, le graver dans sa mémoire pour se souvenir lorsque le Hollywood Sign apparaîtra dans un film, un documentaire, on y est allé, c’était l’été, il faisait beau ce jour-là et la journée était bien avancée.
éphémérides : lever du soleil 06:10, coucher 19:48, lune dernier croissant /// prévision météo Los Angeles : matin 21°C, après-midi 26 ress. 29, soir 21, nuit 20
TRAJET 10/08 /// Los Angeles – San Clemente – Los Angeles
Journée qui s’annonce nuageuse. Le wifi fonctionne mal à l’hôtel ce qui ne facilite pas le traitement des photos, les posts IG et la mise en ligne des articles sur le blog. Au lever, prendre le temps de planifier les prochains jours, de projeter une lisibilité jamais atteinte sur une ville inépuisable. Tellement sillonné la ville dans tous les sens depuis plusieurs décennies et pas encore arrivée au bout de ce qu’elle est, de ce qu’elle représente, toujours des lieux où revenir, des quartiers délaissés qui méritent le détour du voyageur qui a déjà arpenté tous les grands classiques. Des heures de route sur les Hwy, longs rubans urbains de deux fois 6 voies, surchargés de véhicules qui tracent leur route au-delà des 65 mph, inimaginable dans les années 90. Les Hwy, ces artères surdimensionnées, toiles d’araignée indispensables aux déplacements dans la ville. La moindre sortie prend minimum une heure de route aller. Le temps ici se calcule au rythme des distances à parcourir et même la car pool (nécessité d’être plus de 2 dans un véhicule) n’est pas toujours d’une grande aide. On roule direction Sud sur la Hwy 405 maintes fois empruntée. Les panneaux de signalisation défilent, indiquent les numéros de sortie dans le coin droit, écriture blanche sur fond vert, et signalent les noms de rues, avenues, boulevards sur lequel on va se retrouver. Le bruit du frottement des roues sur les plaques bétonnées souvent striées fait un bruit sourd et particulier rappelant celui du train.
On arrive à San Clemente, Exit 75 sur l’Interstate freeway 5. Direction le bord du Pacifique, la jetée. Il fait doux, une vingtaine de degrés. Flâner, commander un fish & chips, visiter les hauteurs de la ville. Rien de particulier, une petite ville balnéaire au bord de l’eau. Vie paisible, pêche sur la jetée, surf, baignade, promenade sur le front de mer.
Jetée de San Clemente Life guardsPlage à San Clemente
Au retour, on s’arrête au Mall South Coast Plaza à Costa Mesa le long de l’I 405. Des images me reviennent d’un temps révolu. Aujourd’hui, peu de monde, parkings si démesurément immenses qu’ils semblent vides, les allées du Mall, désertes même en plein après-midi, musique de fond indéfinissable, climatisation qui pourrait représenter le seul prétexte valable à avancer pour rentrer dans ces bâtiments. Il y a comme quelque chose de pathétique qui se dégage de ce moment, des âmes qui errent au milieu des magasins vides, parfois fermés, avec un petit paquet au bout des doigts, manière de ne pas rentrer les mains vides. J’ai l’impression de revivre une scène de Breaking Bad lorsque Saul Goodman, contraint de changer d’identité, se retrouve derrière un comptoir à vendre des pâtisseries dans un centre commercial à Omaha dans le Nebraska. Tous les centres commerciaux se ressemblent et lorsque je sors, je réalise que je n’ai pas rencontré la star de la série, mais que je suis bien en Californie.
Mall South Coast Plaza à Costa MesaRetour
Trajet : Hermosa Beach – San Clemente – Hermosa Beach